Un Etat palestinien, pour quoi faire?

Publié: 14 octobre 2011 dans Etat et démocratie, Israël-Palestine
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 Le droit des Palestiniens à avoir un Etat est incontestable. Mais c’est parce que l’on vit dans un système international qui ne reconnait que l’Etat comme forme de vie politique. Les choses cependant pourraient se penser autrement.

Car telle fut la promesse politique de la modernité : chaque nation aura son Etat, et chaque Etat sa Nation. Les Nations sans Etat se soulevèrent, se libérèrent, s’unifièrent – les verbes réflexifs qui désignent cette phase historique sont nombreux et quelque peu redondants. Quant à penser des Etats qui puissent avoir deux ou trois nations, ou des nations partagées entre plusieurs Etats, cela devint de l’ordre de la pathologie historique à corriger. Aussi, les Etats sans Nations, ou aux mille nations s’effondrèrent, accomplissant la prophétie : l’Autriche-Hongrie, l’Empire Ottoman, la Russie tsariste, cédèrent la place à mille Etat-nations brouillons et exaltés.

L’Etat, horizon ultime de la politique

Le résultat de ce processus ne fut pas seulement de compliquer la leçon de géographie des collégiens du monde entier, désormais obligés de mémoriser les noms de mille pays. Plus important fut le monopole de droits qu’acquit l’Etat : représenter les communautés politiques, protéger les citoyens, plus tard leur fournir en tant qu’Eta-providence un ensemble de biens – santé, éducation, sécurité sociale minimale etc. Notre compréhension de la politique, de l’histoire, de l’activité sociale des collectivités s’est confondue avec la notion d’Etat. Le reste – partis, associations, confessions religieuses, communautés culturelles, entreprises… – n’est plus qu’un agrégat qui s’ajoute à l’Etat, se confond parfois avec lui – les partis révolutionnaires du XXème siècle par exemple –, mais jamais ne le remplace dans ses fonctions essentielles.

Que sont donc ces fonctions que l’Etat s’est arrogé au point de devenir irremplaçable ? Dans l’écheveau embrouillé des besoins que l’Etat assume et des raisons qu’il avance pour se justifier, on peut retenir deux dimensions fondamentales : l’identité culturelle et historique qu’il procure à une communauté, et la protection des citoyens. La première dimension n’est pas un monopole de l’Etat : les juifs pendant des siècles, les tsiganes ou les Touaregs aujourd’hui n’ont pas besoin de cette institution pour persévérer dans leur être. Les Palestiniens non plus : un Mahmoud Darwich a plus fait, par ses poèmes, pour la Palestine, que plusieurs ministères. La seconde dimension est plus problématique. Dans le cadre de relations internationales anarchiques, seul un Etat peut défendre ses citoyens, autrement livrés à l’arbitraire. Sans Etat, le Palestinien est sans défense. Cette vision cependant n’est pas dominante. Beaucoup de mouvements palestiniens rêvèrent d’une utopie de masses autogérées sans Etat, ou d’un Etat pour deux peuples, le Juif et le Palestinien. Ce rêve a duré, n’en reste que la cendre. Mais il posa la bonne question.

Penser au-delà de l’Etat

En Europe même, plusieurs catégories de populations échappent de plus en plus à la logique de l’Etat : les réfugiés, les clandestins, les Tsiganes, les émigrés extra-européens vivent tous sur l’orbite extérieure de cette institution. Cette tendance de sortie de l’Etat, rares sont les hommes politiques qui l’assument. Tous pensent encore que l’Etat est l’horizon ultime de l’humanité, comme on le pensa à d’autres périodes de l’Eglise, ou de la tribu. Cette surdétermination de l’Etat sur la conception de la vie collective a motivé une large partie de l’histoire contemporaine : les indépendances postcoloniales, les mouvements révolutionnaires… tous visaient d’abord, comme reconnaissance et consécration, la création ou le contrôle d’un Etat. Sommes-nous sortis, enfin, de cet enfermement ? Il ne s’agit pas, bien sûr, de demander aux Palestiniens, d’être les représentants d’une nouvelle utopie, post-étatique. Le droit des Palestiniens à avoir un Etat est adéquat à toute la logique internationale dans laquelle on vit – mais on peut rêver d’un changement de cette logique de l’Etat hégémonique…

Omar Saghi 

Paru dans le Soir-Echos.

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