Articles Tagués ‘Algérie’

Donné souvent pour mourant, déclaré plusieurs fois mort, la résilience du régime de Damas prend désormais la voie d’une véritable résurgence. Assad fils n’est pas tombé, il se fait même plus fort maintenant que l’aviation russe et le soutien tacite des Américains rejouent à son profit l’accord soviéto-américain de 1956 qui favorisa Nasser contre l’alliance franco-britannique. On ne cesse de s’interroger sur la capacité de survie d’un régime exsangue financièrement, diminué idéologiquement, avec un soutien intérieur en peau de chagrin. On pense à une bizarrerie locale. Il semblerait au contraire qu’il s’agisse là d’une réalité valable pour tous les régimes similaires. Aujourd’hui que la chute des prix du pétrole ébauche des mirages de démocratisation instantanée au Venezuela ou ailleurs, il est temps de convenir qu’il existe un type de régime qui, loin de faiblir face à l’adversité, s’en nourrit au contraire.

Je propose d’appeler ce type de structure le “régime maigre”. (suite…)

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Les États-Unis, par l’intermédiaire de leurs institutions, nous reprochent nos atteintes aux droits de l’homme. La France, si l’on croit le succès de Loubna Abidar à la télévision et dans l’édition, semble considérer le Maroc comme un pays rétrograde et décadent à la fois. Voilà où nous situent nos deux plus grands alliés occidentaux sur l’échelle des valeurs universelles, très bas. (suite…)

Les experts nous disent que la baisse du prix du baril de pétrole va durer. Tous les paramètres vont dans ce sens : le retour de l’Iran sur le marché mondial, la mise en conformité des installations libyennes et irakiennes, les énormes gisements américains mis en exploitation ou en attente… voilà pour l’offre. Et pour la demande, un double repli : la transition énergétique qui s’accélère dans beaucoup de pays développés ou émergents, et la crise chinoise. Mécaniquement, le prix du baril est à la baisse.

Mécaniquement aussi, les pays mono exportateurs vont traverser des turbulences. Il est possibles que beaucoup de régimes n’y survivent pas. Deux pays arabes en particuliers, deux pays aux systèmes et aux alliances opposés, vont connaître l’ordalie politique que beaucoup annoncent depuis une décennie : l’Arabie saoudite et l’Algérie. (suite…)

En quelle année sommes-nous? 1437, 2016, 2966? Le Nouvel an musulman a commencé il y a trois mois, le Nouvel an chrétien il y a deux semaines, le Nouvel an berbère il y a près d’une semaine. Les écoliers marocains continuent, chaque matin, de noter les deux dates (calendrier chrétien et calendrier musulman) sur leur cahier, avec ce “mouwâfeq” (“correspond à”) qui lie et oppose les deux histoires. On peut imaginer qu’ils puissent désormais ajouter une troisième date, berbère. Et pourquoi pas une quatrième, ou une cinquième. (suite…)

Quarante ans. Pour la nature humaine, ce sont presque deux générations. Pour les Romains, c’est l’âge de la majorité civique; pour Ibn Kathir, le temps qu’ont mis les Hébreux à errer dans le Sinaï. Et en politique, à quoi correspondent quarante ans? Le Maroc a récupéré ses terres sahariennes colonisées (une partie en réalité) en 1975. Depuis, les années se sont accumulées sur un conflit gelé et toujours en suspens. La guerre froide, la construction maghrébine, la mondialisation heureuse puis le jihadisme international se sont succédés par-dessus une situation bloquée. (suite…)

Le Maroc historique. Pas le Grand Maroc. Pas le Maroc impérialiste. Pas le retour au Maroc médiéval… Lorsque les indépendantistes marocains réclamèrent la fin du Protectorat, ils lièrent leur réclamation au retour aux frontières historiques de 1912. Cette clause est centrale, comme le qualificatif d’« historique ». 1956 devait clore la parenthèse ouverte en 1912.

