Quoi de neuf à Bagdad?

Publié: 27 octobre 2011 dans Egypte, Histoire moderne, Irak
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Dire que le Moyen-Orient arabe accapare l’essentiel de l’actualité médiatique internationale depuis des décennies est une évidence. Mais ce quasi-monopole de la catastrophe n’est pas également distribué entre les pays de la région. On s’habitua, depuis une dizaine d’années, à la scène irakienne comme lieu d’élection de la calamité arabe. Les interventions anglo-américaines mêlées d’inspections onusiennes, ensuite l’occupation, ensuite la résistance, ensuite la guerre civile, ensuite l’interminable sortie de crise, voilà les actes de l’infinie tragédie irakienne. Aujourd’hui que les révolutions arabes occupent le devant de la scène – dans le registre, non plus de la tragédie mais du drame bourgeois – la Mésopotamie semble regagner doucement la porte de sortie médiatique. Un recul souhaitable pour mieux la remettre en perspective.

 

L’Irak et le modèle égyptien

Car l’Irak ne fit pas toujours l’actualité, ou plus exactement, elle ne la fit jamais que dans l’ordre de la répétition : Mehmet-Ali modernise l’Egypte, au début du XIXème siècle ? Quelques années plus tard, Daoud Pacha, le gouverneur ottoman de l’Irak, lui emboîte le pas. Ismaïl Pacha libéralise l’Egypte, un demi-siècle plus tard ? Midhat Pacha fait de même pour l’Irak. Saad Zaghloul, le roi Farouk, Abdel Nasser… Chaque personnalité et chaque phase de l’histoire politique en Egypte moderne eurent leur symétrique irakien : Nuri Saïd, le roi Fayçal II, le général Kassem… Et comme dans les nouvelles de Borges, ce fut toujours un symétrique obscur, sanglant, tragique, là où en Egypte les choses se produisaient dans la tension, parfois même violente, mais jamais dans l’horreur.

Ce mimétisme est une tendance historique forte qui a sa logique. La puissance de l’Egypte est une évidence : son poids démographique, le Nil et la position centrale du pays lui redonnèrent, dès le début du XIXème siècle la capacité de projection régionale qu’elle eut avant l’arrivée des Ottomans. La puissance de l’Irak est une virtualité : le Tigre et l’Euphrate doivent être domptés et les populations nomades sédentarisées et transformées en paysans, la démographie est fluctuante selon les invasions et les persécutions, et la centralité du pays hypothétique, déchiré qu’il est entre plusieurs sphères d’influence, arabe, turque et iranienne. Cette potentialité fit que très tôt des réformateurs irakiens conscients de ces possibilités visèrent à accélérer, souvent par la violence, un processus historique lent de condensation d’une unité et d’une conscience nationales. Cela donna, dès le début des années 1930, les premiers nettoyages ethniques dans le monde arabe – l’expulsion des Assyro-chaldéens –, le premier coup d’Etat militaire – dès 1937 –, l’alliance avec Berlin en 1942… Parcours erratique à la recherche d’un moteur qui puisse faire fonctionner les potentialités irakiennes.

Le dernier acte en date de ce mimétisme se termine sous nos yeux.

 

Le rêve des néoconservateurs : en Egypte plutôt qu’en Irak?

L’Egypte mourut à sa vocation arabe une première fois, en 1967. Puis une seconde fois, avec les accords de Camp David. Dans les années 1980, Saddam crut que le printemps de Bagdad avait sonné. Il se trompait, bien sûr. C’était la saison de Riyad, le même hiver depuis le roi Fayçal ibn Abdel-Aziz, artificiellement gelé par les pétrodollars et la décrépitude du Caire dans la banquise du wahhabisme triomphant. Quant à Bagdad, elle s’offrit un remake des tranchées, la neige en moins et les barbus en boches…

Le « rêve » américain de 2003, c’était de remplacer cet axe Riyad-Le Caire, gérontocrate, croulant, une pièce rouillée, au jeu toujours perdant, face Fahd-Moubarak, pile Ben Laden-Zawahiri, par un Irak rénové, boosté au pétrole et à la démocratie. Le rêve s’enlisa dans le sable du jeu régional et la difficulté, toujours la même, à mettre l’Irak sur les rails d’un Etat unifié sans violence.

La chute de Moubarak est survenue dans ce contexte et le souhait des Néo-conservateurs de doter l’Amérique d’un interlocuteur arabe allié « et » démocratique se réalisera aux bords du Nil, sauf événement imprévisible. Quant à l’Irak, elle redevient de plus en plus le no ’man’s land en double orbite sur les puissances sunnite à l’ouest et irano-chiite à l’est.

Omar Saghi

Paru dans le Soir-Echos.

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