Archives de novembre, 2011

Un des enjeux de ces élections est de produire de nouvelles élites politiques. Ou du moins d’en renouveler les effectifs. C’est ainsi qu’à plusieurs reprises décideurs et observateurs se sont exprimés.

Vieillies, masculines, elles doivent céder de leurs prérogatives à des jeunes et à des femmes. C’est là l’aspect le plus simple, le moins problématique de ce renouvellement des élites tant attendus. Car en réalité, une féminisation et un rajeunissement des élites politiques peuvent très bien s’accompagner du maintien d’une même caste au pouvoir. Il lui suffirait de faire comme l’élu sortant d’une grande ville marocaine : se porter candidat accompagné de sa femme et de son fils… En termes d’extraction sociale, de ressources économiques disponibles, d’éducation, nos jeunes ministres et députés sortant ne sont que le visage lifté d’une vieille élite, tout comme nos politiciennes n’en sont souvent que son profil féminin. (suite…)

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Que pèse un Marocain ? Politiquement, dans le jeu formel de la démocratie libérale, il pèse une voix. Mais plus précisément, en termes de richesses produites, de dépenses allouées, d’heures dépensées par les administrations ? Des réponses existent, précises encore que changeantes selon les politiques et les aléas, et qui fondent en principe les programmes des partis et les politiques publiques des gouvernements.

Dans le cadre du territoire national, un tel calcul – un Marocain, c’est tant et tant, validé par un bulletin de vote – est relativement simple, une fois les données obtenues. Mais que vaut-il dans la diaspora ? Un Marocain étudiant en Allemagne, travaillant en Espagne, payant ses impôts en France, a-t-il le droit de voter et d’envoyer des élus dans la chambre basse ? La réponse a été différée au profit d’une solution temporaire : le vote par procuration des Marocains de l’étranger.   (suite…)

Il y a quelques temps, Marine Le Pen exprima une admiration pour la Russie de Poutine, laissant même entendre que le salut de la France et de l’Europe viendra de là. Cette sortie n’est pas une nouvelle lubie du FN, mais participe d’une vieille tradition des extrêmes politiques en France à chercher leur salut politique du côté des steppes orientales. (suite…)

Ce vendredi 25 novembre, les Marocains voteront. L’exercice ne leur est pas inconnu. Outre la pratique du référendum, toujours apparentée au plébiscite, le pays a connu, depuis 1963, plusieurs élections législatives. Qu’elles aient été entachées de fraudes ne doit pas masquer le rôle qu’elles ont joué. Le clientélisme, la corruption généralisée et l’indifférence idéologique que l’on reprochait à nos députés permettaient au Parlement de jouer son vrai rôle : maintenir un lien entre un pouvoir central encore faible et les lointaines notabilités régionales, permettre une forme de distribution des richesses via la corruption et les malversations, reporter jusqu’à l’échelle nationale des réclamations provenant du niveau tribal ou villageois… Un paradoxe accompagna cette histoire électorale : l’assimilation de cet exercice par les Marocains n’empêcha pas le maintien, voire la progression, d’un taux d’abstention vigoureux. (suite…)

A quelques jours de distance, la volonté populaire s’est exprimée au Maghreb comme elle ne l’a pas fait depuis des décennies. Vendredi 20 octobre, Kadhafi a été lynché. Dimanche 23 octobre, les citoyens tunisiens ont voté. Voilà une comparaison désobligeante pour la jeune démocratie tunisienne ; les rapprochements entre l’élection et le lynchage sont minces : des mains inconnues, marquées ici d’une encre indélébile, là du sang du maître tué ; l’anonymat de l’acte, ici dans l’isoloir, là dans la cohue de la foule… C’est peu. Soit. (suite…)

C’est en Egypte qu’est apparue, à la fin du XIXème siècle, une presse populaire à large diffusion. C’est en Egypte qu’est lancée, au lendemain de la première guerre mondiale, une industrie cinématographique qui fera du Caire le Hollywood incontesté du monde arabe. C’est d’Egypte qu’émergeront les grands romanciers, chroniqueurs, scénaristes et autres story-tellers de la modernité orientale – de Manfalouti à Abdel-Qoudous. Voilà un fait.

Et en voilà un autre : c’est en Egypte qu’est née la première révolution arabe moderne – et avortée –, celle de Orabi Pacha. C’est en Egypte que prospèrent les premiers partis politiques arabes. C’est l’Egypte qui fera, avec Nasser, la première révolution de l’ère des indépendances.

Quelque part, le procès de Hosni Moubarak est la convergence naturelle de ces deux processus (suite…)

L’engouement mondial pour les feuilletons sud-américains n’est plus à démontrer. Le phénomène touche plus particulièrement les pays émergents, et parmi eux, les pays maghrébins. Ces derniers, et le Maroc singulièrement, ouverts à tous les produits audio-visuels, offrent ainsi une scène où la concurrence est vive et quasi « pure et parfaite » entre feuilletons longs égyptiens, telenovelas latino-américaines, séries nord-américaines, et depuis peu syro-libanaises et turques. (suite…)

La Ligue arabe s’est rassemblée dernièrement à Rabat. La vénérable dame a été dépassée par les événements depuis un an. Créée en 1945 pour servir les ambitions britanniques et égyptiennes contre les prétentions des Hachémites d’Irak et de Jordanie, reprise en main par Nasser pour contrer le roi Fayçal d’Arabie, la vieille machine, rouillée, a fini par incarner l’immobilisme arabe. Une vigueur inédite la saisit tardivement sur l’affaire syrienne. Le Printemps arabe soufflera-t-il enfin du côté du panarabisme ? (suite…)

On s’est habitué à voir dans l’Iran et Israël des ennemis existentiels. Certains peuples arabes cherchent même du côté de Téhéran un salut qu’ils ne trouvent plus au Caire ou à Bagdad. En réalité, cette inimitié est récente ; peut-être même est-elle illusoire. (suite…)

Les signaux envoyés depuis Tunis ou Tripoli à propos de la condition féminine de l’après-révolution, amplifiés par les craintes des médias occidentaux, peuvent désarçonner : comment un vaste mouvement collectif qui vise et obtient la chute d’un tyran peut-il, d’un même mouvement, mobiliser un arsenal juridique ou annoncer des mesures à caractère misogyne ? L’esprit de la révolution ne souffle-t-il pas également sur l’ensemble d’une société ? (suite…)