Penser la monarchie

Publié: 11 novembre 2016 dans Non classé

Longtemps cantonnée dans le domaine du non-dit, la monarchie est l’inconscient des Marocains. Tous en sont imprégnés, qu’ils soient de gauche ou de droite, militants ou apolitiques. Partout présente, dans nos textes de lois et nos manuels scolaires bien sûr, mais aussi dans nos traditions et notre vision du monde, nos monuments et notre mémoire, et jusque dans nos coutumes et notre subjectivité. Cette étrange capacité à être partout et nulle part a fait la force du Maroc. Il a pu, structuré par un vécu monarchique puissant et intangible, traversé, quasi-intact, les soubresauts de l’histoire, la colonisation, les tourments idéologiques du siècle passé et les catastrophes actuelles.

Et pourtant la monarchie n’est jamais explicitement exposée, car ni un traité ni une doctrine ne déploient ses composantes. Et l’on confond très souvent la monarchie avec le monarque, et l’étude de la monarchie avec l’attaque frontale ou la flatterie.

Ce royalisme sans théorie ni discours n’est plus d’actualité. Les Marocains sont de plus en plus éduqués, et le Maroc s’est ouvert au monde, un monde qui ne comprend plus l’exception marocaine. Nous-même avons désormais du mal à articuler un discours sur le protocole royal, la cérémonie d’allégeance ou les rapports entre Palais et gouvernement. Notre cœur penche toujours vers la monarchie, mais notre raison est sommée de produire un discours rationnel introuvable.

Je crois le moment venu, et la maturité des Marocaines acquise, pour aborder de plain-pied cette exigence brûlante et décisive pour l’avenir du pays : penser la monarchie, sans les rancœurs inutiles, et les ressentiments recuits qui ne sont plus de notre génération ; sans les flatteries absurdes, les exagérations et les lâchetés ; sans les emportements des bons sentiments creux… Car la monarchie est un bien commun, le fruit d’une élaboration collective des peuples, des cultures et des histoires qui ont fait cet extrême-occident de l’islam qu’est le Maroc. Et le moment est venue de se la réapproprier, par un travail de pensée publique.

Ce vieux pays ne fait en réalité que commencer sa jeunesse. Les Républiques arabes ont consommée leur faillite, l’Occident s’interroge sur sa vocation, l’Afrique veut sa part des promesses du siècle. Entre ces destins contrariés, le Maroc doit sortir de sa minorité politique, c’est à dire, avant tout, se voir tel qu’il est, sans complexe, plonger au plus profond de son identité monarchique et en remonter rajeuni pour un nouveau départ.

Telquel, dossier spécial Monarchie,

à l’occasion de la parution prochaine de Comprendre la monarchie marocaine

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