Articles Tagués ‘Développement’

Il a 39 ans, la taille élancée et le poil blond-roux ; il suscite sympathie ou aversion à très large échelle ; encore inconnu il y a peu, il est désormais suivi par la presse internationale. Vous pensez à Emmanuel Macron ? C’est vrai que ça fonctionne pour lui aussi, mais il s’agit de Nasser Zefzafi. Et lui aussi est en marche. (suite…)

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Le roi embrasse le front de l’ancien Premier ministre. Le Chef du gouvernement reconduit dans ses fonctions embrasse la main du roi.

Il y a quelques jours, un fluide émotionnel s’est propagé, porté de lèvres en lèvres. Un fluide politique, porté par les médias. Ce qui étonne dans cette photo de la semaine, celle de Mohammed VI se penchant (filialement ?) sur le visage de Abderrahmane Youssoufi alité, ce n’est pas en réalité la sentimentalité de la scène. Après tout, c’est un vieil homme qui recueille la déférence d’un proche, plus jeune que lui. Mais derrière les personnes, il y a les fonctions. Le souverain, incarnation de la nation, embrasse le héros national. (suite…)

Donné souvent pour mourant, déclaré plusieurs fois mort, la résilience du régime de Damas prend désormais la voie d’une véritable résurgence. Assad fils n’est pas tombé, il se fait même plus fort maintenant que l’aviation russe et le soutien tacite des Américains rejouent à son profit l’accord soviéto-américain de 1956 qui favorisa Nasser contre l’alliance franco-britannique. On ne cesse de s’interroger sur la capacité de survie d’un régime exsangue financièrement, diminué idéologiquement, avec un soutien intérieur en peau de chagrin. On pense à une bizarrerie locale. Il semblerait au contraire qu’il s’agisse là d’une réalité valable pour tous les régimes similaires. Aujourd’hui que la chute des prix du pétrole ébauche des mirages de démocratisation instantanée au Venezuela ou ailleurs, il est temps de convenir qu’il existe un type de régime qui, loin de faiblir face à l’adversité, s’en nourrit au contraire.

Je propose d’appeler ce type de structure le “régime maigre”. (suite…)

Un médecin marocain gagne environ cinq à dix fois plus qu’un infirmier. Un professeur universitaire trois à six fois plus qu’un instituteur. En France, le ratio est plus étroit : un médecin gagne peut-être cinq fois plus qu’un infirmier, un universitaire trois fois plus qu’un maître d’école. L’éventail des salaires est donc très large au Maroc. Comme dans les autres pays en voie de développement, marqués par les inégalités ? Pas vraiment. Les universitaires marocains ne sont pas obligés de conduire des taxis la nuit pour compléter leur salaire, les médecins marocains ne rêvent pas de fermer leur cabinet et d’aller travailler en Nouvelle-Zélande ou au Canada. En réalité, les élites marocaines ont un niveau de revenu qui se rapproche de celui des pays riches, creusant l’écart avec le reste de la population, hors bourgeoisie d’affaires. Pourquoi un tel contraste entre nos élites éduquées et le reste du salariat ? Les principaux concernés diront qu’ils sont mieux formés. Certes, mais cela justifie-t-il un tel écart ? Les infirmiers et les instituteurs marocains sont-ils à ce point médiocres comparés à leurs homologues français pour qu’ils soient dix fois moins payés que les médecins ou les chercheurs ?

Cette réalité salariale marocaine ne s’explique en fait que par des raisons purement politiques, et que les principaux concernés, volontiers politisés et militants, rechignent à reconnaître. (suite…)

On peut à juste titre s’étonner d’une manifestation sans objet clair, sans organisateur identifié. Mais ce qui en réalité a choqué dans la manifestation anti-islamiste de Casablanca, ce ne sont ni les slogans exagérés, ni l’adversaire grossièrement désigné.

