Archives de la catégorie ‘Antisémitisme’

Moins d’une minute devenue des milliers d’heures de visualisation virale. La scène montre une vingtaine de pèlerins juifs new-yorkais au Maroc, à l’aéroport de Casablanca, chantant pendant les procédures de contrôle. Les commentateurs ont souligné la tolérance du pays, ou encore la joie des juifs marocains visitant leur pays d’origine. En réalité, peu d’entre eux sont d’origine marocaine, et leur joie est mystique, non nationale. Mais les commentaires ont eu tout juste, à leur manière. (suite…)

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Paru dans L’Obs

Attentat dans l’attentat, le massacre de Vincennes s’articule-t-il à l’affaire Charlie Hebdo comme continuité : une attaque généralisée contre la « civilisation » par l’islamisme djihadiste ? Ou comme croisement entre deux processus : la montée de l’antisémitisme d’une part, la menace qui pèse sur la liberté d’expression de l’autre, processus largement indifférents l’un à l’autre jusque-là et qui se découvrent un même ennemi ? (suite…)

Où est Charlie ? est un classique de l’illustration des années 80. Dans des décors variés, mais toujours au milieu d’une vaste foule, Charlie, jeune homme banal, se cache. Au lecteur de le retrouver. Martin Handford, l’auteur de la série, a représenté Charlie perdu dans Hollywood, Charlie parmi les pirates, ou encore Charlie dans le passé. Où est Charlie aujourd’hui ? Parmi les artistes victimes de la tuerie? Dans le sourire d’Ahmed, le policier arabe ? La mini polémique autour des hashtags #JeSuisCharlie #JeSuisAhmed, dit, à elle seule, le désarroi de la France. Qui a été frappé ? La liberté d’expression, la France, la démocratie ? Cette ambiguïté renvoie à une autre, plus pressante. Qui a frappé ? (suite…)

Tu es européen ou américain, en souffrance psychique et sociale ? Convertis-toi à l’islam (cela prend deux minutes) et va agresser des anonymes, ça te donnera une raison de vivre. Ou bien encore lis Eric Zemmour ou Mark Steyn, apprends le peu d’importance du nazisme, la positivité de la colonisation et libère ta haine, en la canalisant sur les musulmans.

Ces deux approches ne sont opposées qu’en apparence. L’islam comme religion, patrimoine culturel et diversité des peuples, est en train de cristalliser le mal-être de la modernité comme jamais une entité avant lui (le fascisme ou la menace bolchévique, par exemple) ne l’a fait avec autant d’extension (tous sont touchés, du politique et de l’intellectuel médiatique au chômeur, au cadre stressé et à la ménagère de moins de cinquante ans qui s’ennuie devant sa télé). Cette canalisation a sa version démonique (les musulmans nous envahissent, l’islam est un fascisme…) et sa version angélique (l’islam, dernière chance face à l’Empire, les musulmans, avant-garde de l’humanité souffrante… et autres fadaises de gauchistes mondains). Il arrive d’ailleurs qu’entre les deux versions, le cœur balance : André Glucksmann a ses gentils Tchétchènes et ses mauvais jihadistes, Bernard Henri-Lévy ses Bosniaques côté face, ses Pakistanais côté pile… (suite…)

Non contents de subir une défaite dans le réel, les Arabes s’arrangent pour s’infliger des châtiments moraux. Un de ces supplices masochistes, en particulier, fait des ravages et brouille leur perception des rapports de force. Il s’agit du complot. Pas un obstacle, pas un retournement de conjoncture, pas un tremblement de terre qui ne soient attribués à la vaste conspiration sioniste. Ne parlons pas alors de tout avis distancé, de toute autocritique, même timide, de toute tentative de décrire la réalité telle qu’elle émerge du chaos des informations : les agents sionistes pullulent… Sus aux journalistes, aux observateurs, aux politologues, aux politiques qui calment les pulsions déchaînées et impuissantes, et qui, dans la fièvre télévisuelle, essaient de rappeler que tel chiffre, tel fait, tel phénomène ne rentrent pas tout à fait dans le cadre du complot sioniste. Ils seront mis dans le même fourgon, promis au même peloton d’exécution qui attend les ennemis de la nation blessée. (suite…)

