Archives de la catégorie ‘Sécularisation’

Dans le Golfe, en ce moment, la vraie rupture n’est pas entre le Qatar et ses voisins. Cette rupture-là finira par se réduire, par la négociation ou le rapport de force. La vraie rupture est ailleurs, l’écume des journaux télévisés la masque pour le moment. Elle passe entre les Etats et leurs sociétés, et c’est en réalité une faille béante. (suite…)

Il a 39 ans, la taille élancée et le poil blond-roux ; il suscite sympathie ou aversion à très large échelle ; encore inconnu il y a peu, il est désormais suivi par la presse internationale. Vous pensez à Emmanuel Macron ? C’est vrai que ça fonctionne pour lui aussi, mais il s’agit de Nasser Zefzafi. Et lui aussi est en marche. (suite…)

Le roi embrasse le front de l’ancien Premier ministre. Le Chef du gouvernement reconduit dans ses fonctions embrasse la main du roi.

Il y a quelques jours, un fluide émotionnel s’est propagé, porté de lèvres en lèvres. Un fluide politique, porté par les médias. Ce qui étonne dans cette photo de la semaine, celle de Mohammed VI se penchant (filialement ?) sur le visage de Abderrahmane Youssoufi alité, ce n’est pas en réalité la sentimentalité de la scène. Après tout, c’est un vieil homme qui recueille la déférence d’un proche, plus jeune que lui. Mais derrière les personnes, il y a les fonctions. Le souverain, incarnation de la nation, embrasse le héros national. (suite…)

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L’Anatolie s’est retournée sur elle-même deux fois. La première, au début des années 1920, quand Atatürk l’arracha au monde musulman traditionnel. Un deuxième bouleversement, aussi radical, a peut-être lieu depuis quelques années, et vise à la remettre au cœur même de cette islamité qu’elle a quittée. (suite…)

Les Marocains manquent-ils d’humour ? On les dit ombrageux, rétifs à l’autodérision. Les critères de l’honneur et de la respectabilité sociale, la hantise de la honte et de la marginalisation, en feraient un peuple peu propice à la légèreté critique. Pourtant, les blagues qui les décrédibilisent, les traits d’humour qui les peignent sous les traits les moins avenants, et jusqu’aux formules et expressions dépréciatives qui se rapportent à tout ce qui concerne les Marocains, la marocanité ou le Maroc, sont légion, et d’une férocité qu’on trouve rarement ailleurs. Comment concilier ces deux réalités, aussi présentes l’une que l’autre : le Marocain qui rechigne à la critique la plus légère, et la cruelle haine de soi qui sourd de nos blagues ? (suite…)

Exemplaire. Depuis quelques années, le Maroc incarne aux yeux de la presse internationale une espèce de paradigme édifiant : pays musulman, mais “ouvert”, en transition politique stable, en émergence économique… Les facettes de cette exemplarité varient selon l’auteur, son intensité aussi, mais le fait est là : le Maroc est un modèle.

Qu’est-ce qu’un modèle ? On s’interroge rarement sur le concept et sur son inconscient : modèle de quoi ? Et pour qui ? À quel auditoire, à quels néophytes obéissants et attentifs le Maroc se présente-t-il comme un modèle ? (suite…)

On peut à juste titre s’étonner d’une manifestation sans objet clair, sans organisateur identifié. Mais ce qui en réalité a choqué dans la manifestation anti-islamiste de Casablanca, ce ne sont ni les slogans exagérés, ni l’adversaire grossièrement désigné.

Ce qui a choqué, c’est l’intrusion d’un autre Maroc au cœur d’un pays qui se croit trop vite arrivé à maturité. Ce qui a défilé à Casablanca le 18 septembre c’est l’autre Maroc. (suite…)

Les attaques terroristes en Arabie Saoudite, la veille de l’Aïd, et dans le périmètre sacré de la Mosquée du Prophète à Médine, annoncent un changement à triple niveau, gros de troubles futurs. D’abord, simultanément avec la Turquie, alliée objective de Daech au nord, l’Arabie Saoudite, son alliée objective méridionale, est à son tour frappée. En agressant les deux (dernières) puissances sunnites de la région, Daech prouve qu’il n’est pas un État, mais un mouvement, dont le but est de tout balayer sur son passage. (suite…)

Tant de bruits pour un (mauvais) reportage ? Et, de l’autre côté, tant d’étonnement devant ce mystère marocain : “ils” aiment leur chef politique. Le mimétisme est à la base de la politique moderne : s’identifier à l’homme de pouvoir, l’aimer selon l’inclination narcissique puis le vouer aux gémonies une fois la déception inéluctable survenue. Ainsi défilent les puissants, le nouvel aimé chassant l’ancien, le temps que la déception inévitable crée un appel d’air pour une nouvelle figure. Le mécanisme électoral permet, en démocratie, de fluidifier ce processus. Le mécanisme charismatique autoritaire produit les mêmes résultats dans les dictatures, la meute au pouvoir désignant et s’agglomérant à son objet d’identification (par des mécanismes mêlant amour et terreur) tant qu’il a la capacité de consolider la meute et d’éliminer toute figure concurrente. (suite…)