Pour une éducation sexuelle islamique

Publié: 16 octobre 2017 dans Non classé

La multiplication des scandales à caractère sexuel tient-elle à une dégradation des mœurs (première explication) ? Ou à une curiosité malsaine des médias pour un monde jusque-là laissé dans l’ombre (seconde explication) ? Ces deux tentatives de rationalisation de la vague qui grandit depuis des années (viols suivis de suicide, harcèlements de rue filmés etc.) se retrouvent, sous des formulations variées. La première explication est curieuse : elle mélange un fort conservatisme (avant c’était mieux, parce que l’islam, la pudeur et tout ça) et un penchant gauchiste insistant (l’Etat ne remplit pas son devoir d’éducation, de démocratisation etc.). La seconde se borne, plus intelligemment, à souligner toutes les transformations de l’infrastructure médiatique : avec un téléphone portable qui fait office de multimédia personnalisé, les marges et les petits illégalismes perdent de leur étanchéité.

Mais la fin des petits secrets n’est pas seule en cause. Le Maroc, et plus largement le monde arabo-musulman, ont effectivement profondément changé. La culture morale qui dominait jusqu’à il y a peu, existe encore, mais sans le soubassement qui la soutenait. L’âge du mariage a augmenté, pour les deux sexes, les villes sont devenues anonymes, et les familles nucléaires. Du coup, un des piliers de la culture sexuelle arabo-islamique, l’endogamie, n’est plus possible. L’endogamie, ce n’est pas seulement le mariage entre très proches (entre cousins, par excellence), c’est plus largement le mariage de proximité, et donc l’implication de l’ensemble de la parentèle dans le choix du conjoint. L’équation classique dans ce système, est la suivante : la sexualité, c’est le mariage, et le mariage se fait entre proches, donc le mariage est affaire de famille et de voisinage (qui sont la même chose, dans les villages comme dans la ville islamique traditionnelle).

Telle est l’infrastructure réelle de la culture sexuelle arabo-islamique. La religion proprement dite n’intervient que dans un second temps, et très peu. Elle servait plus à justifier ce fonctionnement qu’à l’établir.

Mais voilà : l’éducation (et l’éducation supérieure) généralisée pour les deux sexes, la fin des parentèles étendues et l’urbanisation massive sont passées par là. La rue est devenue un espace public, relayé désormais par les réseaux sociaux. La famille et le contrôle du voisinage n’existent plus mais continuent de flotter comme un remord sur cette sphère nouvelle. Et comme une mauvaise conscience, ce remord se transforment en passage à l’acte, en harcèlement, en agression verbale et en viol.

Je disais que la religion n’intervient que superficiellement dans le fonctionnement classique de cette culture sexuelle. L’endogamie n’est pas un commandement coranique, ni le mariage à un âge précoce, ni l’intervention des parents dans le choix du conjoint. La religion pourtant avait un rôle de justification et donc de légalisation morale. Et ce rôle, elle peut de nouveau le jouer, d’une manière positive. On parle de plus en plus d’une éducation sexuelle à établir dans les écoles marocaines. La proposition, jetée comme un pavé, divise mécaniquement les « progressistes » et les « conservateurs ». L’islam a néanmoins un rôle à jouer. Seul un langage islamique, seul le recours aux exemples culturellement acceptés, à l’imaginaire littéraire de la civilisation arabo-islamique, permettront qu’une réelle éducation islamique, modernisée, puisse débloquer ces nœuds devenus entravant pour l’évolution des individus.

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