Archives de la catégorie ‘Economie’

Il a 39 ans, la taille élancée et le poil blond-roux ; il suscite sympathie ou aversion à très large échelle ; encore inconnu il y a peu, il est désormais suivi par la presse internationale. Vous pensez à Emmanuel Macron ? C’est vrai que ça fonctionne pour lui aussi, mais il s’agit de Nasser Zefzafi. Et lui aussi est en marche. (suite…)

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Un médecin marocain gagne environ cinq à dix fois plus qu’un infirmier. Un professeur universitaire trois à six fois plus qu’un instituteur. En France, le ratio est plus étroit : un médecin gagne peut-être cinq fois plus qu’un infirmier, un universitaire trois fois plus qu’un maître d’école. L’éventail des salaires est donc très large au Maroc. Comme dans les autres pays en voie de développement, marqués par les inégalités ? Pas vraiment. Les universitaires marocains ne sont pas obligés de conduire des taxis la nuit pour compléter leur salaire, les médecins marocains ne rêvent pas de fermer leur cabinet et d’aller travailler en Nouvelle-Zélande ou au Canada. En réalité, les élites marocaines ont un niveau de revenu qui se rapproche de celui des pays riches, creusant l’écart avec le reste de la population, hors bourgeoisie d’affaires. Pourquoi un tel contraste entre nos élites éduquées et le reste du salariat ? Les principaux concernés diront qu’ils sont mieux formés. Certes, mais cela justifie-t-il un tel écart ? Les infirmiers et les instituteurs marocains sont-ils à ce point médiocres comparés à leurs homologues français pour qu’ils soient dix fois moins payés que les médecins ou les chercheurs ?

Cette réalité salariale marocaine ne s’explique en fait que par des raisons purement politiques, et que les principaux concernés, volontiers politisés et militants, rechignent à reconnaître. (suite…)

Qu’est-ce que le Maroc, géographiquement parlant ? Vu de loin, une fois le relief estompé, les forêts floutées dans l’aridité dominante, le pays redevient un long ruban longitudinal. Les cinq-cents kilomètres de largeur maximale, à vol d’oiseau, séparant l’Atlantique de la frontière orientale, ne sont rien face aux quelque 2300 kilomètres séparant le détroit de la Mauritanie. La géographie est un destin. Celui du Maroc est d’être un corridor nord-sud. Depuis Youssef Ibn Tachfine au moins, lorsque les deux extrêmes, andalou et sahélien, bornaient le domaine contrôlé par une ville fondée précisément à ce propos, Marrakech. Mais comment ? avec qui ? et contre quoi ? Les réponses dépendent de la conjoncture historique. Celle de ce début du troisième millénaire est différente de celle des Almoravides. (suite…)

A 3% dans ses meilleures années, le taux de croissance marocain peine à confirmer l’hypothétique statut de pays émergent. La Banque Mondiale a récemment pointé un ensemble d’éléments à réformer pour atteindre un sentier de croissance digne d’une émergence véritable (7 % par exemple). Indépendance de la justice, lutte contre la petite corruption, réforme fiscale, réallocation optimale des ressources, plus grande ouverture commerciale, flexibilisation monétaire… la liste est longue.
Mais la médiocrité du taux de croissance marocain autorise aussi une approche politique. Face à ce qui semble être une lenteur structurelle du pays, on ne peut que s’interroger sur le choix inconscient de la médiocrité économique. (suite…)

