Vers un axe Casa-Le Cap?

Publié: 9 mars 2017 dans Non classé

Le Maroc est revenu au sein de l’Afrique institutionnelle. Et déjà des dents grincent. Celles de Pretoria, en particulier. Mais l’Afrique du Sud et le Maroc sont-ils promis à une éternelle détestation ? Pas si sûr. Il suffit de jeter un regard sur une carte économique du continent, ou de se pencher sur ses données financières : Rabat et Johannesburg sont, avec le Caire, les trois pôles de l’émergence africaine. Depuis peu, d’autres locomotives se sont ajoutées, mais le trio de tête reste le tripode structurant de l’Afrique. Or, et l’histoire moderne l’enseigne, il est rare que deux économies libérales se vouent longtemps à l’animosité. Rien de rationnel n’oppose l’Afrique du Sud au Maroc, ni les investissements de l’une ou de l’autre, ni leurs industries, ni leurs matières premières ou leur manque de matières premières. Leurs économies sont mêmes plutôt complémentaires. Il y a là plus qu’un indice sur une probable future réconciliation.

On me rétorquera : cela est vrai pour le Maroc et l’Algérie, et voyez où la complémentarité économique a mené les deux voisins. Certes, sauf que l’Algérie n’est ni une économie ouverte ni une démocratie. Car l’Afrique du Sud a cette particularité sur d’autres nations ayant vécu une longue nuit coloniale, violente et traumatisante : son indépendance, à la différence de celles du Vietnam ou de l’Algérie, n’a pas débouché sur la dictature politique et le dirigisme économique. Le pluralisme politique et économique de l’Afrique du sud est la plus sûre boussole pour la nation arc-en-ciel. Elle ne se détournera pas longtemps de la rationalité politique et économique. L’ANC, le parti historique de Mandela, n’est pas un monolithe. Son hégémonie n’est pas une dictature formelle. Il se doit à l’exercice des urnes, et des courants internes le traversent. Les futures échéances, élections d’un nouveau chef du parti à la fin de cette année, élections générales en 2019, verront certainement des surprises, et le clan Zuma n’est pas assuré de l’emporter.

L’Afrique du Sud, comme le Maroc, a plusieurs capitales. Si Pretoria, la capitale administrative, semble opposer une ferme fin de non-recevoir à Rabat, il n’est pas sûr que Le Cap, la capitale parlementaire, soit du même avis. La ville la plus britannique du pays, ouverte sur l’Atlantique, offre un autre visage du pays. A côté de l’Afrique du Sud dogmatique et populiste de Zuma, acharnée à ressusciter, contre la réalité, des rêves tiers-mondistes décédés, il y a cette Afrique du Sud libérale et mondialisée, cosmopolite et pluraliste. Et là aussi à la différence d’autres pays violemment décolonisés, en Afrique du Sud la libération n’a pas signifié la mort des façades maritimes. Le Pékin de Mao a étouffé Shanghaï, le Caire de Nasser a brisé Alexandrie, mais Mandela a veillé à ce que Pretoria-Johannesburg ne tue ni Le Cap ni Durban.

A ceux qui, au Maroc ou ailleurs, déplorent la crispation sud-africaine et sa pente autoritaire et népotique, il est bien de garder en mémoire cette géographie sociopolitique du pays. Le cœur continental, minier, administratif, marquée par une longue histoire de violence et de déplacement de populations, n’a pas triomphé de sa double façade maritime, au peuplement beaucoup plus complexe que la simple opposition noirs/blancs, à l’économie plus ouverte et moins dépendante des mines, à la culture et aux mœurs plus libérales.

C’est cette Afrique du Sud qui, tôt ou tard, renouera avec le Maroc. Cela prendra quelques années ou une décennie. Et le Maroc sait attendre.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s