Le Maroc est en Afrique. Evidence. Nous sommes africains. Encore une autre évidence. Il ne se passe plus un mois, une semaine, sans qu’un article, une conférence, un festival, ne nous rappelle que nous sommes africains. Le Liban est en Asie, les Libanais sont-ils asiatiques ? La Mer Noire fait-elle partie de la Mer Méditerranée ? Et le Mexique, est-il en Amérique du Nord, centrale, du Sud ? Questions oiseuses. Leur fond est politique. La popularisation de telles questions vient toujours à propos. Le débat sur l’africanité du Maroc a pendant longtemps été confiné dans les corridors de la diplomatie hassanienne. La France-Afrique avait au Maroc une escale toute trouvée. Le succès actuel du débat sur l’africanité du Maroc vient d’ailleurs. Il rappelle, furieusement, le débat espagnol ou italien d’il y a trente ou quarante ans : sommes-nous européens ou méditerranéens ? Sommes-nous plus proche des Allemands, ou des Arabes ? Le Maroc, depuis quelques années, se pose en vérité cette interrogation : sommes-nous plus proche des Sénégalais, ou des Espagnols ? C’est que la frontière nord-sud, se déplace, lentement mais sûrement. Elle est de moins en moins à Gibraltar, et de plus en plus quelque part sur le Tropique du Cancer, sur l’axe sahélien. Par un effet de projection et de mauvaise conscience, moins on se sent africain, et plus on parle d’africanité. Le destin africain du Maroc est une évidence. Il suffit de se pencher sur une carte. L’empire chérifien a choisie de s’étirer sur un axe nord-sud, depuis mille ans. Choix décidé lors de la fondation de l’empire Almoravide, qui s’est arrêté à l’est aux contreforts de la Kabylie, préférant se concentrer sur une expansion hispano-sahélienne. Notre vraie colonne vertébrale, ce n’est donc pas la Méditerranée qui mène vers l’Orient, mais la côte atlantique, qui fait du Maroc un câble euro-africain. Il n’y a pas, sur le sujet, de débat nouveau. Par contre, le bavardage nouveau sur l’Afrique et les Africains, rend un son différent. Les vraies questions sont en dessous. Le Maroc est-il destiné à devenir un pays d’accueil d’émigrés ? Le Maroc va-t-il changer, ethniquement ? Dans quelle proportion ? 10, 20% de subsahariens nouveaux Marocains parmi les Marocains « de souche » ? Selon quel programme d’intégration ? L’empire et la protection chérifienne ? L’idéologie du métissage ? Ou encore une fraternité islamique… Ces questions, les vraies, ne font qu’émerger. Mais elles avancent en oblique. Comme si elles étaient porteuses d’ambiguïtés lourdes à porter pour leurs promoteurs, qui préfèrent babiller sur l’africanité du Maroc. Peut-être même cette ambiguïté échappe-t-elle complétement à ceux qui parlant d’Afrique et d’africanité, évitent inconsciemment de parler d’émigration et de futur démographique. Plus que d’autres, le Maroc est un pays d’ouverture. D’abord parce qu’il n’a pas suivi le processus d’homogénéisation de ses voisins : ni l’arabisation totale, ni l’explosion démographique de la capitale, ni l’embrigadement massif de la population sous l’égide du parti unique n’ont été accomplis. Resté pluriel comme une société traditionnelle, le Maroc redeviendra-t-il pluriel comme une société postmoderne ? Il en a en tout cas les potentialités, mais si on aborde franchement les questions de multi-culturalité, de démographie et de flux migratoires. Pour le moment, l’ombre portée de ces questions est constituée de bonnes paroles nous expliquant que le Maroc est en Afrique. Moi qui croyais qu’il était dans le Golfe.

Omar Saghi

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