Best of

McKinsey et Benkirane

Toute société, même la plus égalitaire, a des élites. La formation, la sélection, la place qu’elle offre à celles-ci sont révélateurs de son régime de valeurs, de son idéologie, de ses blocages. Au Maroc, conseillers du souverain, ministres et dirigeants d’offices publics composent un type de dirigeants singulièrement homogène. Etudes poussées et à l’étranger, expériences… Lire la suite

Passeport ya mon amor !

Le Maroc connaît, depuis les années 1990, une étrange fringale. On sait l’amour de ses élites pour les voitures allemandes, les chaussures italiennes, les plages espagnoles… Moins connue est leur folie – celle de leurs enfants, pour être précis – pour les passeports occidentaux. Le passeport, non l’identité, la culture ou la citoyenneté. Français, canadien, britannique, belge, américain, en réalité les qualificatifs nationaux, en cette matière, importent peu pour les centaines d’apprentis banquiers, ingénieurs ou managers, issus des classes supérieures, que le Maroc envoie annuellement et qui reviennent munis d’un diplôme et d’une citoyenneté nouvelle… Lire la suite

Et Il apprit à Adam tous les noms

Ce jeudi 25 octobre 2012 correspond au 9 dhu al Hijja 1433. Des centaines de milliers de personnes, venant du monde entier, se sont rassemblées dans une plaine proche de la Mecque, dite plaine d’Arafa. C’est le jour le plus important du pèlerinage. Il existe plusieurs récits de commentateurs médiévaux à propos de cette plaine. Dans l’un d’eux, on lui donne une étymologie fictive : la plaine de Arafa est le lieu où Adam et Eve, tombés du paradis, l’une à Djeddah, l’autre en Inde, se retrouvèrent enfin, ta‘arafa. Dans un autre, on dit qu’Adam s’y endormit, et vit en songe toute sa descendance rassemblée dans la plaine, les milliers et les milliers de générations d’êtres humains nés du couple originel. Ces récits font partie d’une culture de l’exégèse médiévale, qui nous est devenue en partie difficile à comprendre. Mais en partie seulement. Lire la suite

« Tazi et Merhaoui, c’est pas la même chose… »

Dans le premier spectacle de l’humoriste Gad Elmaleh, à la fin des années 1990, un des personnages, Mme Tazi, explique à son interlocutrice, éberluée, que son fils et « Abderrazaq el Merhaoui », « c’est pas la même chose ». Il faut être Marocain pour comprendre la portée de ce jugement péremptoire. Le « pas la même chose », de Mme Tazi, les Marocains, instinctivement, savent qu’il n’est pas économique, ou pas seulement. El Merhaoui peut être riche, et le fils Tazi en faillite, mais « c’est pas la même chose ». Cette situation – une différence ethnoculturelle factice qui s’ajoute sans se confondre à une différence socioéconomique – est aujourd’hui très rare dans le monde. Lire la suite

Hassan Nasrallah, la chute d’une icône

Il faut l’avoir vécu pour le croire. L’aura que Hassan Nasrallah avait auprès des masses arabes – le terme audimat serait plus adéquat – à la fin des années 1990 et dans les années 2000 était proprement extraordinaire. Par son extension géographique : al Manar, la télévision du Hezbollah, captait une partie non négligeable des paysages médiatiques depuis le Maroc jusqu’en Asie centrale ; et par son ampleur sociale : classes populaires et classes moyennes, bourgeois et chômeurs, la voix à la fois grasseyante et grave, mielleuse et dure de Nasrallah séduisait sans discrimination socioéconomique. Lire la suite 

Guéant et le polytechnicien marocain

Parmi les nouveaux «malvenus» de la famille européenne, figure désormais le «polytechnicien marocain», aux côtés du «plombier polonais». Il n’avait rien d’un inconnu pour les élites tant marocaines que françaises. Mais c’est la première fois qu’il se retrouve au-devant de la scène, tel un homme de l’ombre soudain concerné par une sombre affaire médiatico-judiciaire.

La circulaire du 31 mai qui prévoit l’expulsion des étudiants étrangers dès l’obtention de leur diplôme en dit long sur la France contemporaine. Elle en dit tout autant du Maroc et des Marocains. En touchant les élites et les futures élites du royaume, cette circulaire révèle une histoire malaisée, où s’entremêlent éducation, cultures nationales et rapports Nord-Sud ; une histoire mise à mal par les effets convergents de la crise en Europe, du développement désarticulé des pays du Sud et du printemps arabe. Lire la suite

Valse avec Bachar

L’Egypte, comme la Tunisie ou le Yémen, ont refusé la transmission familiale du pouvoir. Des hommes forts, oui, mais pas leur fils. Autre est la situation levantine. Le XXe siècle a vu naître plusieurs dynasties familiales au Liban comme en Syrie. De part et d’autre de la frontière, les mêmes éléments composèrent une grande partie de l’histoire politique contemporaine de cette région : minorité religieuse, montagne frondeuse, Etat artificiel. Lire la suite

Berbères, berbérophones, berbéristes

Au X° siècle, un biographe andalou, Ibn al Faradi, mentionne dans ses notices d’hommes illustres un tiers d’Arabes, le reste étant composé de Berbères et de convertis. Deux siècles plus tard, dans le même exercice, chez Ibn al Abbar, on note deux tiers d’Arabes pour seulement un tiers de Berbères.

Que s’est-il donc passé dans la Péninsule en deux siècles pour que le rapport numérique entre Berbères et Arabes s’inverse au profit de ces derniers ?  Les faits connus auraient dû au contraire amoindrir encore plus la proportion d’Arabes : car il n’y a plus eu de peuplement arabe supplémentaire, alors même que les Berbères n’ont cessé de déferler sur la Péninsule, mercenaires Zénètes au X° siècle, Almoravides Sanhadja au XI°, Almohades Masmouda au suivant…

Il s’est passé, au cours de ces siècles, quelque chose d’habituel dans le processus de civilisation : la sédentarisation, l’urbanisation, l’extension de l’écriture et du commerce, se sont faits au bénéfice de la culture dominante. Lire la suite

Clandestinité sexuelle, clandestinité politique

Le lien entre répression sexuelle et répression politique peut sembler lointain ou artificiel. La logique qui associe répression sexuelle et politique et, partant, libération sexuelle et politique, est pourtant transparente, transparente mais déniée. Un adolescent, avant de s’assurer de lui-même, de son corps et des rapports qu’il entretiendra avec son entourage, connaît quelques mois ou quelques années de « resquille » : il va dissimuler, mentir, découcher… Bref, il cherche et attend le moment où une confrontation rapide et saine avec ses tuteurs (parents, enseignants, etc.) fera de lui un être majeur. Un moment de clandestinité précède celui de la reconnaissance et de l’égalité. Mais là où la société et l’Etat se coalisent contre toute sexualité hors mariage, dans une société où l’âge moyen du mariage ne cesse de reculer, cela signifie des années de clandestinité. Clandestinité sexuelle certes, et on s’arrête à ce phénomène : une sexualité informelle, hâtive et inquiète, survit et persiste sous la répression, comme l’herbe sous le ciment, mais déformée par le mensonge. Et très tôt, des adolescents apprennent à supplier, corrompre, négocier hors la loi avec des agents d’autorité qui les ont surpris marchant côte à côte. Lire la suite

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s