Happy new Iran?

Publié: 14 janvier 2018 dans Non classé

Traditionnellement, le nouvel an iranien ne débute que le 21 mars. Mais les augures sont peut-être en avance. Les troubles qui agitent le pays appellent plusieurs réflexions sur l’ensemble du monde eurasiatique. Non pas qu’il s’agisse forcément d’un tournant majeur. Mais les morts qui s’accumulent ont d’ores et déjà inscrit ces manifestations dans les annales remuantes des soulèvements populaires qui agitent le Moyen-Orient depuis dix ans. Lire la suite »

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Y’aurait-il un rapport entre l’increvable conflit israélo-palestinien, le populisme de Victor Orban, l’expansionnisme russe en Ukraine, la catastrophe syrienne, ou encore le chaos balkanique ? Oui, il existe, et il n’est pas surréaliste. Tous ces conflits, et d’autres encore, tirent leur origine des blessures mal cicatrisées de la Première Guerre mondiale. Car si 14-18 tient lieu, pour l’Occident, de stèle commémorative refroidie par les manuels scolaires, il n’est pas exagéré de dire que pour l’Europe de l’est et le Moyen-Orient, le conflit ne s’est jamais vraiment terminé.

Relire l’histoire à la lumière de l’expérience des « autres », tel est en tout cas l’enjeu du livre de Robert Gerwarth, Les Vaincus, qui vient de paraître en français. Lire la suite »

Gini et ses amis marocains

Publié: 11 janvier 2018 dans Non classé

De tous les indices socioéconomiques, des plus surprenants (« années potentielles de vie perdues ») aux plus basiques (« niveau de vie »), le plus utile aux citoyens marocains attentifs à l’avenir est aujourd’hui « le coefficient de Gini ». Il n’est pas exagéré de dire que ses variations futures indiqueront si le Maroc maintiendra sa stabilité politique ou sombrera. Lire la suite »

Technocratie en caftan

Publié: 11 janvier 2018 dans Non classé

La scène est devenue banale, au point que l’on oublie son côté loufoque : l’élite marocaine, aussi bien privée que publique, use des signes symboliques traditionnels avec une grande aisance. Chefs d’entreprise en djellaba, directrices d’offices publics en caftan, rencontres diplomatiques en tarbouche rouge, “selham” par-ci et “seroual kandrissi” par-là, l’appartenance à la technostructure marocaine passe, aussi, par l’usage du patrimoine traditionnel. La scène est loufoque car elle est aujourd’hui rare dans le monde. La modernisation des structures de pouvoir dans les pays périphériques à l’Occident est passée par l’abandon volontariste ou mécanique des habits, rites et symboles nationaux, passés du statut de tradition implicite à celui de folklore légèrement saugrenu. Au Maroc, cette renonciation à la tradition ne s’est pas faite pour des raisons que j’ai déjà évoquées à plusieurs reprises : néo-conservatisme pour s’opposer au modernisme autoritaire républicain, choix des élites traditionnelles contre les nouvelles classes moyennes, etc. Mais une autre dimension est à prendre en compte. Lire la suite »

L’autre Jérusalem

Publié: 10 janvier 2018 dans Non classé

Un torchon rouge suffit à exciter un taureau. La rue arabe est passée maîtresse, depuis maintenant plus d’un siècle, dans le rôle du taureau. Une déclaration, une rumeur, un quelconque télégramme diplomatique, enflamment les rues. Mais, aujourd’hui, le torchon rouge est agité par un autre taureau, Donald Trump. Les naseaux fumants, le taureau américain excite le taureau arabe, pour le plus grand plaisir — plaisir mêlé d’angoisse, pour plus de délectation — des masses spectatrices. Qu’on s’attache à une ville sainte, qu’on prétende défendre les droits d’un peuple opprimé, qu’on s’oppose à l’arbitraire, voici de nobles sentiments. Mais ils ne suffisent plus à masquer l’indigence politique de l’opinion arabe. Lire la suite »

