Articles Tagués ‘Féminisme’

Les États-Unis, par l’intermédiaire de leurs institutions, nous reprochent nos atteintes aux droits de l’homme. La France, si l’on croit le succès de Loubna Abidar à la télévision et dans l’édition, semble considérer le Maroc comme un pays rétrograde et décadent à la fois. Voilà où nous situent nos deux plus grands alliés occidentaux sur l’échelle des valeurs universelles, très bas. (suite…)

Après le film interdit de projection, les homosexuels lynchés, après la jeune fille violée condamnée à épouser son violeur, le converti poursuivi pour apostasie… depuis quelques années, faits divers et actualité judiciaire s’imposent dans le débat national. Et c’est tant mieux. Mais on peut se demander s’ils ne s’imposent pas à cause de l’écho qu’ils trouvent chez “les autres”. Entendez l’Occident, qui donne une exposition inédite à nos affaires intimes. Dit autrement : l’Occident nous fait honte de notre linge sale. Le Maroc, via ses élites, a de plus en plus honte. Il est peu probable que ces crimes divers et atteintes aux droits aient provoqué autant de remous sans la surexposition médiatique française. Pour tenir son “rang”, le Maroc doit faire le ménage dans son droit. (suite…)

En 1985, le portrait d’une jeune afghane aux yeux verts, à la Une du National Geographic, avait beaucoup fait pour la cause des réfugiés afghans. En 2014, la photo d’une fillette yézidie aux yeux bleus a fait le tour du monde, sensibilisant la communauté internationale à la situation syrienne.

Steve McCurry, auteur du premier cliché, et Youssef Boudlal, auteur du second, sont de courageux et talentueux reporters-photographes. Sharbat Gula, l’Afghane de 1985, et l’enfant anonyme de 2014, témoignent de la tragédie du Moyen-Orient.

Cependant, une vérité inconfortable gît sous les tirages: ces yeux verts, ces cheveux blonds et ces yeux bleus ont beaucoup fait pour le succès de ces clichés. (suite…)

L’expression “usine à voyous” et l’expression voisine “fabrique de délinquants” se multiplient pour dénoncer un ensemble de comportements qui vont des petites incivilités à la grande délinquance qualifiée.

Les récents événements de Cologne et l’implication supposée de jeunes Marocains, ainsi que des incidents similaires à Stockholm et ailleurs, laissent entendre que le Maroc est devenu producteur, à destination du marché intérieur et aussi comme exportateur, d’une certaine quantité d’actes délictueux. (suite…)

Conduire est politique. Incontestablement. Mais conduire est sexuel aussi. La manière dont les Marocains se comportent au volant dit beaucoup de notre rapport ambigu au politique, au sexuel et au nœud enchevêtré qu’ils forment. (suite…)

Chaque jour l’actualité internationale en apporte une nouvelle preuve : le déclin de la citoyenneté classique est un processus irrémédiable. Chaque jour l’actualité nationale en apporte une nouvelle preuve : la demande identitaire croît et l’espace public devient le lieu d’une confrontation brutale entre les identifications subjectives.

Un lien entre ces deux réalités ? Oui. L’Etat-nation moderne est un récipient de la demande politique. Participer, s’opposer, élire et se faire élire, la mobilisation citoyenne postule un individu abstrait et démultiplié, et des identifications sociales, économiques ou patriotiques. Cette arithmétique est celle des dictatures comme des démocraties libérales. Et puis il y a, de plus en plus, depuis une trentaine d’années, l’émergence de demandes inédites, illisibles selon ce vocabulaire politique : prenons deux exemples parmi tant d’autres. Le religieux et le sexuel sont devenus des lignes de clivage politique. Qui aurait pu parier sur le foulard et la barbe, la mini-jupe et le drapeau arc-en-ciel comme articles idéologiques ? Il y a encore quelques années, les dé-jeûneurs dé-jeûnaient, les travestis se travestissaient, les pieux priaient, et les prosélytes prêchaient… chez eux. L’espace public était étrangement uniforme, un peu ennuyeux, un peu gris, et politiquement indifférent à toutes ces questions. (suite…)

Démocratie égale liberté des mœurs, minijupes et alcool en terrasse. Cette affirmation est (fut) à telle point intériorisée que les Occidentaux n’hésitaient pas à qualifier Moubarak ou Ben Ali de démocrates. Or, techniquement, la démocratie n’est d’abord que l’alternance au pouvoir d’élites choisies par des électeurs, via des procédures stables, ouvertes à tous et transparentes. Les pouvoirs islamistes qui ont émergés après 2011 furent de ce point de vue plus démocrates que les précédents.

La démocratie ensuite désigne une évolution mentale : l’idée d’égalité, et la fin des hiérarchies internes. Cette « démocratisation imaginaire » comme l’appelle Tocqueville, peut être chronologiquement déconnectée avec la démocratie procédurale. Les Egyptiens se sentaient égaux avant 2011, et inversement, les Anglais vivaient déjà sous une démocratie libérale à la fin du XIX° siècle, tout en maintenant des différences de caste dans la société britannique.

Lorsque l’on parle du Maroc libre et respectueux d’avant les lynchages moralisateurs, on parle en réalité d’un Maroc où la majorité de la population s’écrasait, littéralement, rasait les murs ou gardait pour elle son point de vue. (suite…)

L’islam est-il tolérant et épicurien ? Oui, voyez les juifs et les chrétiens généralement respectés dans leurs personnes, leurs biens et leurs croyances ; voyez les manuels de sexualité écrits par des hommes de religion, voyez la poésie et la littérature. Non, l’islam est intolérant et austère : voyez l’interdiction faite aux autres croyances de construire des lieux de culte, d’exprimer leur foi ; voyez les condamnations des homosexuels, la lapidation des adultères, la condition de la femme… Les deux points de vue se défendent, arguments historiques à l’appuie. Alors où trouver une cohérence ?

En réalité, la culture islamique n’est pas tant sensible à l’acte lui-même qu’à son statut public ou privé. Comme les Grecs avant elle, la civilisation arabo-islamique s’est construite sur une stricte distinction entre l’espace public et l’espace privé. Le premier est islamique et masculin (ou plutôt actif, interdit aux femmes, aux enfants, aux homosexuels, et à toute minorité sexuelle), le second est laissé quasiment à la libre disposition du maître (ou de la maitresse) du foyer. (suite…)

On peut importer beaucoup de choses, on peut sous-traiter d’autres choses encore, on peut quasiment tout acheter, mais il y a une chose que nous seuls pourront faire, ou pas. La critique ne s’importe pas. Pour une raison évidente : faite sur mesure, elle ne prend en compte que la société de naissance, non la société d’adoption. Et malheur à la société sans critique interne, elle ne pourra pas en trouver de rechange. (suite…)

 La grande majorité des clients des prostituées sont des Marocains vivant au Maroc, suivis par les RME. Les clients du Golfe représentent moins de 6%. Voilà pour les chiffres dont on dispose aujourd’hui. C’est dire si la prostitution est d’abord une affaire entre Marocains, et l’image du Maroc et de la femme marocaine dont il est question, d’abord une affaire d’image que les Marocains se font d’eux-mêmes. (suite…)