Articles Tagués ‘Féminisme’

Une relation sexuelle hors mariage est interdite. Qu’est-ce qu’une relation sexuelle ? quand commence-t-elle ? à la nudité ? au baiser ? au regard ? à l’intention ? La sexualité marocaine est ecrasée par la surlégislation, et ce qu’elle entraine : peur, agressivité, soumission et anarchie. Le principe libéral : « tout ce qui n’est pas interdit est permis », quand on en arrive à ces questions là, est retourné en son contraire autoritaire : « tout ce qui n’est pas (expressément) autorisé est interdit ». Cette intrusion de la sphère étatique (la loi alliée à la police) dans l’espace privé, on sait quels sont ses ressorts. Mais n’allons pas trop vite mobiliser la religion. Après tout, les Marocains sont plus que tolérants envers les passes droits économiques ou fiscaux, bien que la loi civile soit ici aussi associée à la loi religieuse pour blâmer le vol, la corruption et le mensonge. (suite…)

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Principe de la souveraineté classique : « Laisser vivre et faire mourir ». Le pouvoir est associé au « droit de glaive » ; est souverain le donneur de mort (ou, par droit de grâce, celui qui la suspend). Quant à la vie (production économique et reproduction biologique), elle est laissée à la charge de l’espace privé, familial, extra-politique.

Principe de la souveraineté moderne : « Faire vivre et laisser mourir ». Le pouvoir est associé à la biopolitique ; est souverain le donneur de vie, par la santé publique, l’économie nationale… Quant à la mort, elle est laissée à la charge de l’espace privé et à l’intimité religieuse de chacun.

Ainsi pouvons-nous résumer, d’une manière lapidaire, la vision de Michel Foucault. (suite…)

Toute idéologie a sa mythologie. La laïcité militante n’y échappe pas. Dans sa constellation de légendes, le mythe central concerne les années 1960 et 1970, leur liberté de mœurs et de croyances, leur ouverture. La preuve et la bannière de cette période bénie ? La minijupe. Regardez les photos, en noir et blanc de préférence, voyez les films égyptiens (Abdelhalim Hafez dans Abi Fawqa Chajara par exemple), prêtez l’oreille aux souvenirs de vos parents, de vos grands-parents, surtout les mères et les grands-mères.

La réalité qui ressort de ces indices multiples est celle d’un Maroc (et plus généralement d’un monde arabe) infiniment plus occidentalisé, en contraste absolu avec la réalité des années 1990 et 2000. (suite…)

Une petite ville en bord d’Atlantique. Le vide, la houle incessante, l’humidité et les grains de sable qui collent au corps et s’infiltrent sous les draps. Et l’ennui, les longues journées à combler de bar en bar, de rencontres fortuites en rendez-vous inaboutis. Entre riches Casablancais décadents, beatniks occidentaux, et locaux fatalistes, Sulaiman vient « se reposer »… De quoi se repose-t-on lorsqu’on a vingt ans ? De rien, de tout, de vivre sans doute… La Vipère et la mer est un chef d’œuvre absolu dans son genre : spleen balnéaire, description détaillée et résignée des rapports de classe, dérive alcoolique et sexuelle, tout Mohammed Zafzaf en moins de cent pages d’aphorismes et de poésie du désenchantement…

Mohammed Zafzaf, al Af‘a wal bahr, in al A‘mâl al Kâmila, 1. Al-riwâyât, Manchoûrât wizârat al chou’oûn al thaqâfiya, 1999.

Tu es européen ou américain, en souffrance psychique et sociale ? Convertis-toi à l’islam (cela prend deux minutes) et va agresser des anonymes, ça te donnera une raison de vivre. Ou bien encore lis Eric Zemmour ou Mark Steyn, apprends le peu d’importance du nazisme, la positivité de la colonisation et libère ta haine, en la canalisant sur les musulmans.

Ces deux approches ne sont opposées qu’en apparence. L’islam comme religion, patrimoine culturel et diversité des peuples, est en train de cristalliser le mal-être de la modernité comme jamais une entité avant lui (le fascisme ou la menace bolchévique, par exemple) ne l’a fait avec autant d’extension (tous sont touchés, du politique et de l’intellectuel médiatique au chômeur, au cadre stressé et à la ménagère de moins de cinquante ans qui s’ennuie devant sa télé). Cette canalisation a sa version démonique (les musulmans nous envahissent, l’islam est un fascisme…) et sa version angélique (l’islam, dernière chance face à l’Empire, les musulmans, avant-garde de l’humanité souffrante… et autres fadaises de gauchistes mondains). Il arrive d’ailleurs qu’entre les deux versions, le cœur balance : André Glucksmann a ses gentils Tchétchènes et ses mauvais jihadistes, Bernard Henri-Lévy ses Bosniaques côté face, ses Pakistanais côté pile… (suite…)

« 10 hours of walking in NYC as a Woman » est un film de moins de deux minutes. Une jeune femme filmée en caméra cachée déambule dans la métropole. Le propos du film est d’illustrer le harcèlement de rue, qui va de l’éloge insistant à l’ironie désobligeante.

