Articles Tagués ‘terrorisme’

Une des premières choses que firent les Russes, lorsqu’ils arrachèrent la Crimée à l’Empire Ottoman à la fin du XVIIIème siècle fut de créer des lieux de villégiature pour leurs aristocrates.

Ce n’est pas de sitôt, certes, que la côte syrienne deviendra une riviera pour oligarques russes, mais la campagne militaire lancée par Poutine en soutient à Assad puise dans une tradition ancienne. On pense à Moscou soutenant Nasser ou Assad père, mais il ne faut pas s’arrêter au dernier demi-siècle. La Russie cherche depuis plusieurs siècles à atteindre deux objectifs géopolitiques : (suite…)

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Les frontières se meurent. Mais pas comme prévu. Après la chute du mur de Berlin, les utopistes rêvèrent d’un monde débarrassé de ses lignes de démarcation. L’ouverture était à prendre au sens propre du mot : effacer les murs et les portes entre les Etats-nations historiques. Ce que les années 1990 et surtout 2000 montrèrent, c’est qu’effectivement les frontières avaient tendance à se dissiper. Mais pour laisser place à de nouvelles formes de séparation territoriale. (suite…)

Ces dernières années ont vu revenir la question de l’iconoclastie, dans le sillage des révolutions arabes. Au cœur du monde arabe, en Egypte ou en Libye, en Syrie ou en Irak, ou ailleurs au Mali ou en Afghanistan, des actes de vandalisme, et surtout des appels à la destruction d’œuvres d’art, de monuments historiques ou patrimoniaux se sont multipliés, relayés par les médias, au risque paradoxal de faire de la destruction de l’image une nouvelle icône…

Mais il serait hâtif de voir dans cette iconoclastie contemporaine un simple « retour » d’un refus musulman de la représentation, longtemps contenu par les dictatures modernisatrices. En réalité, il n’y a pas eu un mais au moins trois iconoclasties dans le monde musulman moderne, et plus spécifiquement arabe, car l’idole n’a cessé, aux yeux de ses contempteurs, de se déplacer. (suite…)

Vivre en permanence dans un film n’est pas donné à tout le monde. Les acteurs les plus laborieux, ceux des telenovelas par exemple, qui produisent des heures de fiction chaque semaine, savent que tout « Action! » se termine par un clap de fin.

Le néo-islamisme jihadiste a inventé le cinéma infini. Un jour, Mouloud, Philippe ou John décident de devenir Abou quelque chose, une voix, inaudible aux autres, leur dit « action » et c’est parti pour rejouer Arrissala, avec scènes d’action non censurées et réalisme maximal. Et la mort pour clap de fin.

Cela a-t-il un sens de vivre en 2015 comme en 627 ? Avant de tenter de répondre à cette question, remarquons que l’acharnement du jihadisme contemporain à détruire le patrimoine souligne ce rapport perturbé au temps historique. (suite…)

Jihad, houdoud, hisba, jamais on a autant utilisé ces termes, qu’on connaissait à peine il y a encore quelques années. Mais le vocabulaire des hommes est limité : ce qu’il gagne d’un côté, il le perd de l’autre. Il a bien fallu que d’autres mots cèdent leur place, et plutôt silencieusement, car dans l’affaire, le meurtre du concept est toujours secret. Akhlaq, soulouk, mouâmalate, voilà quelques termes, parmi d’autres encore, qui furent d’un usage courant, et dont la valeur était centrale pour maintenir la cohésion collective. Ils ont disparu.

Ces termes sont aussi islamiques que les autres. Ils sont aussi fondateurs de notre vivre-ensemble. Ils ont donné lieu à des traités, des manuels et des controverses. Ils furent sur toutes les lèvres il y a encore une ou deux générations. Que s’est-il passé pour que notre culture soit associée de plus en plus à jihad plutôt qu’à îffa ou rahma ? (suite…)

Face à une exécution barbare, une double pendaison est-elle la bonne réponse ? Le pilote jordanien Moaz Al Kasasbeh a été brûlé vif dans une cage de fer. En rétorsion, la Jordanie a pendu deux jihadistes. Réponse idoine, quasi immédiate, symétrique pourrions-nous dire. Mais il s’agit, d’un côté, d’une organisation amorphe, dont la violence n’a d’égale que l’absence de hiérarchie claire, et de l’autre, d’un Etat, l’un des derniers Etats arabes de la région à maintenir une structure, ou un semblant de structure d’Etat de droit. Les déclarations du roi Abdallah de Jordanie furent également d’un niveau égal à celui d’un populiste en campagne, ou d’une foule en colère. (suite…)

Paru dans L’Obs

Attentat dans l’attentat, le massacre de Vincennes s’articule-t-il à l’affaire Charlie Hebdo comme continuité : une attaque généralisée contre la « civilisation » par l’islamisme djihadiste ? Ou comme croisement entre deux processus : la montée de l’antisémitisme d’une part, la menace qui pèse sur la liberté d’expression de l’autre, processus largement indifférents l’un à l’autre jusque-là et qui se découvrent un même ennemi ? (suite…)

Tu es européen ou américain, en souffrance psychique et sociale ? Convertis-toi à l’islam (cela prend deux minutes) et va agresser des anonymes, ça te donnera une raison de vivre. Ou bien encore lis Eric Zemmour ou Mark Steyn, apprends le peu d’importance du nazisme, la positivité de la colonisation et libère ta haine, en la canalisant sur les musulmans.

Ces deux approches ne sont opposées qu’en apparence. L’islam comme religion, patrimoine culturel et diversité des peuples, est en train de cristalliser le mal-être de la modernité comme jamais une entité avant lui (le fascisme ou la menace bolchévique, par exemple) ne l’a fait avec autant d’extension (tous sont touchés, du politique et de l’intellectuel médiatique au chômeur, au cadre stressé et à la ménagère de moins de cinquante ans qui s’ennuie devant sa télé). Cette canalisation a sa version démonique (les musulmans nous envahissent, l’islam est un fascisme…) et sa version angélique (l’islam, dernière chance face à l’Empire, les musulmans, avant-garde de l’humanité souffrante… et autres fadaises de gauchistes mondains). Il arrive d’ailleurs qu’entre les deux versions, le cœur balance : André Glucksmann a ses gentils Tchétchènes et ses mauvais jihadistes, Bernard Henri-Lévy ses Bosniaques côté face, ses Pakistanais côté pile… (suite…)

Une certaine gauche s’est spécialisée, historiquement, dans le rôle du cocu de la farce. Soutenir un prétendu allié, prétendu faible, prétendu ignorant, qui servirait de marchepied au pouvoir et à la transformation de la société… La suite, c’est par exemple Khomeyni qui se débarrasse de ses partenaires gauchistes ou le Hezbollah qui étouffe ses alliés de circonstances…
Cet aveuglement historique tient à deux choses : d’abord la certitude que l’histoire a un sens, et que la gauche est dans ce bon sens, bien sûr. Ensuite le mépris tacite envers les dites « masses ». Par paternalisme et condescendance, elle pense les manipuler. (suite…)

Les bouderies diplomatiques ne font pas une politique étrangère. Mais ils en disent long sur la maturation d’un climat bilatérale, et annoncent peut être des changements de cap. Entre maladresses françaises et fâcheries marocaines, la relation spéciale ne semble plus ce qu’elle fut. (suite…)