Archives de mars, 2015

Une hirondelle ne fait pas le printemps. Mais on veut nous faire croire, depuis quelques années, qu’un gazouillis, lui, peut faire une révolution. L’explosion spectaculaire des réseaux sociaux, et leurs rôles dans les différentes révolutions démocratiques des dernières années, réussies ou non, ont semble-t-il confirmé cette nouvelle loi historique. Un like, un tweet, un snapshot suffirent à faire tomber un régime. On le crut, on l’acclama.

Quelques années plus tard, plus dure est la chute de ces révolutionnaires du clavier. (suite…)

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Jihad, houdoud, hisba, jamais on a autant utilisé ces termes, qu’on connaissait à peine il y a encore quelques années. Mais le vocabulaire des hommes est limité : ce qu’il gagne d’un côté, il le perd de l’autre. Il a bien fallu que d’autres mots cèdent leur place, et plutôt silencieusement, car dans l’affaire, le meurtre du concept est toujours secret. Akhlaq, soulouk, mouâmalate, voilà quelques termes, parmi d’autres encore, qui furent d’un usage courant, et dont la valeur était centrale pour maintenir la cohésion collective. Ils ont disparu.

Ces termes sont aussi islamiques que les autres. Ils sont aussi fondateurs de notre vivre-ensemble. Ils ont donné lieu à des traités, des manuels et des controverses. Ils furent sur toutes les lèvres il y a encore une ou deux générations. Que s’est-il passé pour que notre culture soit associée de plus en plus à jihad plutôt qu’à îffa ou rahma ? (suite…)

La musique va toujours plus vite. Emprunter à Bob Marley le titre d’un tube planétaire pour un livre sur le panafricanisme est bien vu. A l’heure où l’Amérique associe, rare oxymore historique, son premier président noir et une guerre raciale qui ne dit pas son nom, il est opportun de penser l’unité africaine, le vécu historique des diasporas afro-atlantiques et le devenir d’une conscience noire mondialisée. Avec Africa Unite ! une histoire du panafricanisme, Amzat Boukari-Yabara, historien déjà remarqué pour deux monographies sur le Mali et le Nigéria, propose un regard ample et documenté sur une histoire pluriséculaire et transcontinentale, une des premières aventures mondialisées, toujours mal connue. (suite…)

Face à une exécution barbare, une double pendaison est-elle la bonne réponse ? Le pilote jordanien Moaz Al Kasasbeh a été brûlé vif dans une cage de fer. En rétorsion, la Jordanie a pendu deux jihadistes. Réponse idoine, quasi immédiate, symétrique pourrions-nous dire. Mais il s’agit, d’un côté, d’une organisation amorphe, dont la violence n’a d’égale que l’absence de hiérarchie claire, et de l’autre, d’un Etat, l’un des derniers Etats arabes de la région à maintenir une structure, ou un semblant de structure d’Etat de droit. Les déclarations du roi Abdallah de Jordanie furent également d’un niveau égal à celui d’un populiste en campagne, ou d’une foule en colère. (suite…)

A qui appartient le Maroc ? est le genre de titre qui fait fureur en librairie. Qui en profite ? Où va notre richesse nationale ? Dans quelles poches, par quelles mains, sous quelles tables passe-t-elle ? Questions légitimes, populaires, mais hélas de peu d’emploi tant que la question n’est pas réglée, n’étant même pas soulevée : qui est souverain au Maroc ? (suite…)

Plus le Maroc se francise, et moins sa relation avec la France sera simple. Tel est le syllogisme politique des prochaines années, dramatique de cohérence.

La relation privilégiée que Rabat et Paris ont maintenue, bon an mal an, depuis plusieurs décennies, ne tient pas à je ne sais quelle « concordance de vues », « destin commun » et autres banales « valeurs communes »… Si Rabat et Paris se sont si bien entendus, c’est que Rabat est la moins française des capitales arabes. (suite…)