Articles Tagués ‘Démocratie’

Dans le Golfe, en ce moment, la vraie rupture n’est pas entre le Qatar et ses voisins. Cette rupture-là finira par se réduire, par la négociation ou le rapport de force. La vraie rupture est ailleurs, l’écume des journaux télévisés la masque pour le moment. Elle passe entre les Etats et leurs sociétés, et c’est en réalité une faille béante. (suite…)

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Le roi embrasse le front de l’ancien Premier ministre. Le Chef du gouvernement reconduit dans ses fonctions embrasse la main du roi.

Il y a quelques jours, un fluide émotionnel s’est propagé, porté de lèvres en lèvres. Un fluide politique, porté par les médias. Ce qui étonne dans cette photo de la semaine, celle de Mohammed VI se penchant (filialement ?) sur le visage de Abderrahmane Youssoufi alité, ce n’est pas en réalité la sentimentalité de la scène. Après tout, c’est un vieil homme qui recueille la déférence d’un proche, plus jeune que lui. Mais derrière les personnes, il y a les fonctions. Le souverain, incarnation de la nation, embrasse le héros national. (suite…)

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Donné souvent pour mourant, déclaré plusieurs fois mort, la résilience du régime de Damas prend désormais la voie d’une véritable résurgence. Assad fils n’est pas tombé, il se fait même plus fort maintenant que l’aviation russe et le soutien tacite des Américains rejouent à son profit l’accord soviéto-américain de 1956 qui favorisa Nasser contre l’alliance franco-britannique. On ne cesse de s’interroger sur la capacité de survie d’un régime exsangue financièrement, diminué idéologiquement, avec un soutien intérieur en peau de chagrin. On pense à une bizarrerie locale. Il semblerait au contraire qu’il s’agisse là d’une réalité valable pour tous les régimes similaires. Aujourd’hui que la chute des prix du pétrole ébauche des mirages de démocratisation instantanée au Venezuela ou ailleurs, il est temps de convenir qu’il existe un type de régime qui, loin de faiblir face à l’adversité, s’en nourrit au contraire.

Je propose d’appeler ce type de structure le “régime maigre”. (suite…)

L’Anatolie s’est retournée sur elle-même deux fois. La première, au début des années 1920, quand Atatürk l’arracha au monde musulman traditionnel. Un deuxième bouleversement, aussi radical, a peut-être lieu depuis quelques années, et vise à la remettre au cœur même de cette islamité qu’elle a quittée. (suite…)

Les philosophes, spécialistes d’éthique de surcroît, seraient-ils plus voleurs (de livres de bibliothèques) que le commun des mortels ? Voilà le genre de questions que se pose, ou que rapporte, posées par d’autres, Ruwen Ogier. Au-delà de l’anecdote, il y a une méthode Ogier. Dans une scène philosophique plombée par le sérieux mélodramatique, il se permet l’humour. Et l’autodérision, là où triomphe Narcisse philosophe. Et la distance, à l’heure des combats (médiatiques) sanglants.

Dans Mon dîner chez les cannibales, le philosophe poursuit sa méditation circonstanciée. (suite…)

Tant de bruits pour un (mauvais) reportage ? Et, de l’autre côté, tant d’étonnement devant ce mystère marocain : “ils” aiment leur chef politique. Le mimétisme est à la base de la politique moderne : s’identifier à l’homme de pouvoir, l’aimer selon l’inclination narcissique puis le vouer aux gémonies une fois la déception inéluctable survenue. Ainsi défilent les puissants, le nouvel aimé chassant l’ancien, le temps que la déception inévitable crée un appel d’air pour une nouvelle figure. Le mécanisme électoral permet, en démocratie, de fluidifier ce processus. Le mécanisme charismatique autoritaire produit les mêmes résultats dans les dictatures, la meute au pouvoir désignant et s’agglomérant à son objet d’identification (par des mécanismes mêlant amour et terreur) tant qu’il a la capacité de consolider la meute et d’éliminer toute figure concurrente. (suite…)

Les États-Unis, par l’intermédiaire de leurs institutions, nous reprochent nos atteintes aux droits de l’homme. La France, si l’on croit le succès de Loubna Abidar à la télévision et dans l’édition, semble considérer le Maroc comme un pays rétrograde et décadent à la fois. Voilà où nous situent nos deux plus grands alliés occidentaux sur l’échelle des valeurs universelles, très bas. (suite…)

A 3% dans ses meilleures années, le taux de croissance marocain peine à confirmer l’hypothétique statut de pays émergent. La Banque Mondiale a récemment pointé un ensemble d’éléments à réformer pour atteindre un sentier de croissance digne d’une émergence véritable (7 % par exemple). Indépendance de la justice, lutte contre la petite corruption, réforme fiscale, réallocation optimale des ressources, plus grande ouverture commerciale, flexibilisation monétaire… la liste est longue.
Mais la médiocrité du taux de croissance marocain autorise aussi une approche politique. Face à ce qui semble être une lenteur structurelle du pays, on ne peut que s’interroger sur le choix inconscient de la médiocrité économique. (suite…)

Après le film interdit de projection, les homosexuels lynchés, après la jeune fille violée condamnée à épouser son violeur, le converti poursuivi pour apostasie… depuis quelques années, faits divers et actualité judiciaire s’imposent dans le débat national. Et c’est tant mieux. Mais on peut se demander s’ils ne s’imposent pas à cause de l’écho qu’ils trouvent chez “les autres”. Entendez l’Occident, qui donne une exposition inédite à nos affaires intimes. Dit autrement : l’Occident nous fait honte de notre linge sale. Le Maroc, via ses élites, a de plus en plus honte. Il est peu probable que ces crimes divers et atteintes aux droits aient provoqué autant de remous sans la surexposition médiatique française. Pour tenir son “rang”, le Maroc doit faire le ménage dans son droit. (suite…)