Le Maroc n’est ni la Corée du Sud ni Singapour. Experts, militants, politiques, journalistes… ne cessent de se le dire, avec une délectation morose parfois. Mais dans le royaume des aveugles, le borgne est roi. Dans son double cadre régional – arabe et africain –, le Maroc confirme son choix d’un modèle de développement propre. Les sceptiques se gaussent de ses espoirs démesurés. Les plus emballés mobilisent, pêle-mêle, l’histoire – les Saadiens, les routes caravanières… –, les taux de croissance et les décisions géopolitiques. Mais le choix lui-même d’un tel modèle est rarement interrogé dans ses dimensions sociopolitiques. Le Maroc veut se développer en se tournant vers son arrière-pays ouest-africain. Mieux, il semble que cette volonté rencontre auprès des décideurs comme du patronat un enthousiasme que ni les industries industrialisantes, ni la politique des barrages, ni la relance par la consommation intérieure n’ont rencontré. La comparaison avec l’Extrême Orient n’est pas absurde, pour une fois : ce que le Maroc cherche et croit trouver en Asie, c’est le modèle compradorial. (suite…)

“… dont 4 blancs”. Le titre du site 20minutes.fr, quotidien gratuit le plus lu en France, à propos de l’attentat en Côte d’Ivoire, a été retiré suite au scandale. Dommage, parce qu’il en dit long sur ce qui se passe en ce moment, et pas qu’en France. Après une chronique sur les yeux verts, un autre sur les peaux blanches confinerait-il à l’obsession ? Mais l’histoire court plus vite, décidément. En quelques jours, les incidents raciaux de la campagne de Donald Trump, la victoire partielle de l’extrême droite en Allemagne, et aujourd’hui ce titre à propos de l’attentat ivoirien convergent pour dire que quelque chose se cristallise dans la guerre mondiale en cours. (suite…)

Un ami m’a récemment introduit à la notion d’économie “ordellienne”. Alors que le dernier film de Quentin Tarantino sort sur les écrans, et que le Maroc s’échine à croître et ne comprend pas pourquoi son taux de croissance reste désespérément bas, j’ai pensé qu’il était temps de partager ses réflexions ciné-économiques avec vous. Ordell Robie est un personnage du film de Quentin Tarantino, Jackie Brown (1997), campé par Samuel L. Jackson. Ordell est un trafiquant d’armes. Plus largement, il est un gangster : meurtre, chantage, corruption, il maîtrise tout l’attirail du hors-la-loi. À un niveau d’analyse encore plus générique, disons qu’Ordell est un “big man”. Il fait la loi, aide ses proches et ses moins proches, menace et négocie, redistribue… Son énergie, son temps et ses efforts sont déterminés par cette vocation à gagner de l’argent et à le redistribuer. (suite…)

Les experts nous disent que la baisse du prix du baril de pétrole va durer. Tous les paramètres vont dans ce sens : le retour de l’Iran sur le marché mondial, la mise en conformité des installations libyennes et irakiennes, les énormes gisements américains mis en exploitation ou en attente… voilà pour l’offre. Et pour la demande, un double repli : la transition énergétique qui s’accélère dans beaucoup de pays développés ou émergents, et la crise chinoise. Mécaniquement, le prix du baril est à la baisse.

Mécaniquement aussi, les pays mono exportateurs vont traverser des turbulences. Il est possibles que beaucoup de régimes n’y survivent pas. Deux pays arabes en particuliers, deux pays aux systèmes et aux alliances opposés, vont connaître l’ordalie politique que beaucoup annoncent depuis une décennie : l’Arabie saoudite et l’Algérie. (suite…)

Entretien avec Christophe Ayad, paru dans Libération, le 14 janvier 2006.

L’hécatombe de jeudi avec 362 morts sort-elle de l’«ordinaire» par son ampleur?

Indépendamment du respect que l’on peut avoir pour les victimes, on est dans l’ordinaire. Le nombre de pèlerins a beaucoup augmenté alors que les incidents diminuent, en part relative. Les bousculades ont toujours existé, mais aujourd’hui elles paraissent intolérables. Jusque dans les années 90, on s’intéressait surtout aux incidents politiques. Il y a eu la sanglante prise d’otages de 1979, les incidents avec les pèlerins iraniens en 1986. Pendant ce temps, ce genre de catastrophes, d’ordre logistique, ne s’est jamais arrêté.

Dans la gestion du pèlerinage, il y a eu trois phases. (suite…)