Laissons de côté l’outre-Atlantique. Le même type de film a été réalisé à Riga, capitale de la Lettonie. La jeune femme n’a été interpelée qu’une fois, lorsqu’un inconnu lui a offert une fleur.

Revenons a-à New York. Un autre film a comparé le quotidien de deux jeunes femmes, l’une voilée, l’autre pas. La seconde se fait harceler au cours de sa journée. Pas la première.

Que conclure de tous ces sifflements polyglottes ? (suite…)

C’est un double dessin humoristique connu, qui date du début du XXe siècle : première vignette, une famille française, autour d’une table chargée de plats et de bouteilles pour un repas de famille. Deuxième vignette : table renversée, chemises déchirées, nez qui saignent et yeux pochés. Et en légende : ils ont dû parler de l’affaire… L’affaire, c’est bien entendu l’affaire Dreyfus, qui a divisé la nation française, et jusqu’aux familles elles-mêmes entre dreyfusards et antidreyfusards. L’intérêt de ce dessin, au-delà de sa dimension humoristique, est de montrer quelle profondeur sociale et familiale un événement de cette ampleur pouvait atteindre. La guerre civile française a traversé les partis, mais aussi la parentèle. Telle est la leçon de la modernité : la politique mobilise tout et tous, lève le bras du frère contre son frère, du fils contre son père.

Le monde arabe, jusqu’à très peu, ne connaissait pas une telle passion, du moins pas dans son espace privé. On pouvait être socialiste, communiste, nationaliste, nassérien ou baassiste, passé le seuil de la maison, on était surtout indifférent. La cellule familiale ne s’est pas politisée en Orient. Ce fut sa chance, quelque part. (suite…)

Paris pavoise à l’heure espagnole depuis une semaine. Coup sur coup, une élection municipale et un remaniement gouvernemental, qui se font en musique ibérique. La nouvelle maire de Paris, une femme pour la première fois, Anne Hidalgo, est d’origine andalouse. Le nouveau Premier ministre, Manuel Valls, est d’origine catalane. Techniquement, deux immigrés, naturalisés, qui sont élus ou nommés à de hautes fonctions, les plus hautes dans leurs sphères respectives.

Notons qu’en France, les étrangers extracommunautaires (hors Union Européenne) ne votent toujours pas aux élections municipales, à la différence de beaucoup de pays européens ; que, dans ces mêmes élections municipales, l’extrême droite entre dans le club fermé des partis gestionnaires ; que le pays sort tout juste d’un mandat présidentiel marqué par un retour de prises de positions dures sur la question des frontières. (suite…)

On s’est habitué, sans y voir de plus près, à ce que le pouvoir soit lié à d’obscures considérations sexuelles : le ministre X a été baisé par le député Y, le candidat A s’est fait mettre par le candidat B, tel patron a des couilles, et tel autre a été castré… La liste est longue, dans toutes les langues et dans tous les pays, sans doute, qui systématiquement accouple les rapports de force aux rapports de copulation. Il s’agit de la relation archaïque qu’établit un enfant entre violence et sexualité des parents. Cette scène primitive sera ensuite enterrée sous plusieurs couches qui développeront une autre vision de la sexualité. Et seules des circonstances régressives, comme les enthousiasmes collectifs qu’appellent la politique ou le sport par exemple, font ré émerger à l’occasion cette définition du rapport sexuel comme domination d’un prédateur sur une proie. Et hormis ces moments d’agressivité grégaire déculpabilisante, d’humour sadique ou de laisser-aller panique, l’adulte a une toute autre image de la sexualité, passée par le filtre éducateur de plusieurs stades. On peut se demander si, dans le monde arabe contemporain, le rapport entre sexe et violence, et partant entre sexe et pouvoir ne perdure parmi les adultes, au sein de l’espace public, chez les politiques et les juristes, parmi les hommes et les femmes. (suite…)

Jean Baudrillard ironisait, en son temps, sur les lendemains de libération sexuelle : la gueule de bois du trop-plein. Trop de sexe, trop de discours sur le sexe, trop de combat pour le sexe… Bref, la victoire est totale, et ne reste que la saturation de l’espace public par des signes sexuels sans signifiés réels : publicités érotiques, pornographie démocratisée, topless massifié, et en bruit de fond, une fatigue générale du désir.
Enfin, c’est Baudrillard qui le dit – Michel Foucault dit quelque chose de similaire à propos de la psychanalyse comme inquisition sexuelle – et cela concernerait au premier chef un Occident sur-sexualisé et sans libido. Laissons-là les choses occidentales en l’état et voyons la situation arabe. (suite…)