Le désarroi des empires

Publié: 12 janvier 2017 dans Non classé

Il y a exactement un siècle, quatre grands empires historiques s’effondraient en quelques années. La Russie tsariste (1917), l’empire ottoman (1918), la Perse (1921) et l’empire chinois (1912). Ainsi, la décennie 1910 fut celle de tous les bouleversements de l’Eurasie centrale. Dans ce que les géopoliticiens appellent le heartland, le cœur démographique et physique du monde, les anciennes structures politiques se liquéfièrent. Parallèlement, la montée en puissance des empires maritimes, déjà commencée depuis plusieurs siècles, se confirmait avec l’avènement des Etats-Unis, réussite absolue de l’empire périphérique.

Un siècle après, c’est comme si une horloge historique invisible remet les compteurs à zéro. De nouveau les empires « centraux » au cœur de l’Eurasie semblent bouger, alors que les empires périphériques, l’Europe et l’Amérique, cèdent du terrain. Lire la suite »

Des régimes sans Etat

Publié: 11 janvier 2017 dans Non classé

Assad a donc gagné. Le “Printemps arabe”, si bien commencé, s’était perdu dans les contradictions socioculturelles de la région. On savait, à la minute près, dater son début. Mais pas quand fermer la séquence. Aujourd’hui, on peut dire que la chute d’Alep clôt le chapitre.

Mais lequel exactement ? Qu’avaient demandé les insurgés tunisiens, syriens, égyptiens, au début de 2011 ? La démocratie, la justice sociale, le respect de la dignité humaine ? Ces différentes réclamations convergeaient vers une même aspiration institutionnelle : plus d’État et moins de régime. Lire la suite »

Le nouvel âge du panafricanisme

Publié: 10 janvier 2017 dans Non classé

Qu’est-ce que la maturité en politique internationale ? Vaste question. Le réalisme bien compris ? L’importance accordée à l’histoire ? La modération idéologique ? Aucune réponse n’est entièrement satisfaisante, mais on peut s’accorder à dire qu’au lendemain des indépendances, dans les années 1960, la politique africaine était immature. Entre les villages autogérés dans la Tanzanie de Nyerere et l’Algérie de Ben Bella, les tentatives d’unions mal ficelées entre Sénégal et Mali, et les interventions cubaines fleur au fusil, le continent ne sortait de la nuit coloniale que pour entrer dans la pénombre des rêves des mal réveillés. Lire la suite »

La campagne électorale permanente

Publié: 3 janvier 2017 dans Non classé

Le processus électoral est à l’image de la bataille militaire. Confrontation métaphorique, elle n’en est pas moins décisive : de la bataille émergent un vainqueur et un vaincu. C’est même précisément dans ce but que toute l’ingénierie électorale est organisée (découpage territorial, campagne électorale, arithmétique du vote). Le Maroc a voté il y a deux mois. Depuis — et bien que les résultats soient incontestables et la Constitution, à ce propos, cristalline —, le pays patine dans une espèce de pré-crise politique. Lire la suite »

3700 km

Publié: 1 décembre 2016 dans Non classé

Le plus grand port du Maghreb. Le plus haut pont à haubans d’Afrique. La plus vaste centrale solaire du monde. Je ne sais pas si nos superlatifs nationaux sont exacts, mais je m’étonne de quelques oublis. Les Marocains, qui aiment souligner les quelques records qu’ils détiennent, omettent le plus important. Le Maroc dispose de la plus longue façade maritime d’Afrique. Avec 3700 km de côtes, linéaires depuis la frontière algérienne à la frontière mauritanienne, le pays se place en effet très loin devant ceux qui suivent, la Somalie avec un peu plus de 3000 km, ou l’Afrique du Sud avec 2800 km. Lire la suite »

Voici deux siècles que les sphères culturelles périphériques à l’Occident débattent de l’identité et de la modernité. Arabes, Russes, Chinois, Japonais, Indiens, ils n’ont cessé d’écrire des traités et des contre-traités pour démontrer la pertinence de l’occidentalisation, son horreur, sa nécessité à petite dose, son innocuité ou sa virulence, ses bienfaits, ses ravages. Qui d’entre les lecteurs ne se souvient pas d’au moins un cours de langue arabe portant sur la dialectique d’“al ana wal akhar” ? Ces obsessions scolaires marocaines avaient bien sûr leurs équivalents un peu partout dans les écoles de ce cercle périphérique de la modernité importée.

Mais le nouveau dans l’affaire c’est que cette dialectique se ringardise. Lire la suite »

La banalité de la démocratie

Publié: 20 novembre 2016 dans Non classé

Le mandat Benkirane II a une mission historique, la plus difficile qui soit : après l’héroïsme, la banalité ; après le triomphe miraculeux de 2011, la reconduction prosaïque de 2016. Lire la suite »

Mouhcine et l’espadon

Publié: 19 novembre 2016 dans Non classé

L’espadon (Xiphias gladus) est un poisson pélagique, de l’ordre des perciformes. Le Maroc est une monarchie constitutionnelle, de type semi-autoritaire. La COP22 est une conférence mondiale sur le réchauffement climatique, qui se tiendra à Marrakech. Jusque-là, tout va bien, les propositions s’enchaînent. On devine que le Maroc suit ou affecte de suivre les recommandations de la CICTA, la commission internationale chargée de la protection de ce type de poisson. Qu’à l’approche de la COP22, sa position de pays exceptionnel doit reluire, intacte. Bref, le Maroc poursuit son insertion dans le concert des nations respectables.

Et là, un grain de sable fait grincer les rouages bien huilés de ce mécanisme. Lire la suite »

L’invasion sexuelle

Publié: 18 novembre 2016 dans Non classé

Cette histoire m’a été rapportée il y a plusieurs années par des amis libanais. Pendant l’été 1982, l’armée israélienne envahit le Liban. Tsahal campe par étapes sur sa route vers Beyrouth. Dans un village du Liban Sud, la tante de mes amis se réveille un matin. La vieille dame vit seule. Elle ouvre les volets et… fait une crise d’hystérie. Sur la colline en face, une division de Tsahal est installée. Pourquoi hurle-t-elle, notre brave dame ? Parce qu’un pays de la glorieuse nation arabe a été envahi ? Parce que les croisés et les sionistes l’agressent ? Parce que la puissance de feu des Israéliens est manifestement supérieure à celle des Palestiniens sur place ?

Pauvres de nous, qui pensons trop à la politique, et mal. Non, l’honorable tante hurle, en ce chaud mois de juin 1982, parce qu’en face de sa maison, de jeunes Israéliens, hommes et femmes, prennent leur douche, nus et ensemble, en plein air. Lire la suite »

Le roi embrasse le front de l’ancien Premier ministre. Le Chef du gouvernement reconduit dans ses fonctions embrasse la main du roi.

Il y a quelques jours, un fluide émotionnel s’est propagé, porté de lèvres en lèvres. Un fluide politique, porté par les médias. Ce qui étonne dans cette photo de la semaine, celle de Mohammed VI se penchant (filialement ?) sur le visage de Abderrahmane Youssoufi alité, ce n’est pas en réalité la sentimentalité de la scène. Après tout, c’est un vieil homme qui recueille la déférence d’un proche, plus jeune que lui. Mais derrière les personnes, il y a les fonctions. Le souverain, incarnation de la nation, embrasse le héros national. Lire la suite »