Ce qui a choqué, c’est l’intrusion d’un autre Maroc au cœur d’un pays qui se croit trop vite arrivé à maturité. Ce qui a défilé à Casablanca le 18 septembre c’est l’autre Maroc. (suite…)

Qu’est-ce que le Maroc, géographiquement parlant ? Vu de loin, une fois le relief estompé, les forêts floutées dans l’aridité dominante, le pays redevient un long ruban longitudinal. Les cinq-cents kilomètres de largeur maximale, à vol d’oiseau, séparant l’Atlantique de la frontière orientale, ne sont rien face aux quelque 2300 kilomètres séparant le détroit de la Mauritanie. La géographie est un destin. Celui du Maroc est d’être un corridor nord-sud. Depuis Youssef Ibn Tachfine au moins, lorsque les deux extrêmes, andalou et sahélien, bornaient le domaine contrôlé par une ville fondée précisément à ce propos, Marrakech. Mais comment ? avec qui ? et contre quoi ? Les réponses dépendent de la conjoncture historique. Celle de ce début du troisième millénaire est différente de celle des Almoravides. (suite…)

Le scénario se déroule comme suit : il y a l’État, plutôt méchant, et les individus, plutôt gentils. L’État a usurpé des droits et des libertés individuelles. Le moment est venu pour qu’il rende à l’individu ce qu’il s’est accaparé. Durant des millénaires, les tribus et les villages, voire les petites villes, ont vécu selon une justice immanente, faite d’hyper-conformisme, de contrôle du groupe sur l’individu, de ragots étouffants et de surveillance permanente, et, le cas échéant, de condamnation publique et parfois de lynchage. Ces différents mécanismes évitaient l’entretien d’un appareil d’État. Pourquoi payer un policier si le voisinage fait la police bénévolement ? Pourquoi payer un appareil de justice si les familles se font justice elles-mêmes ? Il fallut une longue et difficile lutte pour que l’État soustraie à la société ses compétences en matière de justice et de police. Dans les pays récemment, violemment et mal modernisés, comme le Maroc, ce monopole de l’État sur la justice et la police n’est pas complet. (suite…)

A 3% dans ses meilleures années, le taux de croissance marocain peine à confirmer l’hypothétique statut de pays émergent. La Banque Mondiale a récemment pointé un ensemble d’éléments à réformer pour atteindre un sentier de croissance digne d’une émergence véritable (7 % par exemple). Indépendance de la justice, lutte contre la petite corruption, réforme fiscale, réallocation optimale des ressources, plus grande ouverture commerciale, flexibilisation monétaire… la liste est longue.
Mais la médiocrité du taux de croissance marocain autorise aussi une approche politique. Face à ce qui semble être une lenteur structurelle du pays, on ne peut que s’interroger sur le choix inconscient de la médiocrité économique. (suite…)

Tweets ou commentaires Facebook malveillants, la place que les nouvelles technologies accordent à la haine est étonnamment vaste. Cette agrégation de communication immatérielle et d’agressivité n’est pas spécifique au Web marocain.

Elle laisse, partout dans le monde, un goût amer devant ce paradoxe suprême : la concentration d’intelligence technique et d’archaïsme psychologique contenus dans le “troll”.

Il existe cependant une spécificité marocaine, et peut-être arabo-islamique, du “troll”. (suite…)

Le Maroc n’est ni la Corée du Sud ni Singapour. Experts, militants, politiques, journalistes… ne cessent de se le dire, avec une délectation morose parfois. Mais dans le royaume des aveugles, le borgne est roi. Dans son double cadre régional – arabe et africain –, le Maroc confirme son choix d’un modèle de développement propre. Les sceptiques se gaussent de ses espoirs démesurés. Les plus emballés mobilisent, pêle-mêle, l’histoire – les Saadiens, les routes caravanières… –, les taux de croissance et les décisions géopolitiques. Mais le choix lui-même d’un tel modèle est rarement interrogé dans ses dimensions sociopolitiques. Le Maroc veut se développer en se tournant vers son arrière-pays ouest-africain. Mieux, il semble que cette volonté rencontre auprès des décideurs comme du patronat un enthousiasme que ni les industries industrialisantes, ni la politique des barrages, ni la relance par la consommation intérieure n’ont rencontré. La comparaison avec l’Extrême Orient n’est pas absurde, pour une fois : ce que le Maroc cherche et croit trouver en Asie, c’est le modèle compradorial. (suite…)