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Un médecin marocain gagne environ cinq à dix fois plus qu’un infirmier. Un professeur universitaire trois à six fois plus qu’un instituteur. En France, le ratio est plus étroit : un médecin gagne peut-être cinq fois plus qu’un infirmier, un universitaire trois fois plus qu’un maître d’école. L’éventail des salaires est donc très large au Maroc. Comme dans les autres pays en voie de développement, marqués par les inégalités ? Pas vraiment. Les universitaires marocains ne sont pas obligés de conduire des taxis la nuit pour compléter leur salaire, les médecins marocains ne rêvent pas de fermer leur cabinet et d’aller travailler en Nouvelle-Zélande ou au Canada. En réalité, les élites marocaines ont un niveau de revenu qui se rapproche de celui des pays riches, creusant l’écart avec le reste de la population, hors bourgeoisie d’affaires. Pourquoi un tel contraste entre nos élites éduquées et le reste du salariat ? Les principaux concernés diront qu’ils sont mieux formés. Certes, mais cela justifie-t-il un tel écart ? Les infirmiers et les instituteurs marocains sont-ils à ce point médiocres comparés à leurs homologues français pour qu’ils soient dix fois moins payés que les médecins ou les chercheurs ?

Cette réalité salariale marocaine ne s’explique en fait que par des raisons purement politiques, et que les principaux concernés, volontiers politisés et militants, rechignent à reconnaître. (suite…)

L’Anatolie s’est retournée sur elle-même deux fois. La première, au début des années 1920, quand Atatürk l’arracha au monde musulman traditionnel. Un deuxième bouleversement, aussi radical, a peut-être lieu depuis quelques années, et vise à la remettre au cœur même de cette islamité qu’elle a quittée. (suite…)

Les attaques terroristes en Arabie Saoudite, la veille de l’Aïd, et dans le périmètre sacré de la Mosquée du Prophète à Médine, annoncent un changement à triple niveau, gros de troubles futurs. D’abord, simultanément avec la Turquie, alliée objective de Daech au nord, l’Arabie Saoudite, son alliée objective méridionale, est à son tour frappée. En agressant les deux (dernières) puissances sunnites de la région, Daech prouve qu’il n’est pas un État, mais un mouvement, dont le but est de tout balayer sur son passage. (suite…)

Le scénario se déroule comme suit : il y a l’État, plutôt méchant, et les individus, plutôt gentils. L’État a usurpé des droits et des libertés individuelles. Le moment est venu pour qu’il rende à l’individu ce qu’il s’est accaparé. Durant des millénaires, les tribus et les villages, voire les petites villes, ont vécu selon une justice immanente, faite d’hyper-conformisme, de contrôle du groupe sur l’individu, de ragots étouffants et de surveillance permanente, et, le cas échéant, de condamnation publique et parfois de lynchage. Ces différents mécanismes évitaient l’entretien d’un appareil d’État. Pourquoi payer un policier si le voisinage fait la police bénévolement ? Pourquoi payer un appareil de justice si les familles se font justice elles-mêmes ? Il fallut une longue et difficile lutte pour que l’État soustraie à la société ses compétences en matière de justice et de police. Dans les pays récemment, violemment et mal modernisés, comme le Maroc, ce monopole de l’État sur la justice et la police n’est pas complet. (suite…)

Il est désagréable… mais honnête”, “il est autoritaire… mais honnête”. Voilà comment on s’est arrangé avec nos bureaucrates et agents d’autorité. Il maltraite ses subordonnés, mais il est incorruptible. Il hurle sur les citoyens, mais il ne les gruge pas d’un centime. Cet argumentaire -le fonctionnaire honnête est autorisé à être désagréable- est un classique dans beaucoup de pays du Sud. On trouve déjà des profils similaires au XIXe siècle chez les romanciers russes, ou dans les descriptions de l’administration allemande. (suite…)

Quarante ans. Pour la nature humaine, ce sont presque deux générations. Pour les Romains, c’est l’âge de la majorité civique; pour Ibn Kathir, le temps qu’ont mis les Hébreux à errer dans le Sinaï. Et en politique, à quoi correspondent quarante ans? Le Maroc a récupéré ses terres sahariennes colonisées (une partie en réalité) en 1975. Depuis, les années se sont accumulées sur un conflit gelé et toujours en suspens. La guerre froide, la construction maghrébine, la mondialisation heureuse puis le jihadisme international se sont succédés par-dessus une situation bloquée. (suite…)

Le Maroc historique. Pas le Grand Maroc. Pas le Maroc impérialiste. Pas le retour au Maroc médiéval… Lorsque les indépendantistes marocains réclamèrent la fin du Protectorat, ils lièrent leur réclamation au retour aux frontières historiques de 1912. Cette clause est centrale, comme le qualificatif d’« historique ». 1956 devait clore la parenthèse ouverte en 1912.

Ce que ni Allal el Fassi ni Abdelkhaleq Torrès ne comprirent (ou feignirent ne pas comprendre), c’est qu’entre temps, un nouveau partage physique, mais aussi mental, avait eu lieu. Le partage de l’Afrique en 1885 (confirmé par les indépendances), le partage de l’Europe et du Moyen-Orient en 1918, le partage du bloc eurasiatique en 1945, ont sédimenté une nouvelle géographie. Toucher à une ligne de cet entrelacs, c’est défaire l’ensemble du tissu. (suite…)

Les classements internationaux des organismes indépendants semblent hésiter sur le statut du Maroc concernant son rapport aux libertés fondamentales et politiques. D’année en année, il perd ou gagne quelques points sans bouger d’une position qui semble faiblarde. 130ème, 140ème, 150ème… pour la liberté de la presse, ou la transparence politique, voir les libertés économiques. Vraiment ? Loin derrière tant de pays aux noms aussi exotiques et qu’on dit pourtant bien plus fermés… Le Maroc est-il donc aussi mauvais élève du libéralisme global ?

Les ministres concernés s’insurgent contre ce qu’ils perçoivent comme un a priori négatif. Mais il se trouve aussi des voix indépendantes pour prétendre que la situation est en réalité encore plus grave. Comment s’y retrouver ? (suite…)

Plus que l’espace, qui intéresse le militaire, c’est le temps auquel doit se confronter le politique. Le mandat de l’élu dure quelques années. Renouvelé plusieurs fois, il peut être étiré jusqu’à la durée d’une génération humaine, vingt ans ou vingt cinq ans. Est-ce suffisant pour lancer de grands projets, concrétiser des politiques structurelles ? (suite…)