L’agression israélienne, de moins en moins justifiable, quels que soient les critères retenus, déclenche une vaste réaction de la communauté civile mondiale. Manifestations de protestation et appels au boycott se succèdent. Une exception : en France, plusieurs manifestations ont dégénéré en émeutes ouvertes, avec attaque de synagogues et agression de citoyens juifs. La crainte d’une importation de la crise israélo-palestinienne en France n’est plus un fantasme. En voici les ressorts : la France est le seul pays au monde (avec la Palestine-Israël justement) à faire cohabiter massivement arabes et juifs. La communauté juive française est la plus importante d’Europe, quasiment la seule même. Ce qu’étaient l’Allemagne ou la Pologne pour le judaïsme européen (ce qu’elles ne sont plus), la France l’est devenue aujourd’hui. La communauté arabe française (en réalité massivement berbéro-maghrébine) est la première hors du Maghreb. Plusieurs millions de Français musulmans sont originaires des trois pays du Maghreb. A ce noyau s’ajoutent aujourd’hui, par continuité culturelle, les communautés turque, égyptienne et subsaharienne. (suite…)

Un électeur français sur quatre s’est prononcé, lors des élections européennes, en faveur des listes conduites par Marine Le Pen. Il y a des réactions post-électorales comme il y a des lendemains de fête ou de boisson. Et je n’ai pu m’empêcher de méditer, personnellement et à la première personne, sur certaines attitudes parisiennes.

Un Arabe à Paris « se doit » de s’inquiéter du triomphe du Front National, un Arabe (ou un noir ou un Turc) « se doit » d’être soucieux, fragilisé, perturbé par ce résultat. Ses amis s’étonnent de son calme, le lundi qui suit le dimanche électoral. Ses amis de gauche veulent qu’il soit plus réactif, car eux le sont. La bête immonde revient, elle s’attaque aux étrangers, lesquels, humblement, doivent chercher refuge auprès de leurs camarades démocrates. Tu dois t’inquiéter, « parce que si ça continue, t’as qu’à préparer tes valises mon pote », « parce que si on ne fait rien, t’as qu’à faire ta prière, mon frère », « parce qu’avec Marine au pouvoir, c’est le bled qui t’attend », etc.

Si j’avais l’esprit mal tourné, je me demanderais si la victoire du FN n’accorde pas au militant socialiste de base une satisfaction narcissique paradoxale, une sorte de devoir historique, et s’il n’attend pas des étrangers l’humble attitude du pauvre quémandant une charité politique, la protection citoyenne. (suite…)

Au glorieux édifice de l’art arabe de la guerre, quelques députés marocains apportent leur pierre. En menaçant de prison ferme les Marocains visitant Israël, sans doute qu’ils infligent un camouflet sans précédent à l’Etat hébreu. De ces projets de loi imbéciles, on peut penser plusieurs choses. Qu’une séance à main levée ruine en un instant des décennies de politique étrangère. Que le courage par procuration est plus avantageux qu’une vraie politique sociale.

On peut aussi méditer les paradoxes de la démocratisation. On a assez critiqué la diplomatie parallèle et secrète sous Hassan II. Le parlement, au nom de la souveraineté populaire, empiète désormais sur une chasse gardée. Est-ce un progrès ? Sans doute, s’il s’accompagne de courage. Celui de la transparence : le Maroc a une identité composite, une population diverse ; le Maroc a des amis, il a des ennemis ; cette reconnaissance est le premier pas vers un débat public ouvert et sans populisme vain. (suite…)

Le pape Benoît XVI sera au Liban, ces samedi et dimanche 15 et 16 septembre.

Après Paul VI en 1964, après Jean-Paul II en 1997, il poursuit une tradition bien ancrée, mais dans un contexte particulier, différent de celui de son précédent voyage au Moyen Orient, en 2009 : la région est prise dans un tourbillon paradoxal de démocratisation et de guerre civile ; la situation des chrétiens y est particulièrement difficile, dans l’étau d’une contradiction : plus les pays se libéralisent, et plus le destin des minorités est remis en cause.

Quelques repères statistiques, mêmes grossiers, permettront de mieux saisir ce paradoxe. (suite…)

Le racisme a son modèle type, comme tout concept. C’est celui qui confronte l’esclave noir au maître blanc, et il n’est donc pas étrange que ce soit là où l’écart physique et culturel maximal se soit manifesté entre les deux protagonistes qu’on cherche l’incarnation la plus cruelle de cette relation : en Afrique du Sud pendant l’apartheid, et dans les Etats esclavagistes des Etats-Unis d’Amérique au XIXe siècle. Des blancs nordiques faces à des noirs bantous.

A côté de ce racisme idéal-typique, pourrait-on dire, un autre, plus diffus, plus subtil, existe, très répandu dans une autre situation historique, une situation dans laquelle la Méditerranée, l’Amérique latine, le Moyen-Orient vivent encore.

Deux auteurs parlent, avec finesse et lucidité de ce racisme particulier, de ses mécanismes, de ses conséquences. (suite…)