Articles Tagués ‘Irak’

On ne saura jamais ce que plusieurs grands intellectuels arabes auraient pensé des révolutions de l’année 2011. Mohammed Arkoun, Mohammed Abde al Jabri, pour ne citer que deux Maghrébins, ont disparu à la veille de ces événements.

Mais un penseur de cette génération, sans anticiper sur ces mouvements, a pour le moins décrit quelques-uns des ressorts de l’autoritarisme arabe, annonçant même le rôle paradoxal que les mouvements islamistes seraient appelés à jouer contre la dictature. (suite…)

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L’Etat autoritaire arabe né dans les années 1950 était structuré autour de la notion d’ennemi. Ses différentes composantes : l’état d’exception permanent, le parti unique, la militarisation de la société, ne pouvaient se maintenir qu’autour de cette colonne vertébrale qu’est l’ennemi. Ou plutôt un Feinbild, comme disent les Allemands, une figure imaginaire de l’ennemi, qui justifiait la dictature et la carapace caractérielle, le complexe de la forteresse assiégée et la paranoïa policière. (suite…)

Pour un regard averti, le vingtième siècle arabe fut régi par un métronome interne sans faille, changeant les régimes politiques tous les vingt-cinq ans. En 1920, aux lendemains de la chute de l’empire ottoman, l’élite des notables régionaux, francophones et politiquement anglophiles, prennent le pouvoir, délestés de la pesante tutelle d’Istanbul. Les mandats britanniques et français, colonisation déguisée en humanisme prédateur, chaperonnent cette période. Elle a ses héros – Saad Zaghloul en Egypte, Nuri Saïd en Irak, Riadh al-Solh au Liban–, son idéologie – le nationalisme libéral et bourgeois –, et jusqu’à sa culture populaire – Asmahan et Mohammed Abdel-Wahhab…

Un quart de siècle plus tard, une vague révolutionnaire emporte cet édifice : (suite…)

Dire que le Moyen-Orient arabe accapare l’essentiel de l’actualité médiatique internationale depuis des décennies est une évidence. Mais ce quasi-monopole de la catastrophe n’est pas également distribué entre les pays de la région. On s’habitua, depuis une dizaine d’années, à la scène irakienne comme lieu d’élection de la calamité arabe. Les interventions anglo-américaines mêlées d’inspections onusiennes, ensuite l’occupation, ensuite la résistance, ensuite la guerre civile, ensuite l’interminable sortie de crise, voilà les actes de l’infinie tragédie irakienne. Aujourd’hui que les révolutions arabes occupent le devant de la scène – dans le registre, non plus de la tragédie mais du drame bourgeois – la Mésopotamie semble regagner doucement la porte de sortie médiatique. Un recul souhaitable pour mieux la remettre en perspective. (suite…)