Articles Tagués ‘Printemps arabe’

Frauder les impôts est non autorisé. Dire du mal des gens non plus. Les autorités d’où émane l’interdiction diffèrent, en qualité et en principes. Le premier interdit découle du code fiscal, le second de la morale. (suite…)

Il est désagréable… mais honnête”, “il est autoritaire… mais honnête”. Voilà comment on s’est arrangé avec nos bureaucrates et agents d’autorité. Il maltraite ses subordonnés, mais il est incorruptible. Il hurle sur les citoyens, mais il ne les gruge pas d’un centime. Cet argumentaire -le fonctionnaire honnête est autorisé à être désagréable- est un classique dans beaucoup de pays du Sud. On trouve déjà des profils similaires au XIXe siècle chez les romanciers russes, ou dans les descriptions de l’administration allemande. (suite…)

Les experts nous disent que la baisse du prix du baril de pétrole va durer. Tous les paramètres vont dans ce sens : le retour de l’Iran sur le marché mondial, la mise en conformité des installations libyennes et irakiennes, les énormes gisements américains mis en exploitation ou en attente… voilà pour l’offre. Et pour la demande, un double repli : la transition énergétique qui s’accélère dans beaucoup de pays développés ou émergents, et la crise chinoise. Mécaniquement, le prix du baril est à la baisse.

Mécaniquement aussi, les pays mono exportateurs vont traverser des turbulences. Il est possibles que beaucoup de régimes n’y survivent pas. Deux pays arabes en particuliers, deux pays aux systèmes et aux alliances opposés, vont connaître l’ordalie politique que beaucoup annoncent depuis une décennie : l’Arabie saoudite et l’Algérie. (suite…)

Les classements internationaux des organismes indépendants semblent hésiter sur le statut du Maroc concernant son rapport aux libertés fondamentales et politiques. D’année en année, il perd ou gagne quelques points sans bouger d’une position qui semble faiblarde. 130ème, 140ème, 150ème… pour la liberté de la presse, ou la transparence politique, voir les libertés économiques. Vraiment ? Loin derrière tant de pays aux noms aussi exotiques et qu’on dit pourtant bien plus fermés… Le Maroc est-il donc aussi mauvais élève du libéralisme global ?

Les ministres concernés s’insurgent contre ce qu’ils perçoivent comme un a priori négatif. Mais il se trouve aussi des voix indépendantes pour prétendre que la situation est en réalité encore plus grave. Comment s’y retrouver ? (suite…)

Très tôt au XIX° siècle, la question du rapport entre le religieux et le temporel dans le Moyen-Orient a débordé les questions strictement politiques pour se pencher sur la situation de la femme, la place des minorités religieuses ou encore l’identité culturelle de la collectivité. Avant d’être un enjeu politique, la religion est un enjeu socioculturel depuis la Nahda.

Victoire sociale et échec politique des islamistes

L’hégémonie culturelle, pour utiliser la formule de A. Gramsci, a précédé, pour les mouvements islamistes, la victoire politique. (suite…)

Makhzen et monarchie, quelle relation ? Le premier n’est pas un régime politique, il n’a pas d’existence constitutionnelle, il est insaisissable selon les concepts courants. La seconde n’est ni l’Etat ni la nation, elle n’est pas une idéologie et échappe aux critères juridiques et aux textes écrits. Les deux furent intimement associés, on put même croire qu’ils ne faisaient qu’un. Aujourd’hui que le makhzen semble, à terme, condamné, le temps est venu de dissocier ce qui jamais ne dut se mélanger. (suite…)

Une hirondelle ne fait pas le printemps. Mais on veut nous faire croire, depuis quelques années, qu’un gazouillis, lui, peut faire une révolution. L’explosion spectaculaire des réseaux sociaux, et leurs rôles dans les différentes révolutions démocratiques des dernières années, réussies ou non, ont semble-t-il confirmé cette nouvelle loi historique. Un like, un tweet, un snapshot suffirent à faire tomber un régime. On le crut, on l’acclama.

Quelques années plus tard, plus dure est la chute de ces révolutionnaires du clavier. (suite…)

A qui appartient le Maroc ? est le genre de titre qui fait fureur en librairie. Qui en profite ? Où va notre richesse nationale ? Dans quelles poches, par quelles mains, sous quelles tables passe-t-elle ? Questions légitimes, populaires, mais hélas de peu d’emploi tant que la question n’est pas réglée, n’étant même pas soulevée : qui est souverain au Maroc ? (suite…)

Toute idéologie a sa mythologie. La laïcité militante n’y échappe pas. Dans sa constellation de légendes, le mythe central concerne les années 1960 et 1970, leur liberté de mœurs et de croyances, leur ouverture. La preuve et la bannière de cette période bénie ? La minijupe. Regardez les photos, en noir et blanc de préférence, voyez les films égyptiens (Abdelhalim Hafez dans Abi Fawqa Chajara par exemple), prêtez l’oreille aux souvenirs de vos parents, de vos grands-parents, surtout les mères et les grands-mères.

La réalité qui ressort de ces indices multiples est celle d’un Maroc (et plus généralement d’un monde arabe) infiniment plus occidentalisé, en contraste absolu avec la réalité des années 1990 et 2000. (suite…)

Tu es européen ou américain, en souffrance psychique et sociale ? Convertis-toi à l’islam (cela prend deux minutes) et va agresser des anonymes, ça te donnera une raison de vivre. Ou bien encore lis Eric Zemmour ou Mark Steyn, apprends le peu d’importance du nazisme, la positivité de la colonisation et libère ta haine, en la canalisant sur les musulmans.

Ces deux approches ne sont opposées qu’en apparence. L’islam comme religion, patrimoine culturel et diversité des peuples, est en train de cristalliser le mal-être de la modernité comme jamais une entité avant lui (le fascisme ou la menace bolchévique, par exemple) ne l’a fait avec autant d’extension (tous sont touchés, du politique et de l’intellectuel médiatique au chômeur, au cadre stressé et à la ménagère de moins de cinquante ans qui s’ennuie devant sa télé). Cette canalisation a sa version démonique (les musulmans nous envahissent, l’islam est un fascisme…) et sa version angélique (l’islam, dernière chance face à l’Empire, les musulmans, avant-garde de l’humanité souffrante… et autres fadaises de gauchistes mondains). Il arrive d’ailleurs qu’entre les deux versions, le cœur balance : André Glucksmann a ses gentils Tchétchènes et ses mauvais jihadistes, Bernard Henri-Lévy ses Bosniaques côté face, ses Pakistanais côté pile… (suite…)