Articles Tagués ‘Médias’

Le roi embrasse le front de l’ancien Premier ministre. Le Chef du gouvernement reconduit dans ses fonctions embrasse la main du roi.

Il y a quelques jours, un fluide émotionnel s’est propagé, porté de lèvres en lèvres. Un fluide politique, porté par les médias. Ce qui étonne dans cette photo de la semaine, celle de Mohammed VI se penchant (filialement ?) sur le visage de Abderrahmane Youssoufi alité, ce n’est pas en réalité la sentimentalité de la scène. Après tout, c’est un vieil homme qui recueille la déférence d’un proche, plus jeune que lui. Mais derrière les personnes, il y a les fonctions. Le souverain, incarnation de la nation, embrasse le héros national. (suite…)

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Un rêve court les rues depuis un bon moment. Celui d’une éducation qui comblerait (enfin) les souhaits des parents, les aspirations de la nation, les désirs des enfants et des jeunes. Un rêve biface, comme Janus : il se projette dans le futur mais il rappelle, avec insistance, qu’il a existé dans le passé. Oui, pour ceux qui ne le sauraient pas encore, le Maroc a eu une éducation éclairée dans le passé, disons dans les années 1960-1970, une éducation saccagée par les politiques des années 1980. Les politiques partisanes qui ont arabisé les programmes, et les politiques de Hassan II, qui ont brisé les élans rationnels et réformateurs au profit de l’obscurantisme. Bref, il faut revenir au sillon fondateur, celui de l’après-indépendance, quand le Maroc avait de bons professeurs (il paraît qu’ils sont mauvais aujourd’hui), de bonnes classes de cours, de bons manuels et de bonnes chaises où on posait son derrière d’élève modèle.

Ce mythe (car il s’agit d’un mythe, comme on verra) a prospéré dans la génération qui a à la fois bénéficié de l’éducation des années 1960 et raté la réforme des années 1980, détruisant l’avenir de ses enfants. Par culpabilité et par projection, elle a décidé de gommer la réalité structurelle de l’école des années 1960 et de procéder à une critique psychologique très superficielle de l’école des années 1980-1990. (suite…)

Les Marocains manquent-ils d’humour ? On les dit ombrageux, rétifs à l’autodérision. Les critères de l’honneur et de la respectabilité sociale, la hantise de la honte et de la marginalisation, en feraient un peuple peu propice à la légèreté critique. Pourtant, les blagues qui les décrédibilisent, les traits d’humour qui les peignent sous les traits les moins avenants, et jusqu’aux formules et expressions dépréciatives qui se rapportent à tout ce qui concerne les Marocains, la marocanité ou le Maroc, sont légion, et d’une férocité qu’on trouve rarement ailleurs. Comment concilier ces deux réalités, aussi présentes l’une que l’autre : le Marocain qui rechigne à la critique la plus légère, et la cruelle haine de soi qui sourd de nos blagues ? (suite…)

Exemplaire. Depuis quelques années, le Maroc incarne aux yeux de la presse internationale une espèce de paradigme édifiant : pays musulman, mais “ouvert”, en transition politique stable, en émergence économique… Les facettes de cette exemplarité varient selon l’auteur, son intensité aussi, mais le fait est là : le Maroc est un modèle.

Qu’est-ce qu’un modèle ? On s’interroge rarement sur le concept et sur son inconscient : modèle de quoi ? Et pour qui ? À quel auditoire, à quels néophytes obéissants et attentifs le Maroc se présente-t-il comme un modèle ? (suite…)

Les philosophes, spécialistes d’éthique de surcroît, seraient-ils plus voleurs (de livres de bibliothèques) que le commun des mortels ? Voilà le genre de questions que se pose, ou que rapporte, posées par d’autres, Ruwen Ogier. Au-delà de l’anecdote, il y a une méthode Ogier. Dans une scène philosophique plombée par le sérieux mélodramatique, il se permet l’humour. Et l’autodérision, là où triomphe Narcisse philosophe. Et la distance, à l’heure des combats (médiatiques) sanglants.

