La musique va toujours plus vite. Emprunter à Bob Marley le titre d’un tube planétaire pour un livre sur le panafricanisme est bien vu. A l’heure où l’Amérique associe, rare oxymore historique, son premier président noir et une guerre raciale qui ne dit pas son nom, il est opportun de penser l’unité africaine, le vécu historique des diasporas afro-atlantiques et le devenir d’une conscience noire mondialisée. Avec Africa Unite ! une histoire du panafricanisme, Amzat Boukari-Yabara, historien déjà remarqué pour deux monographies sur le Mali et le Nigéria, propose un regard ample et documenté sur une histoire pluriséculaire et transcontinentale, une des premières aventures mondialisées, toujours mal connue. Quand naît la conscience africaine ? Et où ? Avec la traite atlantique, à cheval sur trois continents, quatre ou cinq systèmes économiques et des dizaines de langues et de régimes politiques ? Dans les salons philosophiques du Siècle des Lumières, auprès des abolitionnistes ? Ou encore parmi les premiers intellectuels afro-américains, déchirés entre le vécu ségrégationniste, l’utopie du retour à l’Afrique, et le rêve d’une autre Amérique ? De cette origine foisonnante, Amzat Boukari-Yabara fait une donnée fondamentale du panafricanisme : un mouvement politique sans cesse débordé par sa propre diversité. Anglophonie, francophonie, lusophonie… New York, Londres, Paris, Accra, Kingston, Le Cap… Esclaves-marrons et intellectuels de salon, maquisards et prolétaires… Les mouvements de libération panslave ou panarabe avaient pour marqueur une langue ou un territoire, souvent les deux. Le panafricanisme n’en a pas. C’est sa force. Sa cohésion, avant l’unité africaine désirée, il la trouve dans la volonté d’émancipation. Combat après combat, contre l’esclavage, la colonisation ou l’apartheid, contre la prédation mondialiste contemporaine, le panafricanisme s’est construit comme un des moteurs oubliés de l’histoire mondiale des deux derniers siècles. Alors que les grandes idéologies du XXe siècle sont mortes, étouffées sous leurs propres crimes, le panafricanisme est l’un des derniers exemples d’une énergie historique enracinée dans l’universalisme des Lumières, et toujours vivante. La couleur de la peau n’est pas un destin. W.E.B. Dubois et Marcus Garvey, deux Américains opposés par le style et le projet, Nkrumah et Senghor, voix anglophone et francophone du réveil du continent noir au contact du panafricanisme transatlantique, Miriam Makeba et Nelson Mandela, l’artiste et le militant… Tous pensent le panafricanisme comme contribution à l’universelle libération de l’homme. Alors qu’une nouvelle grammaire politique naît, mondialisée, marquée par l’hybridation identitaire et la recherche d’une démocratie délestée du référent étatique, alors qu’une Afrique émergeante se cherche un destin mondial, le panafricanisme est plus que jamais actuel, et pour tous. Panafricanisme, un autre altermondialisme. Amzat Boukari-Yabara, Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme, La Découverte, 2014.

Omar Saghi

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