Donné souvent pour mourant, déclaré plusieurs fois mort, la résilience du régime de Damas prend désormais la voie d’une véritable résurgence. Assad fils n’est pas tombé, il se fait même plus fort maintenant que l’aviation russe et le soutien tacite des Américains rejouent à son profit l’accord soviéto-américain de 1956 qui favorisa Nasser contre l’alliance franco-britannique. On ne cesse de s’interroger sur la capacité de survie d’un régime exsangue financièrement, diminué idéologiquement, avec un soutien intérieur en peau de chagrin. On pense à une bizarrerie locale. Il semblerait au contraire qu’il s’agisse là d’une réalité valable pour tous les régimes similaires. Aujourd’hui que la chute des prix du pétrole ébauche des mirages de démocratisation instantanée au Venezuela ou ailleurs, il est temps de convenir qu’il existe un type de régime qui, loin de faiblir face à l’adversité, s’en nourrit au contraire.

Je propose d’appeler ce type de structure le “régime maigre”. En 1991, lorsque les Occidentaux, sous couvert onusien, imposent le blocus à l’Irak, l’idée est de mener le régime de Saddam vers sa chute interne, par étranglement financier. C’est le contraire qui se produit : le régime baasiste se replia sur ses fondamentaux, se durcit et se débarrassa de toutes les dimensions étatiques coûteuses financièrement et inutiles sécuritairement. Le peuple en souffrit certes, mais le régime en sortit plus fort. Bref, le blocus fit perdre à Bagdad sa graisse inutile : écoles, hôpitaux, routes secondaires, etc. tout ce qui ne servait pas directement le maintien du régime disparu. Et le régime se maintient. Il a fallu l’agression américaine de 2003 pour abattre une espèce de statue du commandeur, fossilisée, mais imposante. Les puissances occidentales qui réfléchissent en termes de pressions financières, de blocus commercial et de soutien indirect aux oppositions devraient se souvenir de l’exemple de Cuba, de la Corée du Nord ou de l’Iran révolutionnaire. Ces régimes ont tenu malgré, peut-être même à cause et grâce aux blocus qui, les pressant, les obligèrent à aller à l’essentiel.

Inversement, les dictatures tombent d’excès de richesse, pas de manque. L’URSS est tombée suite à la Perestroïka, qui promettait l’aisance. Et si Moubarak et Ben Ali sont tombés sous la pression de la rue, c’est justement parce que ni la Tunisie ni l’Égypte n’étaient des régimes maigres. L’infitah de Sadate, en 1970, avait déjà détaché l’Égypte du modèle étatique du manque vers un autre, axé sur la recherche de la profusion. La crise économique peut éventuellement secouer la dictature en Chine, parce que Pékin a fait aussi son infitah, ou sa perestroïka économique, et que désormais l’argument principal du régime est économique. Mais pas Damas. Certes, lors du court printemps syrien, au début du règne de Bachar, on parla d’un modèle chinois à implanter en Syrie, mais l’ouverture économique n’alla jamais très loin. Le régime de Damas a détruit Alep, son fleuron industriel et économique, parce qu’il n’a jamais cessé d’être de ces régimes de “la pénurie organisée” dont parlait le Yougoslave Milovan Djilas.

Avec un baril de pétrole qui s’entête à stagner, ainsi que la dernière réunion à Alger avant-hier l’a encore une fois montré, on peut parier que plusieurs régimes maigres, qui s’étaient un peu enrobés ces dernières années, au point de faire croire à leur métamorphose, vont de nouveau maigrir et revenir à leurs fondamentaux. Non, la chute du prix du baril ne fera pas chuter les achats d’armes.

Omar Saghi, paru dans Telquel

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