Archives de janvier, 2012

 »Un  spectre hante l’Europe, le spectre du communisme… » Vous connaissez la suite. Les premières lignes du Manifeste du Parti communiste furent parmi les phrases les plus lues du XX° siècle. Elles disent peu, mais elles le disent bien, et c’est dans la manière que consiste leur intérêt. Marx et Engels pointèrent, à leur insu et sous couvert de poésie, une vérité tordue : le capitalisme et les fantômes marchent main dans la main. (suite…)

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Vous connaissez Fight Club ? Le roman de Chuck Palahniuk, le film de David Fincher, le personnage de Tyler Durden joué par Brad Pitt ? Si c’est le cas, vous vous souvenez sans doute de cette scène : Tyler Durden, entouré de ses adeptes, dans une cave sombre, énonce les règles du club : « Règle numéro 1 : ne jamais parler de Fight Club, Règle numéro 2 : ne jamais parler de Fight Club, Règle numéro 3… » Tyler, nouveau Christ, fondait son Eglise des catacombes de banlieues. Le secret est plus qu’une nécessité tactique pour une secte, il est au fondement de sa volonté de s’isoler de la société, de s’exclure en excluant. Répéter deux fois la règle fondamentale n’était pas de trop. Une secte, quelque part, ne tient que par le secret, elle n’est même que son secret.

Abdelilah Benkirane a lu devant le parlement rassemblé, en séance solennelle, le programme de son gouvernement. Les quatre premiers points concernent l’identité nationale : ils multiplient les variations autour de l’islam, de la culture nationale et de l’identité collective. Une telle redondance est troublante, et appelle quelques suppositions (suite…)

La devise d’un pays est la version sécularisée des talismans et des armoiries. Offrir une identification totémique aux masses nationalistes est l’une de ses fonctions. Et autour du choix lexical, de la tournure des formules, de la hiérarchie des termes, furent menées des polémiques, des assassinats, des guerres.

Au Maroc, cette vérité est valable, mais la devise a en outre un avantage rare, celui de nous résumer l’histoire politique contemporaine du pays. Loin d’être la synthèse harmonieuse des trois dimensions constitutives de la nation, le triptyque « Dieu, la patrie, le roi » déploie les protagonistes idéologiques en lutte pour structurer le Maroc indépendant. (suite…)

L’Etat autoritaire arabe né dans les années 1950 était structuré autour de la notion d’ennemi. Ses différentes composantes : l’état d’exception permanent, le parti unique, la militarisation de la société, ne pouvaient se maintenir qu’autour de cette colonne vertébrale qu’est l’ennemi. Ou plutôt un Feinbild, comme disent les Allemands, une figure imaginaire de l’ennemi, qui justifiait la dictature et la carapace caractérielle, le complexe de la forteresse assiégée et la paranoïa policière. (suite…)

L’Egypte, comme la Tunisie ou le Yémen, ont refusé la transmission familiale du pouvoir. Des hommes forts, oui, mais pas leur fils. Autre est la situation levantine. Le XXe siècle a vu naître plusieurs dynasties familiales au Liban comme en Syrie. De part et d’autre de la frontière, les mêmes éléments composèrent une grande partie de l’histoire politique contemporaine de cette région : minorité religieuse, montagne frondeuse, Etat artificiel. (suite…)

Il y a quelques années, l’écrivain américain Bruce Benderson écrivit un essai court et incisif dans lequel il liait deux phénomènes : l’appauvrissement de la vie sociale dans les rues des villes américaines, mêmes les plus vivantes, comme New York, et le développement de l’espace virtuel. Bruce Benderson pensait en particulier à la sexualité. Mais ce phénomène – l’appauvrissement de la réalité physique au profit de la réalité virtuelle – touche toutes les dimensions de la vie humaine (suite…)

Il y a quelques semaines, un incendie accidentel détruisit l’Institut d’Egypte, au Caire. Les débris d’archives flottèrent longtemps dans les rues enfumées par les flammes et les gaz lacrymogènes comme des oiseaux de mauvais augures. On tenta de sauver quelques papiers, quelques documents mutilés, mais vainement, comme on recueillerait des morceaux d’ailes brisées. Une époque se tourne. (suite…)

« Boustrophédon » est un mot compliqué pour désigner une réalité tortueuse : les écritures qui se tracent indifféremment depuis la droite ou la gauche. Ou plus exactement, celles qui, arrivées au bout d’une ligne, reprennent à la ligne suivante par la fin. Provenant de deux mots grecs désignant le mouvement du bœuf de labeur qui, parvenu au bout d’un champ, continue le tracé de son sillon en tournant de direction, il renvoie à des types d’écritures rares et archaïques.

Il y a quelques années, un parti a été créé au Maroc avec, pour blason, un tracteur. Beaucoup de choses changent quand on passe dans l’agriculture d’une énergie animale à une énergie mécanique, mais pas la manière « boustrophédon » du tracé du sillon. Le PAM n’avait ni gauche ni droite, mais tirait à vue, dans toutes les directions. (suite…)

Andalousie mon amour, écrit par Omar Saghi, réalisé par Mohamed Nadif,  sort ce mercredi 11 janvier.

Sélectionné dans la section «Coup de cœur» du Festival international du film de Marrakech (FIFM), primé au Festival du cinéma arabe d’Oran, en compétition au festival national de Tanger.

Entretien avec le scénariste Omar Saghi. Propos recueillis par Qods Chabâa, parus dans le Soir-Echos.

Vous avez écrit le scénario d’Andalousie mon amour. Comment avez vous conçu la trame de l’histoire ? (suite…)

Toute police a son idéologie implicite. Au Maroc, deux visions se sont succédées au ministère de l’Intérieur depuis la fin de la décennie 1970. Celle des intendants du Roi, d’abord : véritables mamelouks envoyés par le pouvoir central briser ou, s’ils ne pouvaient faire autrement, négocier avec les notabilités locales. Juristes ou policiers, ils firent l’essentiel des années Basri. La suspicion, la brutalité théâtralisée, le climat de terreur qu’ils instillaient faisaient partie de ce complexe sécuritaire. (suite…)