Ce que ni Allal el Fassi ni Abdelkhaleq Torrès ne comprirent (ou feignirent ne pas comprendre), c’est qu’entre temps, un nouveau partage physique, mais aussi mental, avait eu lieu. Le partage de l’Afrique en 1885 (confirmé par les indépendances), le partage de l’Europe et du Moyen-Orient en 1918, le partage du bloc eurasiatique en 1945, ont sédimenté une nouvelle géographie. Toucher à une ligne de cet entrelacs, c’est défaire l’ensemble du tissu. (suite…)

Un cliché datant du XIXème siècle veut qu’il y ait fondamentalement deux grands systèmes politiques, liés à des fondements géographiques. Le système politique continental tend à rassembler le maximum de terres possibles, à les contrôler directement depuis une capitale autoritaire, à travers une bureaucratie brutale. On aura reconnu le fameux « despotisme asiatique » que Montesquieu comme Marx ont cru voir dans l’Empire ottoman, en Chine ou en Russie. Ainsi décrit, ce système semble répulsif. Mais il a ses avantages, qui firent sa force au cours des millénaires. Son égalitarisme : tous soumis au même maître, les différents peuples finissent par s’amalgamer dans une même masse intégrée. Sa méritocratie : les plus fidèles au pouvoir « montent » à travers l’armée ou la bureaucratie impériale.

L’autre système est maritime. Il s’agit des thalassocraties ouvertes sur les voies commerciales, des Cités-Etats commerçantes, ou des petites nations périphériques. Ici, il ne s’agit pas de contrôler le maximum de terres et de populations, mais de veiller à monopoliser des routes commerciales. (suite…)

Le Maroc et l’Algérie continuent d’enrichir les marchands d’armes internationaux. Pourtant, rarement deux peuples furent aussi proches : langues, religions, modes de vie, cultures locales, rien qui ne soit commun aux Algériens et aux Marocains. Leurs divisions elles-mêmes sont communes : Arabes et Berbères, citadins et campagnards, sahariens et méditerranéens, siba et makhzen, les lignes de partage historique sont fondamentalement identiques.

Frontières artificielles alors ? (suite…)

Ami(e)s et ancien(ne)s étudiant(e)s de Sciences Po Menton, beaucoup d’entre vous m’ont demandé à plusieurs reprises pourquoi j’y ai arrêté d’enseigner. J’ai répondu qu’après 4 ans (du printemps 2006 au printemps 2010), des centaines d’heures de cours, une ou deux centaines d’étudiants, des dizaines de thèmes, deux langues, plus une centaine de navettes en avion entre Paris et Nice avec lever à quatre heures du matin, il fallait passer à autre chose. Cela est vrai. J’ai d’ailleurs tourné la page pour vraiment autre chose : cinéma, presse, consulting, commissariat d’exposition…

Il y a une autre part dans cette vérité, que j’ai mise de côté, mais je pense que pour mon bien et pour le vôtre, il serait bien de la connaître, à l’occasion de ces dix ans. (suite…)

On appela « dahirium tremens » l’emballement de la machine administrative créée par Lyautey, vers la fin de son règne marocain. Les dahirs se suivaient, s’empilant, se renforçant, cohérents et articulés, mais s’annulant et se neutralisant mutuellement parfois. Ces décrets signés et contresignés, côté marocain par l’inamovible grand vizir Moqri, côté français par les bras droits du résident, aux noms baroques et compliqués, comme si Hubert Lyautey les choisissait précisément pour la brillance rococo de leur nom : Lallier de Coudray, Ladreit de Lacharrière, Pierre de Sorbier de Pougnadoresse…L’un de ces décrets, en particulier, doit retenir l’attention du citoyen contemporain. Dix ans avant le dahir berbère de 1930, dont l’effet politique fut beaucoup plus important que la consistance réelle, un autre décret eut une valeur autrement plus importante, et ses conséquences furent plus lourdes, plus profondes… Quelque part, le Maroc et les Marocains vivent encore aujourd’hui à l’heure du dahir du 27 avril 1919… (suite…)