Articles Tagués ‘Syrie’

Le pape Benoît XVI sera au Liban, ces samedi et dimanche 15 et 16 septembre.

Après Paul VI en 1964, après Jean-Paul II en 1997, il poursuit une tradition bien ancrée, mais dans un contexte particulier, différent de celui de son précédent voyage au Moyen Orient, en 2009 : la région est prise dans un tourbillon paradoxal de démocratisation et de guerre civile ; la situation des chrétiens y est particulièrement difficile, dans l’étau d’une contradiction : plus les pays se libéralisent, et plus le destin des minorités est remis en cause.

Quelques repères statistiques, mêmes grossiers, permettront de mieux saisir ce paradoxe. (suite…)

Publicités

Il est inutile de considérer la Syrie, telle que définie par des frontières internationalement reconnues : en ces périodes de crise, les découpages institutionnels s’estompent face à des réalités beaucoup plus anciennes et profondes.

Les risques de propagation du conflit vers le Liban voisin obligent à considérer une situation régionale plus large. Car la Grande Syrie, rêvée par Assad, à défaut d’exister dans les périodes de paix, existe, incontestablement, dans les périodes de guerre. L’ensemble composé par quatre ou cinq pays, la Syrie proprement dite, le Liban, la Jordanie, Israël et les territoires occupés, constituent un groupe systémique, et la révolution syrienne risque de n’être qu’un épicentre à de futurs bouleversements. (suite…)

Un biographe du général Henri Gouraud rapporte sa rencontre avec Mustapha Kemal, au début des années vingt. Le généralissime anatolien le garda près de lui des heures, lui expliquant, forces documents à l’appui, que les Français et les Turcs descendaient d’une même tribu centre-asiatique.  Gouraud gérait à l’époque les mandats français au Proche-Orient. Il venait de créer la République libanaise, de chasser Fayçal de Damas, et cherchait, hésitant, la bonne formule pour le Levant. Quelques années auparavant, il fut le bras droit de Hubert Lyautey au Maroc, il commanda Fès et sa région, puis remplaça Lyautey comme résident général à Rabat, (suite…)

On ne saura jamais ce que plusieurs grands intellectuels arabes auraient pensé des révolutions de l’année 2011. Mohammed Arkoun, Mohammed Abde al Jabri, pour ne citer que deux Maghrébins, ont disparu à la veille de ces événements.

Mais un penseur de cette génération, sans anticiper sur ces mouvements, a pour le moins décrit quelques-uns des ressorts de l’autoritarisme arabe, annonçant même le rôle paradoxal que les mouvements islamistes seraient appelés à jouer contre la dictature. (suite…)

On a vu, très peu après le début des révolutions arabes, l’émergence d’un discours d’un genre particulier. Il disait en substance qu’il ne se passait rien : les dictateurs qui chutent sont des décors masquant la machinerie du pouvoir, intacte, le peuple est impuissant et illusionné sur sa force, et c’est dans les chiffres économiques, dans les tendances lourdes du développement, dans la crise mondiale, que consiste l’unique réalité. En résumant, ce discours énonce : les manifestations qui se multiplient, les centaines de morts, les chutes de régime, ne sont rien, ou si peu, face aux faits de longs cours, face aux paramètres positifs. Nietzsche avait épinglé les malins qui « clignent de l’œil », ceux qui, à être ou à sembler malins, passent à côté des miracles et des beautés du monde. Ceux qui, face à une montagne, se rappelleront la colline, et devant un chef-d’œuvre du cinéma, ne verront que les inévitables faux-raccords. De tels malins sont légion aujourd’hui dans la presse et les médias audio-visuels, aussi bien que parmi les experts : ils ressassent la même litanie, le même appel à la lucidité, en disant partout qu’il ne faut pas être dupe, que dans le monde arabe, il ne se passe rien ou pas grand-chose. (suite…)

Il faut l’avoir vécu pour le croire. L’aura que Hassan Nasrallah avait auprès des masses arabes – le terme audimat serait plus adéquat – à la fin des années 1990 et dans les années 2000 était proprement extraordinaire. Par son extension géographique : al Manar, la télévision du Hezbollah, captait une partie non négligeable des paysages médiatiques depuis le Maroc jusqu’en Asie centrale ; et par son ampleur sociale : classes populaires et classes moyennes, bourgeois et chômeurs, la voix à la fois grasseyante et grave, mielleuse et dure de Nasrallah séduisait sans discrimination socioéconomique. (suite…)

L’Etat autoritaire arabe né dans les années 1950 était structuré autour de la notion d’ennemi. Ses différentes composantes : l’état d’exception permanent, le parti unique, la militarisation de la société, ne pouvaient se maintenir qu’autour de cette colonne vertébrale qu’est l’ennemi. Ou plutôt un Feinbild, comme disent les Allemands, une figure imaginaire de l’ennemi, qui justifiait la dictature et la carapace caractérielle, le complexe de la forteresse assiégée et la paranoïa policière. (suite…)

L’Egypte, comme la Tunisie ou le Yémen, ont refusé la transmission familiale du pouvoir. Des hommes forts, oui, mais pas leur fils. Autre est la situation levantine. Le XXe siècle a vu naître plusieurs dynasties familiales au Liban comme en Syrie. De part et d’autre de la frontière, les mêmes éléments composèrent une grande partie de l’histoire politique contemporaine de cette région : minorité religieuse, montagne frondeuse, Etat artificiel. (suite…)

On dit que les catastrophes actuelles réveillent les vieux traumatismes. Ce qui est vrai pour un individu l’est sans doute pour des collectivités. Les chutes successives de plusieurs régimes arabes, si elles ne sont pas à proprement parler des accidents malheureux, restent cependant des événements soudains et radicaux, et les comparer aux traumatismes historiques passés aide à mieux cerner leurs évolutions futures.

Mise à part la défaite de 1967, il faut remonter à la décolonisation pour trouver pareils bouleversements simultanés sur la rive sud de la Méditerranée. Et la manière dont celle-ci s’est faite jette un trait de lumière insoupçonné sur les révolutions de 2011. Car de même qu’il semble  y avoir deux révolutions – la première pacifique, en tout cas civile, en Egypte et en Tunisie, la seconde violente et guerrière en Libye, en Syrie et au Yémen – il y a eu deux décolonisations. Et les deux versions de ces deux étapes se répondent. (suite…)

Les commentateurs, surtout occidentaux, des élections en cours ou en préparation en Tunisie ou en Egypte, parlent d’un terrain démocratiquement vierge. La formule « pour la première fois », parfois suivie d’un « depuis trois mille ans » érudit bourgeonne dans les plumes et les micros. C’est faire un peu court. Sans remonter aux Suffètes élus par les habitants de Carthage, il y a de cela « trois mille ans » effectivement, sans parler des élections palestiniennes d’il y a quelques années, algériennes d’il y a vingt ans, sans évoquer les exceptions libanaise ou marocaine, les Arabes connurent, il n’y a pas très longtemps, une courte période dite « libérale ». Dans l’entre-deux guerres, plusieurs élections relativement libres se sont déroulées en Egypte (en 1924, en 1926, en 1936…), en Syrie, au Liban… (suite…)