Sécularisation politique 2 : cas du Maroc

Publié: 7 juillet 2015 dans Culture et politique, Etat et démocratie, Histoire moderne, Maroc, Printemps arabe, Sécularisation
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Le référentiel religieux disputé entre la Monarchie, la sphère politique et la société civile Le « fait monarchique » est central au Maroc. A la différence de la Jordanie, où le Trône est le fruit d’un concours de circonstances post- première Guerre Mondiale, à la différence de l’Arabie saoudite, où le roi se présente comme le bras armé de la légitimité cléricale, au Maroc la monarchie incarne depuis le XVI° siècle le religieux dans l’espace politique.

La conversion du théologique en étatique, de la soumission à l’ordre transcendantal en soumission à l’ordre légal, qui est le fait majeur de la politique moderne, suit ou suivra un parcours spécifique au Maroc. Le référentiel religieux n’est ni abandonné – comme dans les Républiques arabes – ni autonomiser entre les mains d’une institution cléricale forte – comme en Arabie saoudite – mais personnalisé dans un corps. Cette théologie politique propre au Maroc – et que théâtralise le rituel de cour, par exemple – a des conséquences inattendues : le référent religieux n’a jamais pu être complétement retiré au pouvoir, et l’hégémonie culturelle réussie par les mouvements islamistes dans les républiques a toujours connue des contrecoups au Maroc.

Plutôt, dès lors, qu’une lecture en terme d’opposition binaire entre Etat et société se disputant le référentiel religieux, peut-être faudrait-il penser à introduire un troisième terme, et analyser la circulation du référentiel religieux entre l’Etat comme structure légal-rationnelle, la Monarchie et la société civile. D’une manière peut-être contradictoire, la centralité du référentiel religieux dans le « fait monarchique » marocain pourrait faciliter le processus de sécularisation politique : la religion échapperait doublement à l’ordre étatique et à la mobilisation sociétale.

C’est probablement ainsi qu’il faudrait interpréter une partie de l’histoire politique récente et contemporaine du Maroc, et du jeu complexe entamée par la monarchie avec et contre les acteurs politiques islamistes : leur abandonner des pans de l’Etat mais essayer de garder le monopole du religieux.

Omar Saghi, extrait d’une publication du Cercle d’Analyse Politique de la Fondation Bouabid.

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