Les attaques terroristes en Arabie Saoudite, la veille de l’Aïd, et dans le périmètre sacré de la Mosquée du Prophète à Médine, annoncent un changement à triple niveau, gros de troubles futurs. D’abord, simultanément avec la Turquie, alliée objective de Daech au nord, l’Arabie Saoudite, son alliée objective méridionale, est à son tour frappée. En agressant les deux (dernières) puissances sunnites de la région, Daech prouve qu’il n’est pas un État, mais un mouvement, dont le but est de tout balayer sur son passage. Lire la suite »

Qu’est-ce que le Maroc, géographiquement parlant ? Vu de loin, une fois le relief estompé, les forêts floutées dans l’aridité dominante, le pays redevient un long ruban longitudinal. Les cinq-cents kilomètres de largeur maximale, à vol d’oiseau, séparant l’Atlantique de la frontière orientale, ne sont rien face aux quelque 2300 kilomètres séparant le détroit de la Mauritanie. La géographie est un destin. Celui du Maroc est d’être un corridor nord-sud. Depuis Youssef Ibn Tachfine au moins, lorsque les deux extrêmes, andalou et sahélien, bornaient le domaine contrôlé par une ville fondée précisément à ce propos, Marrakech. Mais comment ? avec qui ? et contre quoi ? Les réponses dépendent de la conjoncture historique. Celle de ce début du troisième millénaire est différente de celle des Almoravides. Lire la suite »

Tant de bruits pour un (mauvais) reportage ? Et, de l’autre côté, tant d’étonnement devant ce mystère marocain : “ils” aiment leur chef politique. Le mimétisme est à la base de la politique moderne : s’identifier à l’homme de pouvoir, l’aimer selon l’inclination narcissique puis le vouer aux gémonies une fois la déception inéluctable survenue. Ainsi défilent les puissants, le nouvel aimé chassant l’ancien, le temps que la déception inévitable crée un appel d’air pour une nouvelle figure. Le mécanisme électoral permet, en démocratie, de fluidifier ce processus. Le mécanisme charismatique autoritaire produit les mêmes résultats dans les dictatures, la meute au pouvoir désignant et s’agglomérant à son objet d’identification (par des mécanismes mêlant amour et terreur) tant qu’il a la capacité de consolider la meute et d’éliminer toute figure concurrente. Lire la suite »

Le scénario se déroule comme suit : il y a l’État, plutôt méchant, et les individus, plutôt gentils. L’État a usurpé des droits et des libertés individuelles. Le moment est venu pour qu’il rende à l’individu ce qu’il s’est accaparé. Durant des millénaires, les tribus et les villages, voire les petites villes, ont vécu selon une justice immanente, faite d’hyper-conformisme, de contrôle du groupe sur l’individu, de ragots étouffants et de surveillance permanente, et, le cas échéant, de condamnation publique et parfois de lynchage. Ces différents mécanismes évitaient l’entretien d’un appareil d’État. Pourquoi payer un policier si le voisinage fait la police bénévolement ? Pourquoi payer un appareil de justice si les familles se font justice elles-mêmes ? Il fallut une longue et difficile lutte pour que l’État soustraie à la société ses compétences en matière de justice et de police. Dans les pays récemment, violemment et mal modernisés, comme le Maroc, ce monopole de l’État sur la justice et la police n’est pas complet. Lire la suite »

Les Marocains sont-ils plus conservateurs que d’autres ? Je ne parle pas du conservatisme de mœurs, mais de la persistance de modes de vivre et de faire partout ailleurs dissipés sous l’effet de la modernisation.

Porter des habits dits traditionnels, lors de certaines occasions, manger une cuisine très peu mondialisée, ces deux exemples, parmi tant d’autres, sont aujourd’hui rares dans des pays de la taille du Maroc, très proche de l’Europe occidentale, très ouvert économiquement et très dépendant culturellement. Il faut être massif et encore fermé commercialement, comme l’Inde, pauvre et éloigné des grands courants d’échange comme les pays du Sahel, très riche et idéologiquement cuirassé comme les pays du Golfe, ou très particulier et très puissant comme le Japon, pour se permettre ce genre d’originalité.

Alors pourquoi le Maroc s’insère-t-il dans le club très fermé des pays accrochés à des traits spécifiques ? Ces différences disparurent à la fois par exposition des pays du Sud à la modernité et par une politique volontariste. Et c’est sans doute là que réside la clef de cette particularité marocaine. Lire la suite »

Depuis maintenant plusieurs années, chaque ramadan est désormais l’occasion d’un débat spontané : a-t-on le droit de ne pas jeûner ? Et les non-musulmans ? Et les musulmans non pratiquants ? La répétition des mêmes interrogations n’a d’égale que la ritournelle de la même double réponse : le Maroc est un pays musulman, ou le Maroc est un pays retardataire en attente de laïcisation. La plupart des participants à ce débat saisonnier s’accordent pourtant sur un point : ce n’est pas la non-pratique du rite qui interroge, mais sa “publicisation”. Autrement dit, ni la loi ni le croyant anonyme ne s’offusquent de la transgression, ils s’opposent à l’aspect public de cette transgression. Les différentes questions annuellement soulevées concernent donc le caractère musulman de l’espace public marocain. Lire la suite »

Les États-Unis, par l’intermédiaire de leurs institutions, nous reprochent nos atteintes aux droits de l’homme. La France, si l’on croit le succès de Loubna Abidar à la télévision et dans l’édition, semble considérer le Maroc comme un pays rétrograde et décadent à la fois. Voilà où nous situent nos deux plus grands alliés occidentaux sur l’échelle des valeurs universelles, très bas. Lire la suite »

Moins d’une minute devenue des milliers d’heures de visualisation virale. La scène montre une vingtaine de pèlerins juifs new-yorkais au Maroc, à l’aéroport de Casablanca, chantant pendant les procédures de contrôle. Les commentateurs ont souligné la tolérance du pays, ou encore la joie des juifs marocains visitant leur pays d’origine. En réalité, peu d’entre eux sont d’origine marocaine, et leur joie est mystique, non nationale. Mais les commentaires ont eu tout juste, à leur manière. Lire la suite »

A 3% dans ses meilleures années, le taux de croissance marocain peine à confirmer l’hypothétique statut de pays émergent. La Banque Mondiale a récemment pointé un ensemble d’éléments à réformer pour atteindre un sentier de croissance digne d’une émergence véritable (7 % par exemple). Indépendance de la justice, lutte contre la petite corruption, réforme fiscale, réallocation optimale des ressources, plus grande ouverture commerciale, flexibilisation monétaire… la liste est longue.
Mais la médiocrité du taux de croissance marocain autorise aussi une approche politique. Face à ce qui semble être une lenteur structurelle du pays, on ne peut que s’interroger sur le choix inconscient de la médiocrité économique. Lire la suite »

La politique est l’art de distinguer l’ami de l’ennemi. Lorsque le juriste Carl Schmitt proposa cette définition de la politique, sans doute pensait-il à la difficulté de cerner l’ennemi, tant la politique libérale (contre laquelle il s’est acharné) rejette l’inimitié par principe.

L’étrangeté de la diplomatie marocaine, au regard de cette définition de la politique, tient non pas à notre difficulté à accepter l’animosité ou à définir sa source, mais à la difficulté de définir nos amis. Lire la suite »