Articles Tagués ‘Charlie Hebdo’

Jihad, houdoud, hisba, jamais on a autant utilisé ces termes, qu’on connaissait à peine il y a encore quelques années. Mais le vocabulaire des hommes est limité : ce qu’il gagne d’un côté, il le perd de l’autre. Il a bien fallu que d’autres mots cèdent leur place, et plutôt silencieusement, car dans l’affaire, le meurtre du concept est toujours secret. Akhlaq, soulouk, mouâmalate, voilà quelques termes, parmi d’autres encore, qui furent d’un usage courant, et dont la valeur était centrale pour maintenir la cohésion collective. Ils ont disparu.

Ces termes sont aussi islamiques que les autres. Ils sont aussi fondateurs de notre vivre-ensemble. Ils ont donné lieu à des traités, des manuels et des controverses. Ils furent sur toutes les lèvres il y a encore une ou deux générations. Que s’est-il passé pour que notre culture soit associée de plus en plus à jihad plutôt qu’à îffa ou rahma ? (suite…)

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Paru dans L’Obs

Attentat dans l’attentat, le massacre de Vincennes s’articule-t-il à l’affaire Charlie Hebdo comme continuité : une attaque généralisée contre la « civilisation » par l’islamisme djihadiste ? Ou comme croisement entre deux processus : la montée de l’antisémitisme d’une part, la menace qui pèse sur la liberté d’expression de l’autre, processus largement indifférents l’un à l’autre jusque-là et qui se découvrent un même ennemi ? (suite…)

Où est Charlie ? est un classique de l’illustration des années 80. Dans des décors variés, mais toujours au milieu d’une vaste foule, Charlie, jeune homme banal, se cache. Au lecteur de le retrouver. Martin Handford, l’auteur de la série, a représenté Charlie perdu dans Hollywood, Charlie parmi les pirates, ou encore Charlie dans le passé. Où est Charlie aujourd’hui ? Parmi les artistes victimes de la tuerie? Dans le sourire d’Ahmed, le policier arabe ? La mini polémique autour des hashtags #JeSuisCharlie #JeSuisAhmed, dit, à elle seule, le désarroi de la France. Qui a été frappé ? La liberté d’expression, la France, la démocratie ? Cette ambiguïté renvoie à une autre, plus pressante. Qui a frappé ? (suite…)

Tu es européen ou américain, en souffrance psychique et sociale ? Convertis-toi à l’islam (cela prend deux minutes) et va agresser des anonymes, ça te donnera une raison de vivre. Ou bien encore lis Eric Zemmour ou Mark Steyn, apprends le peu d’importance du nazisme, la positivité de la colonisation et libère ta haine, en la canalisant sur les musulmans.

Ces deux approches ne sont opposées qu’en apparence. L’islam comme religion, patrimoine culturel et diversité des peuples, est en train de cristalliser le mal-être de la modernité comme jamais une entité avant lui (le fascisme ou la menace bolchévique, par exemple) ne l’a fait avec autant d’extension (tous sont touchés, du politique et de l’intellectuel médiatique au chômeur, au cadre stressé et à la ménagère de moins de cinquante ans qui s’ennuie devant sa télé). Cette canalisation a sa version démonique (les musulmans nous envahissent, l’islam est un fascisme…) et sa version angélique (l’islam, dernière chance face à l’Empire, les musulmans, avant-garde de l’humanité souffrante… et autres fadaises de gauchistes mondains). Il arrive d’ailleurs qu’entre les deux versions, le cœur balance : André Glucksmann a ses gentils Tchétchènes et ses mauvais jihadistes, Bernard Henri-Lévy ses Bosniaques côté face, ses Pakistanais côté pile… (suite…)

Hassan Chalghoumi s’est prononcé. Dalil Boubakeur aussi. Les « musulmans » de France (qui? vous? moi? eux?) sont tranquilles. Un idiot et un sénile parlent en leur nom. Une ou deux heures avant, d’autres, des agités de la gâchette, ont aussi parlé en leur nom. Entre les deux « prises de position » plus d’une dizaine de personnes ont été abattues. Des artistes, qu’on peut aimer, ou pas. Un grand économiste. Des journalistes. Morts. Et je le crains, en leur nom aussi. (suite…)