Archives de la catégorie ‘Migration(s)’

Qu’est-ce que le Maroc, géographiquement parlant ? Vu de loin, une fois le relief estompé, les forêts floutées dans l’aridité dominante, le pays redevient un long ruban longitudinal. Les cinq-cents kilomètres de largeur maximale, à vol d’oiseau, séparant l’Atlantique de la frontière orientale, ne sont rien face aux quelque 2300 kilomètres séparant le détroit de la Mauritanie. La géographie est un destin. Celui du Maroc est d’être un corridor nord-sud. Depuis Youssef Ibn Tachfine au moins, lorsque les deux extrêmes, andalou et sahélien, bornaient le domaine contrôlé par une ville fondée précisément à ce propos, Marrakech. Mais comment ? avec qui ? et contre quoi ? Les réponses dépendent de la conjoncture historique. Celle de ce début du troisième millénaire est différente de celle des Almoravides. (suite…)

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Depuis maintenant plusieurs années, chaque ramadan est désormais l’occasion d’un débat spontané : a-t-on le droit de ne pas jeûner ? Et les non-musulmans ? Et les musulmans non pratiquants ? La répétition des mêmes interrogations n’a d’égale que la ritournelle de la même double réponse : le Maroc est un pays musulman, ou le Maroc est un pays retardataire en attente de laïcisation. La plupart des participants à ce débat saisonnier s’accordent pourtant sur un point : ce n’est pas la non-pratique du rite qui interroge, mais sa “publicisation”. Autrement dit, ni la loi ni le croyant anonyme ne s’offusquent de la transgression, ils s’opposent à l’aspect public de cette transgression. Les différentes questions annuellement soulevées concernent donc le caractère musulman de l’espace public marocain. (suite…)

Moins d’une minute devenue des milliers d’heures de visualisation virale. La scène montre une vingtaine de pèlerins juifs new-yorkais au Maroc, à l’aéroport de Casablanca, chantant pendant les procédures de contrôle. Les commentateurs ont souligné la tolérance du pays, ou encore la joie des juifs marocains visitant leur pays d’origine. En réalité, peu d’entre eux sont d’origine marocaine, et leur joie est mystique, non nationale. Mais les commentaires ont eu tout juste, à leur manière. (suite…)

En 1985, le portrait d’une jeune afghane aux yeux verts, à la Une du National Geographic, avait beaucoup fait pour la cause des réfugiés afghans. En 2014, la photo d’une fillette yézidie aux yeux bleus a fait le tour du monde, sensibilisant la communauté internationale à la situation syrienne.

Steve McCurry, auteur du premier cliché, et Youssef Boudlal, auteur du second, sont de courageux et talentueux reporters-photographes. Sharbat Gula, l’Afghane de 1985, et l’enfant anonyme de 2014, témoignent de la tragédie du Moyen-Orient.

Cependant, une vérité inconfortable gît sous les tirages: ces yeux verts, ces cheveux blonds et ces yeux bleus ont beaucoup fait pour le succès de ces clichés. (suite…)

L’expression “usine à voyous” et l’expression voisine “fabrique de délinquants” se multiplient pour dénoncer un ensemble de comportements qui vont des petites incivilités à la grande délinquance qualifiée.

Les récents événements de Cologne et l’implication supposée de jeunes Marocains, ainsi que des incidents similaires à Stockholm et ailleurs, laissent entendre que le Maroc est devenu producteur, à destination du marché intérieur et aussi comme exportateur, d’une certaine quantité d’actes délictueux. (suite…)

Entretien avec Christophe Ayad, paru dans Libération, le 14 janvier 2006.

L’hécatombe de jeudi avec 362 morts sort-elle de l’«ordinaire» par son ampleur?

Indépendamment du respect que l’on peut avoir pour les victimes, on est dans l’ordinaire. Le nombre de pèlerins a beaucoup augmenté alors que les incidents diminuent, en part relative. Les bousculades ont toujours existé, mais aujourd’hui elles paraissent intolérables. Jusque dans les années 90, on s’intéressait surtout aux incidents politiques. Il y a eu la sanglante prise d’otages de 1979, les incidents avec les pèlerins iraniens en 1986. Pendant ce temps, ce genre de catastrophes, d’ordre logistique, ne s’est jamais arrêté.

Dans la gestion du pèlerinage, il y a eu trois phases. (suite…)

Les tournées royales en Afrique de l’Ouest, les accords économiques qui se multiplient, les liens culturels et religieux qui se renforcent, Rabat a désormais une politique africaine. Mais ce constat ne suffit pas. Formulé en termes diplomatiques classiques, il signifie une convergence d’intérêts entre des pays complémentaires. Il peine à décrire ce qui est réellement en jeu. Car derrière le pragmatisme diplomatique du cabinet royal, derrière les intérêts économiques des patronats des pays impliqués, il y a une vision. Et cette vision elle-même a un inconscient. (suite…)

Les frontières se meurent. Mais pas comme prévu. Après la chute du mur de Berlin, les utopistes rêvèrent d’un monde débarrassé de ses lignes de démarcation. L’ouverture était à prendre au sens propre du mot : effacer les murs et les portes entre les Etats-nations historiques. Ce que les années 1990 et surtout 2000 montrèrent, c’est qu’effectivement les frontières avaient tendance à se dissiper. Mais pour laisser place à de nouvelles formes de séparation territoriale. (suite…)

Très tôt au XIX° siècle, la question du rapport entre le religieux et le temporel dans le Moyen-Orient a débordé les questions strictement politiques pour se pencher sur la situation de la femme, la place des minorités religieuses ou encore l’identité culturelle de la collectivité. Avant d’être un enjeu politique, la religion est un enjeu socioculturel depuis la Nahda.

Victoire sociale et échec politique des islamistes

L’hégémonie culturelle, pour utiliser la formule de A. Gramsci, a précédé, pour les mouvements islamistes, la victoire politique. (suite…)

« Nos chères têtes blondes ». Cette expression figée, comme on dit d’un paysage photographié qu’il est figé dans le temps, désigne les enfants et la nostalgie de l’enfance. Elle évoque un je-ne-sais-quoi d’angélique, d’innocent, de cotonneux, noyé dans la blondeur de la première chevelure, comme il y a une blondeur des premiers blés.

Il existe en arabe maghrébin une expression, non pas similaire, mais opposée, précisément opposée. « K’hal erras », « tête noire », ou plus exactement, « noir de tête ». Elle évoque la cohue, les maux de têtes et les bourdonnements d’essaims de mouches. Elle désigne non pas l’enfance heureuse mais la foule dangereuse et infantile. Là l’innocence angélique des enfants, ici la perversité démoniaque des infantiles, des éternels mineurs. (suite…)