Archives de la catégorie ‘Israël-Palestine’

La vallée du Nil a failli être le bassin parisien de la nation arabe. Assimilationniste, centralisatrice, bureaucratique, elle forma autour du Caire l’embryon d’une arabité étatique. Les différentes tentatives furent sans cesse brisées par des périphéries récalcitrantes. Syrie, Liban, Hedjaz, Yémen, Libye, Soudan, tous furent happés par l’orbite du Caire, et tous, aidés par des puissances extérieures, finirent par s’émanciper. (suite…)

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Une des premières choses que firent les Russes, lorsqu’ils arrachèrent la Crimée à l’Empire Ottoman à la fin du XVIIIème siècle fut de créer des lieux de villégiature pour leurs aristocrates.

Ce n’est pas de sitôt, certes, que la côte syrienne deviendra une riviera pour oligarques russes, mais la campagne militaire lancée par Poutine en soutient à Assad puise dans une tradition ancienne. On pense à Moscou soutenant Nasser ou Assad père, mais il ne faut pas s’arrêter au dernier demi-siècle. La Russie cherche depuis plusieurs siècles à atteindre deux objectifs géopolitiques : (suite…)

Depuis le code Hayes au moins, les films passent par le filtre d’une ou de plusieurs autorisations visant la protection des mœurs. Un film peut être interdit aux moins de 12 ans, moins de 16 ans, moins de 18 ans… Au Maroc, Exodus a été interdit tout court. Nous sommes en droit de nous poser la question de la légitimité de cette interdiction, tout en remerciant au passage les censeurs pour le rare souci qu’ils portent au bien collectif et au public mineur (c’est-à-dire au public tout court). (suite…)

Une certaine gauche s’est spécialisée, historiquement, dans le rôle du cocu de la farce. Soutenir un prétendu allié, prétendu faible, prétendu ignorant, qui servirait de marchepied au pouvoir et à la transformation de la société… La suite, c’est par exemple Khomeyni qui se débarrasse de ses partenaires gauchistes ou le Hezbollah qui étouffe ses alliés de circonstances…
Cet aveuglement historique tient à deux choses : d’abord la certitude que l’histoire a un sens, et que la gauche est dans ce bon sens, bien sûr. Ensuite le mépris tacite envers les dites « masses ». Par paternalisme et condescendance, elle pense les manipuler. (suite…)

En 1978, la parution de Orientalism est un succès immédiat et mondial. Le livre est traduit en plusieurs dizaines de langues, dont l’arabe et le français (sous le titre « L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident »). Son auteur, Edward Wadi‘ Saïd, est un intellectuel palestino-américain, universitaire spécialiste de littérature anglaise et critique littéraire et musical réputé.

La thèse centrale du livre : les divers discours – littérature, récits de voyage, sciences humaines… – que l’Occident impérialiste produit sur l’Orient, une vague zone qui doit plus au fantasme qu’à la géographie, est un instrument de domination discursive.

L’objectif d’Edward Saïd est de mettre à jours les règles implicites qui commandent au regard que porte l’Occident dominateur sur ces peuples « orientaux » dont la faiblesse attise la convoitise et que leurs vieilles cultures fascinent. Cette « archéologie » du savoir occidental sur l’Orient est solidaire du vaste travail accompli par Michel Foucault sur la rationalité occidentale, par Jacques Derrida sur le logocentrisme des Lumières…

Objectif atteint ? Oui, si l’on se penche sur le succès de la formule, et sur sa charge émotionnelle. Malheureusement, une formule ne fait pas un livre. (suite…)

Les tragiques événements qui s’enchaînent dans les territoires palestiniens annoncent une troisième Intifada. Mais celle de 2014 ne ressemblera ni à celle de 1987 ni à celle de 2000. Car elle se place dans un Proche-Orient désormais entièrement pris dans un soulèvement généralisé des peuples contre les formations étatiques. Et la tragédie palestinienne, qui émeut tant parce qu’elle rappelle combien la société arabe est fragile face à un Etat importé, est en train de devenir la norme. (suite…)

C’est un double dessin humoristique connu, qui date du début du XXe siècle : première vignette, une famille française, autour d’une table chargée de plats et de bouteilles pour un repas de famille. Deuxième vignette : table renversée, chemises déchirées, nez qui saignent et yeux pochés. Et en légende : ils ont dû parler de l’affaire… L’affaire, c’est bien entendu l’affaire Dreyfus, qui a divisé la nation française, et jusqu’aux familles elles-mêmes entre dreyfusards et antidreyfusards. L’intérêt de ce dessin, au-delà de sa dimension humoristique, est de montrer quelle profondeur sociale et familiale un événement de cette ampleur pouvait atteindre. La guerre civile française a traversé les partis, mais aussi la parentèle. Telle est la leçon de la modernité : la politique mobilise tout et tous, lève le bras du frère contre son frère, du fils contre son père.

Le monde arabe, jusqu’à très peu, ne connaissait pas une telle passion, du moins pas dans son espace privé. On pouvait être socialiste, communiste, nationaliste, nassérien ou baassiste, passé le seuil de la maison, on était surtout indifférent. La cellule familiale ne s’est pas politisée en Orient. Ce fut sa chance, quelque part. (suite…)

Au glorieux édifice de l’art arabe de la guerre, quelques députés marocains apportent leur pierre. En menaçant de prison ferme les Marocains visitant Israël, sans doute qu’ils infligent un camouflet sans précédent à l’Etat hébreu. De ces projets de loi imbéciles, on peut penser plusieurs choses. Qu’une séance à main levée ruine en un instant des décennies de politique étrangère. Que le courage par procuration est plus avantageux qu’une vraie politique sociale.

On peut aussi méditer les paradoxes de la démocratisation. On a assez critiqué la diplomatie parallèle et secrète sous Hassan II. Le parlement, au nom de la souveraineté populaire, empiète désormais sur une chasse gardée. Est-ce un progrès ? Sans doute, s’il s’accompagne de courage. Celui de la transparence : le Maroc a une identité composite, une population diverse ; le Maroc a des amis, il a des ennemis ; cette reconnaissance est le premier pas vers un débat public ouvert et sans populisme vain. (suite…)

Le pape Benoît XVI sera au Liban, ces samedi et dimanche 15 et 16 septembre.

Après Paul VI en 1964, après Jean-Paul II en 1997, il poursuit une tradition bien ancrée, mais dans un contexte particulier, différent de celui de son précédent voyage au Moyen Orient, en 2009 : la région est prise dans un tourbillon paradoxal de démocratisation et de guerre civile ; la situation des chrétiens y est particulièrement difficile, dans l’étau d’une contradiction : plus les pays se libéralisent, et plus le destin des minorités est remis en cause.

Quelques repères statistiques, mêmes grossiers, permettront de mieux saisir ce paradoxe. (suite…)

Il est inutile de considérer la Syrie, telle que définie par des frontières internationalement reconnues : en ces périodes de crise, les découpages institutionnels s’estompent face à des réalités beaucoup plus anciennes et profondes.

Les risques de propagation du conflit vers le Liban voisin obligent à considérer une situation régionale plus large. Car la Grande Syrie, rêvée par Assad, à défaut d’exister dans les périodes de paix, existe, incontestablement, dans les périodes de guerre. L’ensemble composé par quatre ou cinq pays, la Syrie proprement dite, le Liban, la Jordanie, Israël et les territoires occupés, constituent un groupe systémique, et la révolution syrienne risque de n’être qu’un épicentre à de futurs bouleversements. (suite…)