Articles Tagués ‘Génocide’

« Nos chères têtes blondes ». Cette expression figée, comme on dit d’un paysage photographié qu’il est figé dans le temps, désigne les enfants et la nostalgie de l’enfance. Elle évoque un je-ne-sais-quoi d’angélique, d’innocent, de cotonneux, noyé dans la blondeur de la première chevelure, comme il y a une blondeur des premiers blés.

Il existe en arabe maghrébin une expression, non pas similaire, mais opposée, précisément opposée. « K’hal erras », « tête noire », ou plus exactement, « noir de tête ». Elle évoque la cohue, les maux de têtes et les bourdonnements d’essaims de mouches. Elle désigne non pas l’enfance heureuse mais la foule dangereuse et infantile. Là l’innocence angélique des enfants, ici la perversité démoniaque des infantiles, des éternels mineurs. (suite…)

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Quelle langue parlait-on au Maghreb avant la venue des Arabes ? Dans le débat sur la langue nationale, voilà un point historiographique qui mérite attentive inspection. L’histoire désormais acquise veut qu’il y ait eu succession, par conquête et ethnocide : l’arabe, langue des vainqueurs, remplace, dans les plaines surtout, le berbère vaincu. Version simpliste, qui a le mérite de défendre une idéologie de l’histoire culturelle comme combat inexpiable. Il semblerait, et l’affaire est entendue dès le XIXe siècle au moins, que les choses se passèrent non seulement d’une manière différente, mais également ironique. (suite…)

Le pape Benoît XVI sera au Liban, ces samedi et dimanche 15 et 16 septembre.

Après Paul VI en 1964, après Jean-Paul II en 1997, il poursuit une tradition bien ancrée, mais dans un contexte particulier, différent de celui de son précédent voyage au Moyen Orient, en 2009 : la région est prise dans un tourbillon paradoxal de démocratisation et de guerre civile ; la situation des chrétiens y est particulièrement difficile, dans l’étau d’une contradiction : plus les pays se libéralisent, et plus le destin des minorités est remis en cause.

Quelques repères statistiques, mêmes grossiers, permettront de mieux saisir ce paradoxe. (suite…)

Un biographe du général Henri Gouraud rapporte sa rencontre avec Mustapha Kemal, au début des années vingt. Le généralissime anatolien le garda près de lui des heures, lui expliquant, forces documents à l’appui, que les Français et les Turcs descendaient d’une même tribu centre-asiatique.  Gouraud gérait à l’époque les mandats français au Proche-Orient. Il venait de créer la République libanaise, de chasser Fayçal de Damas, et cherchait, hésitant, la bonne formule pour le Levant. Quelques années auparavant, il fut le bras droit de Hubert Lyautey au Maroc, il commanda Fès et sa région, puis remplaça Lyautey comme résident général à Rabat, (suite…)

Le racisme a son modèle type, comme tout concept. C’est celui qui confronte l’esclave noir au maître blanc, et il n’est donc pas étrange que ce soit là où l’écart physique et culturel maximal se soit manifesté entre les deux protagonistes qu’on cherche l’incarnation la plus cruelle de cette relation : en Afrique du Sud pendant l’apartheid, et dans les Etats esclavagistes des Etats-Unis d’Amérique au XIXe siècle. Des blancs nordiques faces à des noirs bantous.

A côté de ce racisme idéal-typique, pourrait-on dire, un autre, plus diffus, plus subtil, existe, très répandu dans une autre situation historique, une situation dans laquelle la Méditerranée, l’Amérique latine, le Moyen-Orient vivent encore.

Deux auteurs parlent, avec finesse et lucidité de ce racisme particulier, de ses mécanismes, de ses conséquences. (suite…)

Le Conseil constitutionnel français a invalidé en février dernier le projet de loi visant à pénaliser la négation du génocide arménien, pour « Entrave à la liberté d’expression et de communication »…

Ce projet de loi controversé, défendu par le président de la république Nicolas Sarkozy avec ferveur, a été épinglé comme électoraliste. D’autres voix se sont prononcées sur un autre aspect litigieux : la judiciarisation de plus en plus avancée de l’histoire, et l’empiétement de la politique sur le champ de la vérité historique. Cette affaire a même affectée les relations entre Paris et Ankara.  

Ainsi, la colonisation, l’esclavage, l’holocauste, le génocide arménien, d’objets scientifiques, se retrouvent désormais sujets politiques litigieux. Il y a là sans doute le symptôme d’une transformation profonde affectant les repères symboliques des sociétés occidentales. (suite…)