Happy new Iran?

Publié: 14 janvier 2018 dans Non classé

Traditionnellement, le nouvel an iranien ne débute que le 21 mars. Mais les augures sont peut-être en avance. Les troubles qui agitent le pays appellent plusieurs réflexions sur l’ensemble du monde eurasiatique. Non pas qu’il s’agisse forcément d’un tournant majeur. Mais les morts qui s’accumulent ont d’ores et déjà inscrit ces manifestations dans les annales remuantes des soulèvements populaires qui agitent le Moyen-Orient depuis dix ans.

En 2009 déjà, un premier “printemps” avait avorté en Iran. Les médias occidentaux présentèrent ce mouvement d’une manière unilatérale comme une aspiration à la liberté occidentale. Traduisez : comme un désir de consommation. Il s’avère que ce désir, certainement réel, bute sur un autre, tout aussi insistant, et souvent passé sous silence : en Iran, comme en Russie, en Chine ou en Turquie, l’aspiration des classes moyennes à l’enrichissement et à la liberté va de pair avec un néonationalisme farouche, à la syntaxe anti-occidentale. Tel est le paradoxe qui bloque depuis des années tout changement politique réel, aussi bien à Moscou qu’à Téhéran ou ailleurs. On aimerait la libéralisation, mais sans la soumission diplomatique occidentale qui va avec. En d’autres termes, on refuse de s’engager dans la voie que Sadat, le premier, a adoptée à la fin des années 1970. L’Infitah ne fut pas seulement la privatisation des grands conglomérats industriels égyptiens. Il s’agissait plus généralement de démanteler ce qui faisait la puissance, réelle ou illusoire, de l’Egypte : une armée faite pour menacer l’étranger, une industrie lourde, et le populisme féroce qui va avec. En contrepartie, il y eut l’aide américaine, la libéralisation sauvage, et une certaine dose de liberté politique. On sait ce qu’il est advenu de cette voie : Sadat assassiné, l’Egypte, soumise à Washington et à Riyad, devenue un gros loukoum adipeux. C’est ce style Sadat, ce pacte avec le diable occidental, dont ne veulent ni les mollahs, ni le Kremlin ni le Parti communiste chinois. Et ils savent qu’en la matière, ils peuvent compter sur la population. Celle-ci voudrait bien plus de travail, de meilleurs salaires, des partis politiques et des médias libres, mais pas au prix de leur fierté nationale, de leur bombe atomique, de leur aura terrible dans leur périphérie. L’Iran n’est pas un émirat pétrolier, la Russie n’est pas l’Ukraine, la Chine n’est pas Taïwan. Trop gros, trop fiers, embarrassés de millions de kilomètres carrés, de centaines de millions de citoyens, ils ne peuvent pas se débarrasser de leur cuirasse anti-occidentale au risque de l’émasculation. L’Egypte s’y est essayée et elle y a perdu beaucoup de son âme depuis.

Les événements en cours en Iran suscitent une joie maligne dans le Golfe et en Israël, et la crainte en Turquie et en Russie. Mais quelle qu’en soit l’issue, il n’y aura pas en Iran de révolution fleurie, de type géorgien ou tunisien, et probablement pas de Sadat iranien pour faire un simple ralliement à l’Occident. Alors quoi ? En 1979, avec la révolution islamique, l’Iran ouvrait une nouvelle phase dans l’histoire universelle, en montrant que révolution et tradition pouvaient se combiner d’une manière étrange, sans doute monstrueuse aux yeux des marxistes classiques, mais néanmoins concrète. Quarante ans plus tard, l’Iran est peut-être en train de chercher une voie inédite combinant démocratie, société de marché et anti-occidentalisme, une voie que, pour le moment, ni la Russie, ni la Chine, ni la Turquie n’ont trouvée.

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commentaires
  1. GAUTHOT CLAUDE dit :

    L’avenir nous dira aussi comment se passera la succession du guide suprême Khomenei, à l’article de la mort. De quel appui bénéficiera Rohméni, partagé entre conservateurs et progressistes.

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