Quelles élites pour le Maroc après les élections ?

Publié: 29 novembre 2011 dans Culture et politique, Etat et démocratie, Maroc
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Un des enjeux de ces élections est de produire de nouvelles élites politiques. Ou du moins d’en renouveler les effectifs. C’est ainsi qu’à plusieurs reprises décideurs et observateurs se sont exprimés.

Vieillies, masculines, elles doivent céder de leurs prérogatives à des jeunes et à des femmes. C’est là l’aspect le plus simple, le moins problématique de ce renouvellement des élites tant attendus. Car en réalité, une féminisation et un rajeunissement des élites politiques peuvent très bien s’accompagner du maintien d’une même caste au pouvoir. Il lui suffirait de faire comme l’élu sortant d’une grande ville marocaine : se porter candidat accompagné de sa femme et de son fils… En termes d’extraction sociale, de ressources économiques disponibles, d’éducation, nos jeunes ministres et députés sortant ne sont que le visage lifté d’une vieille élite, tout comme nos politiciennes n’en sont souvent que son profil féminin.

Des élites représentatives

Mais après tout, pourquoi renouveler ? Nos élites sortantes ne correspondent-elles plus à ce que souhaite le pays ? Leur efficacité est variable, mais autre chose est visée : on estime qu’elles ne sont plus représentatives de l’évolution générale du pays. Le processus de démocratisation, dont les élections sont un instrument majeur, devrait corriger cette imperfection.

Certes, ce n’est pas demain que le Maroc aura pour premier ministre un paysan analphabète d’une trentaine d’années aspirant à émigrer (ce qui correspondrait mathématiquement au profil moyen d’un Marocain aujourd’hui)…La démocratie n’est pas un miroir, mais la déformation qu’elle introduit doit être minimale. Or nos élites, aussi bien technocratiques que politiques, se sont avérées difformes par rapport à la réalité sociale du pays. Francophones, globalisées, éduquées à l’étranger et y disposant de replis, elles nourrissent depuis peu la verve d’une presse populiste très alerte.

Les avantages qu’une telle élite séparée du corps social procure au Maroc sont connus : réseaux internationaux, alliances géopolitiques favorables… Mais de tels arguments sont valables dans des sociétés traditionnelles, où les sujets estiment que la politique est affaire de spécialistes, par ailleurs souvent possesseurs de terres et de capitaux. La révolution démocratique, telle que Tocqueville par exemple l’a noté, est prête à sacrifier l’efficacité pour la représentativité. Des élites moins cultivées, moins rationnelles, plus agitées, plus violentes, mais comme nous ! Telle est la promesse de toute élection de l’âge démocratique de masse, et le Maroc commence à peine à y accéder. Car cette homogénéité des élites et de la société a déjà été acquise par les autres pays arabes depuis les années 1950 au moins : Nasser, Bourguiba ou Boumediene ont symbolisé l’accès de la paysannerie et des classes populaires urbaines au cœur d’un pouvoir longtemps monopolisé par les notables. Au Maroc, cette transformation ne s’est pas accomplie : dans les cercles du pouvoir aussi bien que dans les partis d’opposition, le règne des notabilités, datant pour la plupart du XIX° siècle, renforcées par le protectorat, a perduré, traversant les difficiles décennies comme les années fastes, s’ouvrant au compte-goutte à quelques talents du peuple… Le Maroc vient tout juste d’être rattrapé par ce processus associant revendications politiques et ascension sociale.

Populisme et démocratie

Que ceux qui attendent de la part des futures élites marocaines plus de représentativité et plus de proximité sociale et culturelle, soient attentifs à cette dimension populaire et populiste. Le processus démocratique en cours au Maroc depuis maintenant quinze ans a déjà conduit à un renouvellement des élites au niveau local et municipal : les années 2000 ont vu accéder à la tête de régions et de municipalités des tribuns populistes jurant avec la rondeur des anciens élus. Ils donnent à voir, par anticipation et sur des échelles réduites l’image des futurs gouvernements marocains.

C’est une dimension essentielle du processus démocratique, que l’Empire chérifien commence tout juste à connaître : la fin du fossé culturel et social entre l’Etat et la société, typique des systèmes impériaux, et inconnu des régimes démocratiques de masse.

Omar Saghi

Paru dans le Soir-Echos.

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