Articles Tagués ‘Sécularisation’

Le roi embrasse le front de l’ancien Premier ministre. Le Chef du gouvernement reconduit dans ses fonctions embrasse la main du roi.

Il y a quelques jours, un fluide émotionnel s’est propagé, porté de lèvres en lèvres. Un fluide politique, porté par les médias. Ce qui étonne dans cette photo de la semaine, celle de Mohammed VI se penchant (filialement ?) sur le visage de Abderrahmane Youssoufi alité, ce n’est pas en réalité la sentimentalité de la scène. Après tout, c’est un vieil homme qui recueille la déférence d’un proche, plus jeune que lui. Mais derrière les personnes, il y a les fonctions. Le souverain, incarnation de la nation, embrasse le héros national. (suite…)

Publicités

L’Anatolie s’est retournée sur elle-même deux fois. La première, au début des années 1920, quand Atatürk l’arracha au monde musulman traditionnel. Un deuxième bouleversement, aussi radical, a peut-être lieu depuis quelques années, et vise à la remettre au cœur même de cette islamité qu’elle a quittée. (suite…)

On peut à juste titre s’étonner d’une manifestation sans objet clair, sans organisateur identifié. Mais ce qui en réalité a choqué dans la manifestation anti-islamiste de Casablanca, ce ne sont ni les slogans exagérés, ni l’adversaire grossièrement désigné.

Ce qui a choqué, c’est l’intrusion d’un autre Maroc au cœur d’un pays qui se croit trop vite arrivé à maturité. Ce qui a défilé à Casablanca le 18 septembre c’est l’autre Maroc. (suite…)

Tant de bruits pour un (mauvais) reportage ? Et, de l’autre côté, tant d’étonnement devant ce mystère marocain : “ils” aiment leur chef politique. Le mimétisme est à la base de la politique moderne : s’identifier à l’homme de pouvoir, l’aimer selon l’inclination narcissique puis le vouer aux gémonies une fois la déception inéluctable survenue. Ainsi défilent les puissants, le nouvel aimé chassant l’ancien, le temps que la déception inévitable crée un appel d’air pour une nouvelle figure. Le mécanisme électoral permet, en démocratie, de fluidifier ce processus. Le mécanisme charismatique autoritaire produit les mêmes résultats dans les dictatures, la meute au pouvoir désignant et s’agglomérant à son objet d’identification (par des mécanismes mêlant amour et terreur) tant qu’il a la capacité de consolider la meute et d’éliminer toute figure concurrente. (suite…)

Le scénario se déroule comme suit : il y a l’État, plutôt méchant, et les individus, plutôt gentils. L’État a usurpé des droits et des libertés individuelles. Le moment est venu pour qu’il rende à l’individu ce qu’il s’est accaparé. Durant des millénaires, les tribus et les villages, voire les petites villes, ont vécu selon une justice immanente, faite d’hyper-conformisme, de contrôle du groupe sur l’individu, de ragots étouffants et de surveillance permanente, et, le cas échéant, de condamnation publique et parfois de lynchage. Ces différents mécanismes évitaient l’entretien d’un appareil d’État. Pourquoi payer un policier si le voisinage fait la police bénévolement ? Pourquoi payer un appareil de justice si les familles se font justice elles-mêmes ? Il fallut une longue et difficile lutte pour que l’État soustraie à la société ses compétences en matière de justice et de police. Dans les pays récemment, violemment et mal modernisés, comme le Maroc, ce monopole de l’État sur la justice et la police n’est pas complet. (suite…)

Depuis maintenant plusieurs années, chaque ramadan est désormais l’occasion d’un débat spontané : a-t-on le droit de ne pas jeûner ? Et les non-musulmans ? Et les musulmans non pratiquants ? La répétition des mêmes interrogations n’a d’égale que la ritournelle de la même double réponse : le Maroc est un pays musulman, ou le Maroc est un pays retardataire en attente de laïcisation. La plupart des participants à ce débat saisonnier s’accordent pourtant sur un point : ce n’est pas la non-pratique du rite qui interroge, mais sa “publicisation”. Autrement dit, ni la loi ni le croyant anonyme ne s’offusquent de la transgression, ils s’opposent à l’aspect public de cette transgression. Les différentes questions annuellement soulevées concernent donc le caractère musulman de l’espace public marocain. (suite…)

Moins d’une minute devenue des milliers d’heures de visualisation virale. La scène montre une vingtaine de pèlerins juifs new-yorkais au Maroc, à l’aéroport de Casablanca, chantant pendant les procédures de contrôle. Les commentateurs ont souligné la tolérance du pays, ou encore la joie des juifs marocains visitant leur pays d’origine. En réalité, peu d’entre eux sont d’origine marocaine, et leur joie est mystique, non nationale. Mais les commentaires ont eu tout juste, à leur manière. (suite…)

Après le film interdit de projection, les homosexuels lynchés, après la jeune fille violée condamnée à épouser son violeur, le converti poursuivi pour apostasie… depuis quelques années, faits divers et actualité judiciaire s’imposent dans le débat national. Et c’est tant mieux. Mais on peut se demander s’ils ne s’imposent pas à cause de l’écho qu’ils trouvent chez “les autres”. Entendez l’Occident, qui donne une exposition inédite à nos affaires intimes. Dit autrement : l’Occident nous fait honte de notre linge sale. Le Maroc, via ses élites, a de plus en plus honte. Il est peu probable que ces crimes divers et atteintes aux droits aient provoqué autant de remous sans la surexposition médiatique française. Pour tenir son “rang”, le Maroc doit faire le ménage dans son droit. (suite…)

Il est désagréable… mais honnête”, “il est autoritaire… mais honnête”. Voilà comment on s’est arrangé avec nos bureaucrates et agents d’autorité. Il maltraite ses subordonnés, mais il est incorruptible. Il hurle sur les citoyens, mais il ne les gruge pas d’un centime. Cet argumentaire -le fonctionnaire honnête est autorisé à être désagréable- est un classique dans beaucoup de pays du Sud. On trouve déjà des profils similaires au XIXe siècle chez les romanciers russes, ou dans les descriptions de l’administration allemande. (suite…)

L’expression “usine à voyous” et l’expression voisine “fabrique de délinquants” se multiplient pour dénoncer un ensemble de comportements qui vont des petites incivilités à la grande délinquance qualifiée.

Les récents événements de Cologne et l’implication supposée de jeunes Marocains, ainsi que des incidents similaires à Stockholm et ailleurs, laissent entendre que le Maroc est devenu producteur, à destination du marché intérieur et aussi comme exportateur, d’une certaine quantité d’actes délictueux. (suite…)