Archives de la catégorie ‘Printemps arabe’

Dans le Golfe, en ce moment, la vraie rupture n’est pas entre le Qatar et ses voisins. Cette rupture-là finira par se réduire, par la négociation ou le rapport de force. La vraie rupture est ailleurs, l’écume des journaux télévisés la masque pour le moment. Elle passe entre les Etats et leurs sociétés, et c’est en réalité une faille béante. (suite…)

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Donné souvent pour mourant, déclaré plusieurs fois mort, la résilience du régime de Damas prend désormais la voie d’une véritable résurgence. Assad fils n’est pas tombé, il se fait même plus fort maintenant que l’aviation russe et le soutien tacite des Américains rejouent à son profit l’accord soviéto-américain de 1956 qui favorisa Nasser contre l’alliance franco-britannique. On ne cesse de s’interroger sur la capacité de survie d’un régime exsangue financièrement, diminué idéologiquement, avec un soutien intérieur en peau de chagrin. On pense à une bizarrerie locale. Il semblerait au contraire qu’il s’agisse là d’une réalité valable pour tous les régimes similaires. Aujourd’hui que la chute des prix du pétrole ébauche des mirages de démocratisation instantanée au Venezuela ou ailleurs, il est temps de convenir qu’il existe un type de régime qui, loin de faiblir face à l’adversité, s’en nourrit au contraire.

Je propose d’appeler ce type de structure le “régime maigre”. (suite…)

Exemplaire. Depuis quelques années, le Maroc incarne aux yeux de la presse internationale une espèce de paradigme édifiant : pays musulman, mais “ouvert”, en transition politique stable, en émergence économique… Les facettes de cette exemplarité varient selon l’auteur, son intensité aussi, mais le fait est là : le Maroc est un modèle.

Qu’est-ce qu’un modèle ? On s’interroge rarement sur le concept et sur son inconscient : modèle de quoi ? Et pour qui ? À quel auditoire, à quels néophytes obéissants et attentifs le Maroc se présente-t-il comme un modèle ? (suite…)

Le scénario se déroule comme suit : il y a l’État, plutôt méchant, et les individus, plutôt gentils. L’État a usurpé des droits et des libertés individuelles. Le moment est venu pour qu’il rende à l’individu ce qu’il s’est accaparé. Durant des millénaires, les tribus et les villages, voire les petites villes, ont vécu selon une justice immanente, faite d’hyper-conformisme, de contrôle du groupe sur l’individu, de ragots étouffants et de surveillance permanente, et, le cas échéant, de condamnation publique et parfois de lynchage. Ces différents mécanismes évitaient l’entretien d’un appareil d’État. Pourquoi payer un policier si le voisinage fait la police bénévolement ? Pourquoi payer un appareil de justice si les familles se font justice elles-mêmes ? Il fallut une longue et difficile lutte pour que l’État soustraie à la société ses compétences en matière de justice et de police. Dans les pays récemment, violemment et mal modernisés, comme le Maroc, ce monopole de l’État sur la justice et la police n’est pas complet. (suite…)

Les experts nous disent que la baisse du prix du baril de pétrole va durer. Tous les paramètres vont dans ce sens : le retour de l’Iran sur le marché mondial, la mise en conformité des installations libyennes et irakiennes, les énormes gisements américains mis en exploitation ou en attente… voilà pour l’offre. Et pour la demande, un double repli : la transition énergétique qui s’accélère dans beaucoup de pays développés ou émergents, et la crise chinoise. Mécaniquement, le prix du baril est à la baisse.

Mécaniquement aussi, les pays mono exportateurs vont traverser des turbulences. Il est possibles que beaucoup de régimes n’y survivent pas. Deux pays arabes en particuliers, deux pays aux systèmes et aux alliances opposés, vont connaître l’ordalie politique que beaucoup annoncent depuis une décennie : l’Arabie saoudite et l’Algérie. (suite…)

La vallée du Nil a failli être le bassin parisien de la nation arabe. Assimilationniste, centralisatrice, bureaucratique, elle forma autour du Caire l’embryon d’une arabité étatique. Les différentes tentatives furent sans cesse brisées par des périphéries récalcitrantes. Syrie, Liban, Hedjaz, Yémen, Libye, Soudan, tous furent happés par l’orbite du Caire, et tous, aidés par des puissances extérieures, finirent par s’émanciper. (suite…)

Les classements internationaux des organismes indépendants semblent hésiter sur le statut du Maroc concernant son rapport aux libertés fondamentales et politiques. D’année en année, il perd ou gagne quelques points sans bouger d’une position qui semble faiblarde. 130ème, 140ème, 150ème… pour la liberté de la presse, ou la transparence politique, voir les libertés économiques. Vraiment ? Loin derrière tant de pays aux noms aussi exotiques et qu’on dit pourtant bien plus fermés… Le Maroc est-il donc aussi mauvais élève du libéralisme global ?

Les ministres concernés s’insurgent contre ce qu’ils perçoivent comme un a priori négatif. Mais il se trouve aussi des voix indépendantes pour prétendre que la situation est en réalité encore plus grave. Comment s’y retrouver ? (suite…)

Un cliché datant du XIXème siècle veut qu’il y ait fondamentalement deux grands systèmes politiques, liés à des fondements géographiques. Le système politique continental tend à rassembler le maximum de terres possibles, à les contrôler directement depuis une capitale autoritaire, à travers une bureaucratie brutale. On aura reconnu le fameux « despotisme asiatique » que Montesquieu comme Marx ont cru voir dans l’Empire ottoman, en Chine ou en Russie. Ainsi décrit, ce système semble répulsif. Mais il a ses avantages, qui firent sa force au cours des millénaires. Son égalitarisme : tous soumis au même maître, les différents peuples finissent par s’amalgamer dans une même masse intégrée. Sa méritocratie : les plus fidèles au pouvoir « montent » à travers l’armée ou la bureaucratie impériale.

L’autre système est maritime. Il s’agit des thalassocraties ouvertes sur les voies commerciales, des Cités-Etats commerçantes, ou des petites nations périphériques. Ici, il ne s’agit pas de contrôler le maximum de terres et de populations, mais de veiller à monopoliser des routes commerciales. (suite…)

Ces dernières années ont vu revenir la question de l’iconoclastie, dans le sillage des révolutions arabes. Au cœur du monde arabe, en Egypte ou en Libye, en Syrie ou en Irak, ou ailleurs au Mali ou en Afghanistan, des actes de vandalisme, et surtout des appels à la destruction d’œuvres d’art, de monuments historiques ou patrimoniaux se sont multipliés, relayés par les médias, au risque paradoxal de faire de la destruction de l’image une nouvelle icône…

Mais il serait hâtif de voir dans cette iconoclastie contemporaine un simple « retour » d’un refus musulman de la représentation, longtemps contenu par les dictatures modernisatrices. En réalité, il n’y a pas eu un mais au moins trois iconoclasties dans le monde musulman moderne, et plus spécifiquement arabe, car l’idole n’a cessé, aux yeux de ses contempteurs, de se déplacer. (suite…)