Lyautey, fantôme ambigu

Publié: 10 janvier 2018 dans Non classé

La place du maréchal Lyautey dans la mémoire marocaine est étrange : il n’est pas complètement honni, comme tout colonialiste conquérant devrait l’être, mais il n’est pas accepté comme toute figure historique doit l’être, d’une manière neutre. Son fantôme ne cesse de hanter le verso des pages d’histoire, comme si on ne savait que faire de ce personnage. Peut-être que la clé de ce mystère réside dans un honteux secret de famille : Lyautey est important dans la mesure où le Maroc n’a cessé, depuis, d’être “lyautéen”, et qu’à défaut de l’avouer franchement, on s’échine sans cesse à brouiller la réalité de cet héritage inconfortable. Lire la suite »

L’axe Teb-Dab

Publié: 2 décembre 2017 dans Non classé

Comprendre les perturbations géopolitiques actuelles au Proche-Orient, particulièrement la crise libanosaoudienne, s’apparente à de la plomberie. Ce dont il s’agit entre Riyad et Téhéran, c’est d’un jeu de tuyauteries, où c’est à celui qui relierait le plus de tubes, ou à celui qui bloquerait le plus tôt ceux de l’autre. Il existe depuis un demi-siècle, dans le jeu diplomatique du Proche-Orient, deux couples à problème : le syro-libanais et l’irako-iranien. Le grand changement actuel, qui risque de devenir dévastateur pour l’Arabie Saoudite et ses alliés occidentaux, c’est que Téhéran est en passe d’en faire une seule question, et de la résoudre à son profit. Lire la suite »

Les bidochons de l’islam

Publié: 1 décembre 2017 dans Non classé

Une Audi A6 roulant à tombeau ouvert, un vendredi midi ? C’est Monsieur, qui est spécialement attendu par le Seigneur dans la mosquée du coin. Un attroupement devant la villa, un lundi soir ? C’est Madame, qui distribue avec suffisance quelques dirhams aux heureux élus qui connaissent le portillon. A force de se pencher sur la dimension politique de l’islamisme, son caractère réactionnaire ou révolutionnaire, égalitariste ou hiérarchisant, on a oublié que l’islamisme est aussi, et d’abord, dans notre expérience quotidienne, une esthétique, ou, plus précisément, une “laideur”. De toutes les facettes de l’islamisme comme phénomène historique, on en retiendra un jour, surtout, son incroyable “beaufitude”. Le kitsch qui accompagne l’islamisme n’a d’égal que son ampleur mondiale Lire la suite »

La grande occultation du Mahdi B.B.

Publié: 31 octobre 2017 dans Non classé

Chaque année, aux approches du 29 octobre, bannières noires et mouchoirs de poches sont sortis et repassés à neuf. Fidèles anciens et jeunes novices se préparent à la grande douleur, à la communion des souffrances dans le deuil impossible. Le 29 octobre 1965, Mahdi Ben Barka le grand, le génie que le Maroc ne méritait pas, disparaissait à Paris. Depuis, les années passent et se ressemblent : fut-il tué ? Tout de suite ou après d’innommables souffrances ? Et son corps ? Dissout, enterré, incinéré, ou découpé en fines lamelles ?

Chaque année, depuis la grande disparition, livres et films, émissions spéciales et investigations inédites essayent de soulever le voile sur le grand mystère. Voilà encore une autre singularité marocaine, qui navigue entre le drame et la bouffonnerie : dans un siècle où les victimes de la politique se comptent par dizaines de millions, le royaume enchanté se lamente, annuellement, sur la disparition d’un homme.

Longtemps j’ai porté cette manie marocaine sur notre crypto-chiisme. Mahdi Ben Barka est notre imam occulté. Lire la suite »

La frontière métaphysique

Publié: 27 octobre 2017 dans Non classé

Qu’est-ce qu’une frontière ? Un mur, une palissade, un simple panneau ? Réfléchir sur la frontière est un exercice obligé en géopolitique. Il y a deux siècles, on chercha des « frontières naturelles », sensées définir la réalité d’un pays : fleuves, montagnes ou autre barrière naturelle, pour lesquels bien des guerres furent menées. A l’inverse, on dit aujourd’hui que la frontière est une ligne imaginaire. A juste titre. Mais on ne va pas assez loin dans l’analyse. Ligne imaginaire ne signifie pas ligne inexistante. Ce serait même plutôt l’inverse. Ligne imaginaire parce que là où rien ne sépare, elle impose une séparation symbolique entre deux collectivités.

La frontière qui sépare le Maroc et l’Algérie n’est certainement pas naturelle : ni fleuve ni crête de montagne ne divisent les deux pays. Lire la suite »