L’Iran, Israël, la bombe et l’histoire

Publié: 17 novembre 2011 dans Histoire moderne, Israël-Palestine, Relations Nord-Sud
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On s’est habitué à voir dans l’Iran et Israël des ennemis existentiels. Certains peuples arabes cherchent même du côté de Téhéran un salut qu’ils ne trouvent plus au Caire ou à Bagdad. En réalité, cette inimitié est récente ; peut-être même est-elle illusoire.

 L’Iran, vieil ami d’Israël

Dans l’histoire juive, la Perse a bonne réputation. C’est l’empereur Achéménide Cyrus qui délivre les Juifs de leur exil à Babylone et les aide à reconstruire le Temple détruit. Plus tard, et même si ensuite la tradition devient uniquement chrétienne, c’est de Perse que deux des Rois Mages sont venus rendre hommage au Messie nouveau-né. L’ennemi n’était donc pas dans les lointains hauts-plateaux iraniens, mais dans l’entre-deux des plaines fluviales de l’Euphrate et du Tigre.

Depuis 1967 et le retour à une lecture religieuse du conflit, Assad le Syrien, Saddam l’Irakien, remplacèrent Assurbanipal l’Assyrien et Nabuchodonosor le Babylonien dans l’imaginaire israélien. Surtout que l’Iran impérial pouvait facilement jouer le rôle de la Perse achéménide. Car s’il n’y eut jamais une alliance ouverte entre l’Iran de Mohamed-Reza Shah et l’Etat hébreux, un tacite accord les unissait contre les Etats arabes qui les séparent. C’est de cette époque qui précéda la révolution islamique que date l’obsession arabe d’un ennemi aux quatre visages : la Turquie au nord, Israël à l’ouest, l’Ethiopie du Négus au sud-ouest, l’Iran à l’est. Quadrature anti-arabe de régimes pro-occidentaux.

Cette configuration a vécu. Une double révolution antimonarchique, en Ethiopie d’abord en 1974, puis en Iran en 1979, brisa ce siège imaginaire.

Mais l’Iran n’est pas devenu un ami des Arabes. Pas spécialement. Il s’oppose à Israël et aux Américains dans le sillage d’un vieux contentieux géopolitique, qui le fait sans cesse basculer entre deux positions.

Comme l’empire ottoman, comme l’Inde, la Perse fut, à partir du XVIIIe siècle, prise en tenailles par les puissances occidentales. Plus exactement, par la Russie et l’Angleterre. Elle navigua entre les deux empires tout au long du XIXe siècle, comme Istanbul navigua entre l’Allemagne et la Russie, comme la Chine ou le Maroc entre l’Angleterre, la France et l’Allemagne. Mais en 1907, la Russie et l’Angleterre firent la paix. Ils fêtèrent ça en se partageant l’Iran en zones d’influences, russe au nord et anglaise au sud.

Dans les années qui suivirent la Première Guerre mondiale, les Russes devinrent les Soviétiques, les Anglais les Américains… Mais mis à part ces (minimes) changements, rien ne bougea dans la difficile position iranienne. Comme la Turquie, l’Iran dut jouer de nouveau entre les deux puissances, pour sauver son indépendance. Comme elle, il pensa même s’allier aux Allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, pour éviter l’étranglement entre les Soviétiques et les Alliés.

Mais fatalement, en 1945, il fallait choisir. L’Iran, comme la Turquie, choisit l’Occident contre l’URSS. Il était naturel que Téhéran trouvât dans Israël un allié contre des pays arabes prosoviétiques.

 Quand l’Iran et les Arabes échangeaient leurs rôles

Ironiquement, en 1979, les positions s’inversèrent : si l’Iran ne bascula pas du côté de l’URSS, il devint néanmoins farouchement anti-occidentale, alors mêmes que les pays arabes, les uns après les autres, entraient sous le parapluie américain. L’Iran s’opposa donc à Israël, pas par panislamisme, pas par amour des Arabes, mais par choix géostratégique : le continent contre la mer, le bloc eurasiatique contre la puissance maritime anglo-saxonne et Israël, vu comme sa pointe avancée.

Dans le bras de fer, et peut-être la guerre qui se profilent entre Tel-Aviv et Téhéran, la bombe est importante, mais pas décisive. Derrière se profile une vieille, une très vieille histoire.

Les pays arabes démocratiques de demain essayeront d’être souverains, ni pro-occidentaux ni pro-russes. Peut-être cela conviendra-t-il aux Turcs et aux Iraniens, eux-aussi depuis longtemps à la rechercher d’une indépendance géopolitique ? Peut-être même, souhaitons-le, cela conviendra-t-il aux Israéliens s’ils comprennent que leur sort, demain, ne se décidera plus à Washington ou à Londres. En attendant, le Moyen-Orient, arabe, hébreux, turc ou iranien, continue de faire la guerre des autres.

Omar Saghi

Paru dans le Soir-Echos.

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