Dans Mon dîner chez les cannibales, le philosophe poursuit sa méditation circonstanciée. (suite…)

Tant de bruits pour un (mauvais) reportage ? Et, de l’autre côté, tant d’étonnement devant ce mystère marocain : “ils” aiment leur chef politique. Le mimétisme est à la base de la politique moderne : s’identifier à l’homme de pouvoir, l’aimer selon l’inclination narcissique puis le vouer aux gémonies une fois la déception inéluctable survenue. Ainsi défilent les puissants, le nouvel aimé chassant l’ancien, le temps que la déception inévitable crée un appel d’air pour une nouvelle figure. Le mécanisme électoral permet, en démocratie, de fluidifier ce processus. Le mécanisme charismatique autoritaire produit les mêmes résultats dans les dictatures, la meute au pouvoir désignant et s’agglomérant à son objet d’identification (par des mécanismes mêlant amour et terreur) tant qu’il a la capacité de consolider la meute et d’éliminer toute figure concurrente. (suite…)

Tweets ou commentaires Facebook malveillants, la place que les nouvelles technologies accordent à la haine est étonnamment vaste. Cette agrégation de communication immatérielle et d’agressivité n’est pas spécifique au Web marocain.

Elle laisse, partout dans le monde, un goût amer devant ce paradoxe suprême : la concentration d’intelligence technique et d’archaïsme psychologique contenus dans le “troll”.

Il existe cependant une spécificité marocaine, et peut-être arabo-islamique, du “troll”. (suite…)

Après le film interdit de projection, les homosexuels lynchés, après la jeune fille violée condamnée à épouser son violeur, le converti poursuivi pour apostasie… depuis quelques années, faits divers et actualité judiciaire s’imposent dans le débat national. Et c’est tant mieux. Mais on peut se demander s’ils ne s’imposent pas à cause de l’écho qu’ils trouvent chez “les autres”. Entendez l’Occident, qui donne une exposition inédite à nos affaires intimes. Dit autrement : l’Occident nous fait honte de notre linge sale. Le Maroc, via ses élites, a de plus en plus honte. Il est peu probable que ces crimes divers et atteintes aux droits aient provoqué autant de remous sans la surexposition médiatique française. Pour tenir son “rang”, le Maroc doit faire le ménage dans son droit. (suite…)

“… dont 4 blancs”. Le titre du site 20minutes.fr, quotidien gratuit le plus lu en France, à propos de l’attentat en Côte d’Ivoire, a été retiré suite au scandale. Dommage, parce qu’il en dit long sur ce qui se passe en ce moment, et pas qu’en France. Après une chronique sur les yeux verts, un autre sur les peaux blanches confinerait-il à l’obsession ? Mais l’histoire court plus vite, décidément. En quelques jours, les incidents raciaux de la campagne de Donald Trump, la victoire partielle de l’extrême droite en Allemagne, et aujourd’hui ce titre à propos de l’attentat ivoirien convergent pour dire que quelque chose se cristallise dans la guerre mondiale en cours. (suite…)

En 1985, le portrait d’une jeune afghane aux yeux verts, à la Une du National Geographic, avait beaucoup fait pour la cause des réfugiés afghans. En 2014, la photo d’une fillette yézidie aux yeux bleus a fait le tour du monde, sensibilisant la communauté internationale à la situation syrienne.

Steve McCurry, auteur du premier cliché, et Youssef Boudlal, auteur du second, sont de courageux et talentueux reporters-photographes. Sharbat Gula, l’Afghane de 1985, et l’enfant anonyme de 2014, témoignent de la tragédie du Moyen-Orient.

Cependant, une vérité inconfortable gît sous les tirages: ces yeux verts, ces cheveux blonds et ces yeux bleus ont beaucoup fait pour le succès de ces clichés. (suite…)