Education contre éducation

Publié: 27 septembre 2017 dans Non classé

Les jeunes garçons marocains sont mal éduqués. C’est la faute à l’Etat. Au gouvernement. Au grand capital. À la colonisation. Ils auraient du leur construire des terrains de foot. Des conservatoires de musique. Des cours de peinture sur soie. Les jeunes marocains harcèlent les filles dans la rue et violent à l’occasion les handicapées, parce que le ticket de bus est trop cher. Parce que le tramway n’est pas climatisé.

La stupidité des explications de ce type, et elles sont nombreuses, n’a d’égale que leur succès auprès du grand public. Il est pourtant aisé de les démonter. La Moldavie ou la Mongolie, dont les conditions sont pires que celles du Maroc, ne connaissent pas ce genre d’épidémie. L’Arabie saoudite, par contre, pays riche selon les critères marocains, connait depuis quelques années une succession de mini-scandales de harcèlement public.

Le caractère “culturel” des agressions physiques ou verbales des femmes dans l’espace public n’est pas à faire. La rhétorique gauchisante derrière les arguments avancés par ceux qui incriminent les institutions doit être démontée par contre.

En substance, elle dit que l’adolescent marocain lâché dans la rue est une matière brute, une sorte de (bon) sauvage que l’incurie de l’Etat a laissé sans éducation. Et c’est en tant qu’être sans éducation qu’il agresse les femmes. Je ne sais pas ce qu’un être humain sans éducation ferait de la différence sexuelle, mais une chose est sûre, pour agresser une jeune fille, il faut être éduqué : c’est suite à une éducation particulière qu’un adolescent décide qu’une fille seule est « harcelable », qu’une fille en robe est indécente, qu’une fille handicapée est une proie légitime. Loin d’être sans éducation, les bandes de garçons qui sévissent dans les rues sont le fruit d’une éducation particulière. Un mélange de patriarcat, de néo-urbanisation, et de transition culturelle. Le tout propre au monde arabo-musulman.

Cette réalité que je me borne à rappeler est d’ailleurs inconsciemment bien perçue. Il suffit de voir ce que propose « l’autre bord ». Depuis l’agression du bus, en août dernier, on voit, on lit la multiplication des appels à la fermeté. Certains rêvent d’un Etat policier marocain qui donnerait à la police la mission de discipliner les rues et l’espace public à coup de persécution de ces nouvelles classes dangereuses.

Le débat marocain à propos du harcèlement de rue est donc coincé entre les âneries gauchisantes (« il faut leur construire des théâtres » pour qu’ils arrêtent de mettre les mains aux fesses) et les fantasmes punitifs (« les pauvres en prisons » et à nous les évasions fiscales).

Tant que les différents faux-fuyants ne seront pas écartés, le débat sur cette question restera nébuleux, voir impossible. L’économie, la démographie, l’urbanisme, l’alphabétisme, ont bien sûr leur place dans cette question, mais le cœur de l’affaire est ailleurs. Seule une éducation sexuelle nouvelle permettra de régler cette question. Nouvelle, parce qu’une éducation sexuelle existe déjà. Elle est transmise par les familles, (principalement les mères), les groupes de pairs (les aînés, amis et frères) et la rumeur médiatique. Elle enracine et renforce une vision prédatrice et violente de la sexualité, que seule un contre-discours affirmé et sans complexe pourrait éventuellement renverser. Dans cette affaire, ce n’est pas de lutte contre la pauvreté qu’il s’agit, mais d’une éducation nouvelle qui remplacerait l’ancienne, désormais distordue et non-fonctionnelle.

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