Articles Tagués ‘Transition’

Les Marocains sont-ils plus conservateurs que d’autres ? Je ne parle pas du conservatisme de mœurs, mais de la persistance de modes de vivre et de faire partout ailleurs dissipés sous l’effet de la modernisation.

Porter des habits dits traditionnels, lors de certaines occasions, manger une cuisine très peu mondialisée, ces deux exemples, parmi tant d’autres, sont aujourd’hui rares dans des pays de la taille du Maroc, très proche de l’Europe occidentale, très ouvert économiquement et très dépendant culturellement. Il faut être massif et encore fermé commercialement, comme l’Inde, pauvre et éloigné des grands courants d’échange comme les pays du Sahel, très riche et idéologiquement cuirassé comme les pays du Golfe, ou très particulier et très puissant comme le Japon, pour se permettre ce genre d’originalité.

Alors pourquoi le Maroc s’insère-t-il dans le club très fermé des pays accrochés à des traits spécifiques ? Ces différences disparurent à la fois par exposition des pays du Sud à la modernité et par une politique volontariste. Et c’est sans doute là que réside la clef de cette particularité marocaine. (suite…)

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Depuis maintenant plusieurs années, chaque ramadan est désormais l’occasion d’un débat spontané : a-t-on le droit de ne pas jeûner ? Et les non-musulmans ? Et les musulmans non pratiquants ? La répétition des mêmes interrogations n’a d’égale que la ritournelle de la même double réponse : le Maroc est un pays musulman, ou le Maroc est un pays retardataire en attente de laïcisation. La plupart des participants à ce débat saisonnier s’accordent pourtant sur un point : ce n’est pas la non-pratique du rite qui interroge, mais sa “publicisation”. Autrement dit, ni la loi ni le croyant anonyme ne s’offusquent de la transgression, ils s’opposent à l’aspect public de cette transgression. Les différentes questions annuellement soulevées concernent donc le caractère musulman de l’espace public marocain. (suite…)

Les États-Unis, par l’intermédiaire de leurs institutions, nous reprochent nos atteintes aux droits de l’homme. La France, si l’on croit le succès de Loubna Abidar à la télévision et dans l’édition, semble considérer le Maroc comme un pays rétrograde et décadent à la fois. Voilà où nous situent nos deux plus grands alliés occidentaux sur l’échelle des valeurs universelles, très bas. (suite…)

Tweets ou commentaires Facebook malveillants, la place que les nouvelles technologies accordent à la haine est étonnamment vaste. Cette agrégation de communication immatérielle et d’agressivité n’est pas spécifique au Web marocain.

Elle laisse, partout dans le monde, un goût amer devant ce paradoxe suprême : la concentration d’intelligence technique et d’archaïsme psychologique contenus dans le “troll”.

Il existe cependant une spécificité marocaine, et peut-être arabo-islamique, du “troll”. (suite…)

Le Maroc n’est ni la Corée du Sud ni Singapour. Experts, militants, politiques, journalistes… ne cessent de se le dire, avec une délectation morose parfois. Mais dans le royaume des aveugles, le borgne est roi. Dans son double cadre régional – arabe et africain –, le Maroc confirme son choix d’un modèle de développement propre. Les sceptiques se gaussent de ses espoirs démesurés. Les plus emballés mobilisent, pêle-mêle, l’histoire – les Saadiens, les routes caravanières… –, les taux de croissance et les décisions géopolitiques. Mais le choix lui-même d’un tel modèle est rarement interrogé dans ses dimensions sociopolitiques. Le Maroc veut se développer en se tournant vers son arrière-pays ouest-africain. Mieux, il semble que cette volonté rencontre auprès des décideurs comme du patronat un enthousiasme que ni les industries industrialisantes, ni la politique des barrages, ni la relance par la consommation intérieure n’ont rencontré. La comparaison avec l’Extrême Orient n’est pas absurde, pour une fois : ce que le Maroc cherche et croit trouver en Asie, c’est le modèle compradorial. (suite…)

Après le film interdit de projection, les homosexuels lynchés, après la jeune fille violée condamnée à épouser son violeur, le converti poursuivi pour apostasie… depuis quelques années, faits divers et actualité judiciaire s’imposent dans le débat national. Et c’est tant mieux. Mais on peut se demander s’ils ne s’imposent pas à cause de l’écho qu’ils trouvent chez “les autres”. Entendez l’Occident, qui donne une exposition inédite à nos affaires intimes. Dit autrement : l’Occident nous fait honte de notre linge sale. Le Maroc, via ses élites, a de plus en plus honte. Il est peu probable que ces crimes divers et atteintes aux droits aient provoqué autant de remous sans la surexposition médiatique française. Pour tenir son “rang”, le Maroc doit faire le ménage dans son droit. (suite…)

Frauder les impôts est non autorisé. Dire du mal des gens non plus. Les autorités d’où émane l’interdiction diffèrent, en qualité et en principes. Le premier interdit découle du code fiscal, le second de la morale. (suite…)

Il est désagréable… mais honnête”, “il est autoritaire… mais honnête”. Voilà comment on s’est arrangé avec nos bureaucrates et agents d’autorité. Il maltraite ses subordonnés, mais il est incorruptible. Il hurle sur les citoyens, mais il ne les gruge pas d’un centime. Cet argumentaire -le fonctionnaire honnête est autorisé à être désagréable- est un classique dans beaucoup de pays du Sud. On trouve déjà des profils similaires au XIXe siècle chez les romanciers russes, ou dans les descriptions de l’administration allemande. (suite…)

Un ami m’a récemment introduit à la notion d’économie “ordellienne”. Alors que le dernier film de Quentin Tarantino sort sur les écrans, et que le Maroc s’échine à croître et ne comprend pas pourquoi son taux de croissance reste désespérément bas, j’ai pensé qu’il était temps de partager ses réflexions ciné-économiques avec vous. Ordell Robie est un personnage du film de Quentin Tarantino, Jackie Brown (1997), campé par Samuel L. Jackson. Ordell est un trafiquant d’armes. Plus largement, il est un gangster : meurtre, chantage, corruption, il maîtrise tout l’attirail du hors-la-loi. À un niveau d’analyse encore plus générique, disons qu’Ordell est un “big man”. Il fait la loi, aide ses proches et ses moins proches, menace et négocie, redistribue… Son énergie, son temps et ses efforts sont déterminés par cette vocation à gagner de l’argent et à le redistribuer. (suite…)

L’expression “usine à voyous” et l’expression voisine “fabrique de délinquants” se multiplient pour dénoncer un ensemble de comportements qui vont des petites incivilités à la grande délinquance qualifiée.

Les récents événements de Cologne et l’implication supposée de jeunes Marocains, ainsi que des incidents similaires à Stockholm et ailleurs, laissent entendre que le Maroc est devenu producteur, à destination du marché intérieur et aussi comme exportateur, d’une certaine quantité d’actes délictueux. (suite…)