Alors que la fondation Chirac décernera ses Prix vendredi 21 novembre 2014, Omar Saghi, membre du Comité d’experts du Prix pour la prévention des conflits, prône une diplomatie culturelle au service de la paix.

Les nouveaux conflits exigent une nouvelle diplomatie

Les conflits ont changé de nature depuis la chute du Mur de Berlin. Ils n’ont pas disparu, mais ont quitté le domaine étatique, et sont passés du côté des sociétés. Ils sont de moins en moins interétatiques, les protagonistes sont désormais le plus souvent des acteurs irréguliers, qui ignorent les distinctions classiques entre civils et militaires, pays en guerre et pays neutres, le front et l’arrière… Ces oppositions, nées avec la modernité diplomatique, ont peu de pertinence dans les conflits contemporains. Les discours des belligérants font appel à des considérations culturelles, confessionnelles, identitaires… bien plus qu’à des positionnements idéologiques.

Une diplomatie du temps long

Or le temps des sociétés n’est pas celui des politiques. Les vitesses engagées sont différentes : le temps politique est commandé par les échéances électorales, les programmes économiques, il est saccadé par les crises financières et les rapports de force politiques. Mais le temps des sociétés se mesure en décennies, en générations : les structures familiales, les systèmes culturels, les comportements démographiques évoluent lentement, au regard de la vie politique. Ce temps long des sociétés ne peut être pris en charge par la diplomatie classique. Celle-ci intervient souvent après le mûrissement d’une situation de crise, ses outils n’appréhendent pas les problèmes dans leur profondeur, et les acteurs institutionnels n’ont ni le savoir ni la patience propre aux dynamiques longues des sociétés. Seule une diplomatie culturelle peut prendre en compte ces vitesses dissociées.

Celle-ci doit approcher les acteurs sociaux : chefs traditionnels, cadres intellectuels ou religieux, associations, élites communautaires ou entrepreneurs identitaires… Ils sont parfois les protagonistes des conflits en cours. Le dialogue intercommunautaire et interculturel, associé à l’appel au droit international, est souvent la clef de la résolution des nouveaux conflits, ou de leur prévention, par un travail de reconnaissance mutuelle, d’interconnexion et de dialogue de proximité.

Une diplomatie de la société civile mondiale

Avec la mondialisation, l’accélération de la circulation des hommes et des idées et la porosité des frontières, c’est au niveau des communautés de vie plus que des organigrammes diplomatiques que le devenir des grands conflits se décidera sans doute.

Aussi, promouvoir une diplomatie de la société civile mondiale est plus que jamais nécessaire pour remplir le vide laissé par le retrait des Etats, leur affaiblissement économique ou leur incapacité à avoir prise sur les nouveaux types de conflits.

Une diplomatie de la modestie médiatique

Cette «diplomatie de la société civile mondiale» impose ses propres rythmes et sa propre méthodologie. Elle répugne aux éclats médiatiques et aux actions glorieuses mais sans lendemains. Parce qu’elle échappe à la diplomatie étatique, parce qu’elle se penche sur des problèmes infra-politiques (la religion, l’ethnie, le partage des ressources naturelles de proximité…), parce qu’elle souhaite résoudre des maux parfois très anciens – la coexistence islamo-chrétienne par exemple –, cette diplomatie est celle du temps long et de la modestie médiatique.

Omar Saghi, publié par Fondation Chirac

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