Archives de 11 juin 2012

Personne n’aurait idée de confondre le président et la République, le député et le Parlement… Mais le roi et la royauté ne semblent pas partager ce sort, et combien de critiques adressées à un souverain furent traduites en termes systémiques, et combien d’apologies de telle ou telle action royale en hommages à la monarchie. Cette confusion est malvenue, comme tout brouillard conceptuelle, elle ne contribue pas à clarifier le débat, mais ses raisons sont anciennes et compréhensibles. La monarchie s’est construite, dans la plupart des sociétés humaines, selon une même métaphore : le corps du roi symbolise, concentre, incarne celui de la collectivité. Le roi bien portant exprime la santé éclatante de ses sujets, le roi victorieux la victoire de ses ouailles. Relation mystique ancienne mais qu’on aurait tort de renvoyer à un archaïsme partout dépassé. Plusieurs auteurs ont montré comment la sécularisation de cette idée a transféré au Parti, à la nation, au dictateur, cette allégeance mystique, avec des effets néfastes, ceux que l’histoire de la première moitié du XXe siècle raconte.  Une pensée saine et dépassionnée de la monarchie est possible, elle est même nécessaire. Fait fondamental dans l’histoire du Maroc, gage de son indépendance pendant des siècles, la monarchie ne peut rester par ailleurs l’angle mort de la pensée politique. (suite…)

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