Articles Tagués ‘Ibn Khaldoun’

Le Maroc et l’Algérie continuent d’enrichir les marchands d’armes internationaux. Pourtant, rarement deux peuples furent aussi proches : langues, religions, modes de vie, cultures locales, rien qui ne soit commun aux Algériens et aux Marocains. Leurs divisions elles-mêmes sont communes : Arabes et Berbères, citadins et campagnards, sahariens et méditerranéens, siba et makhzen, les lignes de partage historique sont fondamentalement identiques.

Frontières artificielles alors ? (suite…)

Vivre en permanence dans un film n’est pas donné à tout le monde. Les acteurs les plus laborieux, ceux des telenovelas par exemple, qui produisent des heures de fiction chaque semaine, savent que tout « Action! » se termine par un clap de fin.

Le néo-islamisme jihadiste a inventé le cinéma infini. Un jour, Mouloud, Philippe ou John décident de devenir Abou quelque chose, une voix, inaudible aux autres, leur dit « action » et c’est parti pour rejouer Arrissala, avec scènes d’action non censurées et réalisme maximal. Et la mort pour clap de fin.

Cela a-t-il un sens de vivre en 2015 comme en 627 ? Avant de tenter de répondre à cette question, remarquons que l’acharnement du jihadisme contemporain à détruire le patrimoine souligne ce rapport perturbé au temps historique. (suite…)

Servir l’Etat, s’opposer à l’Etat, ignorer ou se résigner à l’Etat… dans l’esprit de la plupart des Marocains, ces énoncés peuvent se reformuler ainsi  : servir la monarchie, s’opposer à la monarchie… L’équivalence Etat-monarchie (et le nébuleux Makhzen, qui amalgame les deux) est profondément ancrée dans l’inconscient politique contemporain.

Or, un simple aperçu historique suffit à délier les deux concepts. L’Etat est beaucoup plus récent que la monarchie. Pas seulement au Maroc. La confusion des deux tient à l’histoire moderne, et particulièrement à l’histoire française, cet idéal de modernité politique. L’Etat, entité devenue totalisante, a d’abord prospéré comme un parasite fragile vivant sur le corps social. (suite…)

A la veille du centenaire de la conquête française d’Alger, premier pas vers l’établissement d’une Afrique du nord française, la parution du livre d’Emile-Felix Gautier, Le Passé de l’Afrique du Nord, Les Siècles obscurs, en 1927, peut se concevoir comme une première synthèse de la vision coloniale. Un pays sans nom (Berbérie, Maghreb, Afrique du Nord…), une île isolée, un espace allongé et sans aucun centre, incapable de se doter d’une autonomie étatique ou culturelle, un monde éternellement mineur, disputé entre l’Occident et l’Orient, Rome et Carthage, la France et l’Islam, voilà le Maghreb et le « maugrébin » comme dit Gautier. Et il se propose, dans ce qu’il ne cesse de désigner modestement comme un « petit livre », d’ébaucher une grille de lecture, pour comprendre à la fois la faiblesse congénitale de cette région, et les chances de la France de s’y maintenir et de la civiliser. (suite…)