Maghrébins, le refus français

Publié: 17 décembre 2015 dans Non classé

Le FN est un feu de paille. Le FN est un nouveau poujadisme, qui ne durera pas plus que l’ancien. Le FN se meurt de la scission de Bruno Mégret… Le mouvement fondé, ou plutôt réanimé et structuré par Jean-Marie Le Pen fut plusieurs fois déclaré mort ou moribond. Vœux pieux, émanant de l’intelligentsia parisienne qui ne pouvait supporter une réalité qui cadre si mal avec l’image qu’elle se fait de la France.

Depuis quinze ans, le FN s’est non seulement maintenu, il s’est même engagé dans un exercice de conquête régulière de larges portions de l’électorat, scrutin après l’autre. Le moment est peut-être venu de se poser quelques questions fondamentales, qui ne soient pas embrumées par des considérations moralisatrices.

Le pilier du discours frontiste, autour duquel se cristallise le reste, c’est l’immigration. Et le cœur de ce souci migratoire, c’est l’islam. Ou plus spécifiquement la population musulmane, surtout maghrébine. Certes, il existe désormais partout en Occident, une « question musulmane », comme il a existé une « question juive ». Mais la spécificité française, c’est que deux siècles de fréquentation, de cohabitation, de flux de populations, entre l’hexagone et l’Afrique du nord n’aient pas résorbé cette interrogation. Il semblerait même que l’intensification des échanges entre les deux sphères exacerbe cette animosité.

La France ne veut pas de l’Islam, et du Maghreb qui est son incarnation historique et sociale la plus proche. Ceux qui disent le contraire se paient de mots. Les points communs, nombreux, entre la république et l’islam, loin de rapprocher les deux bords, les raidissent l’un contre l’autre : l’égalitarisme musulman ne s’additionne pas à l’égalitarisme révolutionnaire, il le confronte ; l’universalisme prosélyte de l’islam ne complète pas l’universalisme prosélyte des droits de l’homme, il les concurrence. Sous cet aspect, islam et république semblent trop proches pour coexister.

Quant aux différences, on n’a cessé de les amoindrir. Le statut de la femme, l’endogamie, l’éducation familiale, le rapport à la loi civile… tous ces traits culturels furent négligés au profit d’une surdétermination des facteurs socioéconomiques.

Qu’on ne s’y trompe pas : le terrorisme et ses effets sur l’électorat ne sont que des épiphénomènes. La fracture, ancienne, ne cesse de s’élargir: séparatisme culturel (nourriture halal, demandes d’horaires aménagés, affichage de signes d’appartenance religieuse), mise en avant par les médias de leaders communautaires, poursuite d’une émigration vouée à la marginalisation économique et aux allocations sociales… Tous les paramètres tendant à cerner la communauté franco-musulmane d’un trait noir qui l’isole du reste ont été poussés au maximum.

De ce constat, qu’on répugne à faire, quelle conclusion tirer ? sur quel scénario spéculer ? Si rien n’est fait touchant ces paramètres culturels (et rien ne sera fait, tant il est difficile aujourd’hui d’agir sur ces facteurs), la communauté franco-musulmane deviendra, à l’instar des noirs américains, une variable d’ajustement : son exclusion (qui est très largement une auto-exclusion) servira à souder le reste du corps civil. De même qu’aux Etats-Unis, asiatiques ou latinos s’intègrent par le refus du noir, en France, et plus largement en Europe, le refus du musulman sera le gage de l’intégration des autres.

En attendant, les uns réclament des milliards pour les banlieues, les autres une meilleure connaissance de l’islam, les troisième du couscous pour tous.

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