Non contents de subir une défaite dans le réel, les Arabes s’arrangent pour s’infliger des châtiments moraux. Un de ces supplices masochistes, en particulier, fait des ravages et brouille leur perception des rapports de force. Il s’agit du complot. Pas un obstacle, pas un retournement de conjoncture, pas un tremblement de terre qui ne soient attribués à la vaste conspiration sioniste. Ne parlons pas alors de tout avis distancé, de toute autocritique, même timide, de toute tentative de décrire la réalité telle qu’elle émerge du chaos des informations : les agents sionistes pullulent… Sus aux journalistes, aux observateurs, aux politologues, aux politiques qui calment les pulsions déchaînées et impuissantes, et qui, dans la fièvre télévisuelle, essaient de rappeler que tel chiffre, tel fait, tel phénomène ne rentrent pas tout à fait dans le cadre du complot sioniste. Ils seront mis dans le même fourgon, promis au même peloton d’exécution qui attend les ennemis de la nation blessée.

Le narcissisme arabe est fragile. Les raisons en sont multiples, et sans doute en partie impossibles à déterminer (la colonisation, le machisme sourcilleux, le passé fantasmé ?). Mais en attendant, les effets sont ravageurs : la nation arabo-musulmane ne peut être que victorieuse… ou martyre. Il n’y a pas de milieu rationnel entre ces deux positions psychologiques : la splendeur des Abbassides ou l’horreur actuelle. D’où notre engouement pour les catastrophes historiques, amplifiées jusqu’à la tragédie : les Palestiniens sont le symétrique obscur de notre passé glorieux. Et de même, Israël ne peut être que tout-puissant, tirant les ficelles et commandant aux chefs d’Etat du monde, qui lui obéissent au doigt et à l’œil.

Gare à celui qui affirmerait cette vérité simple : Israël n’est pas si puissant qu’on le dit. S’il a gagné des guerres en six jours, vaincu à de multiples reprises de vastes coalitions, c’est que les sociétés arabes, et les Etats qui en sont l’émanation monstrueuse, sont malades de sous-développement culturel, de patriarcat entravant, de violences diverses tournées contre soi. Et que défendre les Palestiniens, former un front arabe uni, porter la voix et la parole de ceux qui sont écrasés, passent par une analyse impitoyable et froide de ses propres travers.

Faire le salut hitlérien dans une manifestation de soutien à la Palestine est une imposture historique ; voter une loi criminalisant les Marocains qui vont en Israël est une impasse populiste ; frapper un rabbin marocain dans une rue de Casablanca est une lâcheté morale. Et tant qu’on se permettra de telles licences, qu’on fermera les yeux sur de tels comportements, au nom de la défense de nos frères palestiniens, on ne fera en réalité que se donner de faciles autorisations à des soulagements psychologiques à la petite semaine.

Il est notable qu’au même moment, à quelques centaines de kilomètres de distance, deux fantasmes arabes sont en train de s’incarner : le masochisme palestinien complaisamment couvert par les médias, et la mégalomanie du néo-califat d’Al Baghdadi. Pauvres de nous, qui ne puissions nous voir dans le miroir que superbes ou humiliés !

Le narcissisme blessé des Arabes est une maladie historique grave ; la soigner est crucial mais hélas peu probable : l’argent du pétrole et les gesticulations médiatiques – par la vantardise ou les pleurnicheries – permettent de couvrir ce handicap de sparadraps imaginaires.

Et il va de soi que j’écris de telles lignes parce que je suis payé par le Mossad.

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