Archives de 4 novembre 2011

Shéhérazade rapporte l’histoire de la Montagne de fer : elle attirait à elle les navires de passage, les désossait de leurs structures métalliques et les envoyait, marins, marchands et biens, aux fonds des mers. Pour délivrer les hommes de cette malédiction, ‘Ajîb ibn Khassîb escalade la Montagne et jette à bas le cavalier de cuivre qui trônait au sommet.

L’extériorité de l’Etat par rapport aux sociétés est un fait ancien et majeur du monde arabo-islamique. Les villes expriment dans leur topographie cette réalité massive et occultée : Fès el Bali a son Fès-Jdid, Alep sa forteresse. Toujours la cuvette ou la plaine, face à la colline, au plateau. Ici le pouvoir, sa force militaire, ses hiérarchies, sa violence exposée en rituels ; là la ville proprement dite, ses marchands et ses artisans, ses lettrés et sa plèbe. Les deux mondes, qu’on peut appeler l’Etat et la société, se tournaient le dos, sauf en de rares occasions : le palais prélevait son tribut, la ville marchande réclamait son arbitrage. Mais toujours cette indifférence mutuelle, l’Etat et la société, dans leurs rares face-à-face, s’évitant du regard et se souriant de biais. (suite…)

Publicités