La troisième vie de la question palestinienne

Publié: 8 octobre 2011 dans Israël-Palestine
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Longtemps instrumentalisée par les Etats arabes, la question palestinienne permettra à l’ex-rue arabe, désormais forte de la légitimité démocratique, de s’inviter dans l’espace public international. Après le retournement de 1967, il est possible que 2011 annonce une nouvelle vie pour l’interminable question palestinienne.

La question palestinienne eut l’enfance soumise et agitée à la fois des gamins maladifs : la révolte arabe de 1936, la cavalcade pronazie du chérif de Jérusalem, la fondation du Fatah en 1964, sont peu de choses à côté des passions internationales soulevées par la création d’Israël, de la coalition arabe de 1948, de la « Triple agression » de 1956… La question palestinienne grandie à l’ombre de la question israélo-arabe, et très tôt, réfugiés, cause et territoires palestiniens furent mesurés à l’aune de la raison d’Etat du Caire ou de Damas. La question palestinienne était lue dans l’alphabet du nationalisme arabe : terre arabe spoliée par l’agression impérialiste, province sud de la grande Syrie… on faisait peu de cas de la population locale.

 

1967 : la cause palestinienne se libère de la tutelle des Etats arabes

1967 fut un retournement complet. L’effondrement immédiat et total des armées arabes signifia la fin de cette tutelle. Parmi les vainqueurs de la Naksa, outre Israël, il y eut, paradoxalement, l’Arabie saoudite, qui bénéficia du vide laissé par l’Egypte pour imposer son leadership moral et matériel sur la région, mais aussi l’entité palestinienne. Ce fut sa jeunesse, fougueuse et romantique. D’otage des Etats arabes, la question palestinienne devint leur cauchemar. Au Caire, comme à Damas, Alger ou Riyad, on dut intégrer ces paramètres incommodes dans la décision publique : l’OLP, les réfugiés, Arafat… Sadat, comme Assad ou le Roi Fahd, auraient préféré une Palestine sans Palestiniens, ces invités du soir dans le banquet agité des dîners de famille arabes.

Cette jeunesse culmina dans le processus de paix des années 1990. L’Etat hypothétique, la population dispersée, le territoire en dentelle, Yasser Arafat eut pourtant plus de poids que bien des souverains de la région.

 

2011 : la « rue arabe » s’invite sur la scène internationale

Sommes-nous en train de vivre la troisième vie de la question palestinienne ? La concomitance de l’attaque de l’ambassade d’Israël par les manifestants cairotes et la campagne en faveur de la création de l’Etat palestinien interroge la manière dont le printemps démocratique en cours intégrera la question palestinienne. Car 2011, incontestablement, sera aussi crucial pour les Arabes que 1967. Le divorce entre l’Etat et la société se résorbe, et les effets de ces retrouvailles sur la question palestinienne seront décisifs. Peuple sans Etat, les Palestiniens furent, ironiquement, le seul peuple arabe à se reconnaître dans ses dirigeants : la popularité d’Arafat, malgré la gestion calamiteuse des maigres acquis d’Oslo, était sans commune mesure avec celle de Moubarak ou de Saddam Hussein… Aujourd’hui que les transitions démocratiques s’accélèrent dans la région, la raison d’Etat arabe – souvent pro-occidentale et ennemie de son propre peuple – aura tendance à céder la place à une prise en charge du sentiment pro-palestinien. Les Etats arabes de demain seront aussi proches de la cause palestinienne que le sont d’ores et déjà leurs sociétés. Tel est le nouvel âge de la question palestinienne, le tournant qu’il faudra noter, au-delà des péripéties en cours en faveur du futur Etat palestinien, de l’indifférence des uns, de la duplicité des autres : les Arabes auront à l’avenir, comme les Palestiniens, des dirigeants représentatifs et la question palestinienne, jusque-là forte d’opinions surchauffées, gagnera aussi des gouvernements convaincus de sa justesse. Les événements du Caire annoncent l’entrée sur la scène diplomatique internationale de l’ex « rue arabe ». Les officines diplomatiques, tamisées et feutrées, méprisantes et cyniques, devront, de nouveau, l’entendre. Obama ne s’y est pas trompé, comme beaucoup de politiques israéliens libéraux, comme tous les gouvernements européens : d’humanitaire, la question palestinienne redevient politique, forte du soutien des futurs gouvernements élus des pays qui l’entourent.

La question palestinienne permettra à l’opinion publique arabe d’entrer sur la scène publique internationale, d’une manière à la fois plus douce et plus légitime que par les passages à l’acte sanglants, dont le 11 septembre reste l’emblème infernal.

Les fleurs internationales du printemps arabes s’épanouissent à peine : la nouvelle question palestinienne est l’un des premiers bourgeons.

Omar Saghi

Paru dans le Soir-Echos.

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