Articles Tagués ‘Démocratie’

En 1985, le portrait d’une jeune afghane aux yeux verts, à la Une du National Geographic, avait beaucoup fait pour la cause des réfugiés afghans. En 2014, la photo d’une fillette yézidie aux yeux bleus a fait le tour du monde, sensibilisant la communauté internationale à la situation syrienne.

Steve McCurry, auteur du premier cliché, et Youssef Boudlal, auteur du second, sont de courageux et talentueux reporters-photographes. Sharbat Gula, l’Afghane de 1985, et l’enfant anonyme de 2014, témoignent de la tragédie du Moyen-Orient.

Cependant, une vérité inconfortable gît sous les tirages: ces yeux verts, ces cheveux blonds et ces yeux bleus ont beaucoup fait pour le succès de ces clichés. (suite…)

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Frauder les impôts est non autorisé. Dire du mal des gens non plus. Les autorités d’où émane l’interdiction diffèrent, en qualité et en principes. Le premier interdit découle du code fiscal, le second de la morale. (suite…)

Il est désagréable… mais honnête”, “il est autoritaire… mais honnête”. Voilà comment on s’est arrangé avec nos bureaucrates et agents d’autorité. Il maltraite ses subordonnés, mais il est incorruptible. Il hurle sur les citoyens, mais il ne les gruge pas d’un centime. Cet argumentaire -le fonctionnaire honnête est autorisé à être désagréable- est un classique dans beaucoup de pays du Sud. On trouve déjà des profils similaires au XIXe siècle chez les romanciers russes, ou dans les descriptions de l’administration allemande. (suite…)

Les classements internationaux des organismes indépendants semblent hésiter sur le statut du Maroc concernant son rapport aux libertés fondamentales et politiques. D’année en année, il perd ou gagne quelques points sans bouger d’une position qui semble faiblarde. 130ème, 140ème, 150ème… pour la liberté de la presse, ou la transparence politique, voir les libertés économiques. Vraiment ? Loin derrière tant de pays aux noms aussi exotiques et qu’on dit pourtant bien plus fermés… Le Maroc est-il donc aussi mauvais élève du libéralisme global ?

Les ministres concernés s’insurgent contre ce qu’ils perçoivent comme un a priori négatif. Mais il se trouve aussi des voix indépendantes pour prétendre que la situation est en réalité encore plus grave. Comment s’y retrouver ? (suite…)

Chaque jour l’actualité internationale en apporte une nouvelle preuve : le déclin de la citoyenneté classique est un processus irrémédiable. Chaque jour l’actualité nationale en apporte une nouvelle preuve : la demande identitaire croît et l’espace public devient le lieu d’une confrontation brutale entre les identifications subjectives.

Un lien entre ces deux réalités ? Oui. L’Etat-nation moderne est un récipient de la demande politique. Participer, s’opposer, élire et se faire élire, la mobilisation citoyenne postule un individu abstrait et démultiplié, et des identifications sociales, économiques ou patriotiques. Cette arithmétique est celle des dictatures comme des démocraties libérales. Et puis il y a, de plus en plus, depuis une trentaine d’années, l’émergence de demandes inédites, illisibles selon ce vocabulaire politique : prenons deux exemples parmi tant d’autres. Le religieux et le sexuel sont devenus des lignes de clivage politique. Qui aurait pu parier sur le foulard et la barbe, la mini-jupe et le drapeau arc-en-ciel comme articles idéologiques ? Il y a encore quelques années, les dé-jeûneurs dé-jeûnaient, les travestis se travestissaient, les pieux priaient, et les prosélytes prêchaient… chez eux. L’espace public était étrangement uniforme, un peu ennuyeux, un peu gris, et politiquement indifférent à toutes ces questions. (suite…)

Démocratie égale liberté des mœurs, minijupes et alcool en terrasse. Cette affirmation est (fut) à telle point intériorisée que les Occidentaux n’hésitaient pas à qualifier Moubarak ou Ben Ali de démocrates. Or, techniquement, la démocratie n’est d’abord que l’alternance au pouvoir d’élites choisies par des électeurs, via des procédures stables, ouvertes à tous et transparentes. Les pouvoirs islamistes qui ont émergés après 2011 furent de ce point de vue plus démocrates que les précédents.

La démocratie ensuite désigne une évolution mentale : l’idée d’égalité, et la fin des hiérarchies internes. Cette « démocratisation imaginaire » comme l’appelle Tocqueville, peut être chronologiquement déconnectée avec la démocratie procédurale. Les Egyptiens se sentaient égaux avant 2011, et inversement, les Anglais vivaient déjà sous une démocratie libérale à la fin du XIX° siècle, tout en maintenant des différences de caste dans la société britannique.

Lorsque l’on parle du Maroc libre et respectueux d’avant les lynchages moralisateurs, on parle en réalité d’un Maroc où la majorité de la population s’écrasait, littéralement, rasait les murs ou gardait pour elle son point de vue. (suite…)

Le référentiel religieux disputé entre la Monarchie, la sphère politique et la société civile Le « fait monarchique » est central au Maroc. (suite…)

« Nos chères têtes blondes ». Cette expression figée, comme on dit d’un paysage photographié qu’il est figé dans le temps, désigne les enfants et la nostalgie de l’enfance. Elle évoque un je-ne-sais-quoi d’angélique, d’innocent, de cotonneux, noyé dans la blondeur de la première chevelure, comme il y a une blondeur des premiers blés.

Il existe en arabe maghrébin une expression, non pas similaire, mais opposée, précisément opposée. « K’hal erras », « tête noire », ou plus exactement, « noir de tête ». Elle évoque la cohue, les maux de têtes et les bourdonnements d’essaims de mouches. Elle désigne non pas l’enfance heureuse mais la foule dangereuse et infantile. Là l’innocence angélique des enfants, ici la perversité démoniaque des infantiles, des éternels mineurs. (suite…)

L’islam est-il tolérant et épicurien ? Oui, voyez les juifs et les chrétiens généralement respectés dans leurs personnes, leurs biens et leurs croyances ; voyez les manuels de sexualité écrits par des hommes de religion, voyez la poésie et la littérature. Non, l’islam est intolérant et austère : voyez l’interdiction faite aux autres croyances de construire des lieux de culte, d’exprimer leur foi ; voyez les condamnations des homosexuels, la lapidation des adultères, la condition de la femme… Les deux points de vue se défendent, arguments historiques à l’appuie. Alors où trouver une cohérence ?

En réalité, la culture islamique n’est pas tant sensible à l’acte lui-même qu’à son statut public ou privé. Comme les Grecs avant elle, la civilisation arabo-islamique s’est construite sur une stricte distinction entre l’espace public et l’espace privé. Le premier est islamique et masculin (ou plutôt actif, interdit aux femmes, aux enfants, aux homosexuels, et à toute minorité sexuelle), le second est laissé quasiment à la libre disposition du maître (ou de la maitresse) du foyer. (suite…)

On peut importer beaucoup de choses, on peut sous-traiter d’autres choses encore, on peut quasiment tout acheter, mais il y a une chose que nous seuls pourront faire, ou pas. La critique ne s’importe pas. Pour une raison évidente : faite sur mesure, elle ne prend en compte que la société de naissance, non la société d’adoption. Et malheur à la société sans critique interne, elle ne pourra pas en trouver de rechange. (suite…)