Archives de la catégorie ‘Pays du Golfe’

Dans le Golfe, en ce moment, la vraie rupture n’est pas entre le Qatar et ses voisins. Cette rupture-là finira par se réduire, par la négociation ou le rapport de force. La vraie rupture est ailleurs, l’écume des journaux télévisés la masque pour le moment. Elle passe entre les Etats et leurs sociétés, et c’est en réalité une faille béante. (suite…)

Les attaques terroristes en Arabie Saoudite, la veille de l’Aïd, et dans le périmètre sacré de la Mosquée du Prophète à Médine, annoncent un changement à triple niveau, gros de troubles futurs. D’abord, simultanément avec la Turquie, alliée objective de Daech au nord, l’Arabie Saoudite, son alliée objective méridionale, est à son tour frappée. En agressant les deux (dernières) puissances sunnites de la région, Daech prouve qu’il n’est pas un État, mais un mouvement, dont le but est de tout balayer sur son passage. (suite…)

Les Marocains sont-ils plus conservateurs que d’autres ? Je ne parle pas du conservatisme de mœurs, mais de la persistance de modes de vivre et de faire partout ailleurs dissipés sous l’effet de la modernisation.

Porter des habits dits traditionnels, lors de certaines occasions, manger une cuisine très peu mondialisée, ces deux exemples, parmi tant d’autres, sont aujourd’hui rares dans des pays de la taille du Maroc, très proche de l’Europe occidentale, très ouvert économiquement et très dépendant culturellement. Il faut être massif et encore fermé commercialement, comme l’Inde, pauvre et éloigné des grands courants d’échange comme les pays du Sahel, très riche et idéologiquement cuirassé comme les pays du Golfe, ou très particulier et très puissant comme le Japon, pour se permettre ce genre d’originalité.

Alors pourquoi le Maroc s’insère-t-il dans le club très fermé des pays accrochés à des traits spécifiques ? Ces différences disparurent à la fois par exposition des pays du Sud à la modernité et par une politique volontariste. Et c’est sans doute là que réside la clef de cette particularité marocaine. (suite…)

Les États-Unis, par l’intermédiaire de leurs institutions, nous reprochent nos atteintes aux droits de l’homme. La France, si l’on croit le succès de Loubna Abidar à la télévision et dans l’édition, semble considérer le Maroc comme un pays rétrograde et décadent à la fois. Voilà où nous situent nos deux plus grands alliés occidentaux sur l’échelle des valeurs universelles, très bas. (suite…)

La politique est l’art de distinguer l’ami de l’ennemi. Lorsque le juriste Carl Schmitt proposa cette définition de la politique, sans doute pensait-il à la difficulté de cerner l’ennemi, tant la politique libérale (contre laquelle il s’est acharné) rejette l’inimitié par principe.

L’étrangeté de la diplomatie marocaine, au regard de cette définition de la politique, tient non pas à notre difficulté à accepter l’animosité ou à définir sa source, mais à la difficulté de définir nos amis. (suite…)

Peut-on faire l’unité par la périphérie ? Par exemple, l’Union européenne en commençant par l’Espagne et la Pologne avant l’intégration éventuelle de la France et de l’Allemagne ? Le monde arabe est-il en train de faire son unité par ses marges ? Économiquement et stratégiquement, sur le théâtre des opérations et dans les médias, l’axe Rabat-Conseil des pays du Golfe n’est plus une option parmi d’autres, mais l’ossature d’un nouveau réalignement arabe qui est parti pour durer une ou deux décennies. Un réalignement régional avec un centre républicain déliquescent, et des marges monarchiques (suite…)

Les experts nous disent que la baisse du prix du baril de pétrole va durer. Tous les paramètres vont dans ce sens : le retour de l’Iran sur le marché mondial, la mise en conformité des installations libyennes et irakiennes, les énormes gisements américains mis en exploitation ou en attente… voilà pour l’offre. Et pour la demande, un double repli : la transition énergétique qui s’accélère dans beaucoup de pays développés ou émergents, et la crise chinoise. Mécaniquement, le prix du baril est à la baisse.

Mécaniquement aussi, les pays mono exportateurs vont traverser des turbulences. Il est possibles que beaucoup de régimes n’y survivent pas. Deux pays arabes en particuliers, deux pays aux systèmes et aux alliances opposés, vont connaître l’ordalie politique que beaucoup annoncent depuis une décennie : l’Arabie saoudite et l’Algérie. (suite…)

Entretien avec Christophe Ayad, paru dans Libération, le 14 janvier 2006.

L’hécatombe de jeudi avec 362 morts sort-elle de l’«ordinaire» par son ampleur?

Indépendamment du respect que l’on peut avoir pour les victimes, on est dans l’ordinaire. Le nombre de pèlerins a beaucoup augmenté alors que les incidents diminuent, en part relative. Les bousculades ont toujours existé, mais aujourd’hui elles paraissent intolérables. Jusque dans les années 90, on s’intéressait surtout aux incidents politiques. Il y a eu la sanglante prise d’otages de 1979, les incidents avec les pèlerins iraniens en 1986. Pendant ce temps, ce genre de catastrophes, d’ordre logistique, ne s’est jamais arrêté.

Dans la gestion du pèlerinage, il y a eu trois phases. (suite…)

 La grande majorité des clients des prostituées sont des Marocains vivant au Maroc, suivis par les RME. Les clients du Golfe représentent moins de 6%. Voilà pour les chiffres dont on dispose aujourd’hui. C’est dire si la prostitution est d’abord une affaire entre Marocains, et l’image du Maroc et de la femme marocaine dont il est question, d’abord une affaire d’image que les Marocains se font d’eux-mêmes. (suite…)

Le roi de Jordanie visite le Maroc. Le roi du Maroc visite l’Arabie saoudite. Ainsi vont diplomatie et mondanité en régime monarchique. L’observateur compare alors les uns aux autres, et en conclue à l’identité des systèmes. Erreur due à une confusion historique. Rapprocher la monarchie marocaine de la monarchie hachémite ou saoudienne ne sert ni l’une ni les autres, et encore moins la claire compréhension de ce qui est en jeu.

Le Maroc a un roi depuis 1957. Jusque là, il s’agissait d’un sultan, à la tête de l’empire chérifien. La Jordanie a un roi depuis 1946. Jusque là, il s’agissait d’un émir, à la tête d’une principauté. Ici, les mots sont importants, car ils décrivent deux processus historiques, non seulement différents, mais même opposés : (suite…)