Articles Tagués ‘Turquie’

L’Anatolie s’est retournée sur elle-même deux fois. La première, au début des années 1920, quand Atatürk l’arracha au monde musulman traditionnel. Un deuxième bouleversement, aussi radical, a peut-être lieu depuis quelques années, et vise à la remettre au cœur même de cette islamité qu’elle a quittée. (suite…)

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Les attaques terroristes en Arabie Saoudite, la veille de l’Aïd, et dans le périmètre sacré de la Mosquée du Prophète à Médine, annoncent un changement à triple niveau, gros de troubles futurs. D’abord, simultanément avec la Turquie, alliée objective de Daech au nord, l’Arabie Saoudite, son alliée objective méridionale, est à son tour frappée. En agressant les deux (dernières) puissances sunnites de la région, Daech prouve qu’il n’est pas un État, mais un mouvement, dont le but est de tout balayer sur son passage. (suite…)

A 3% dans ses meilleures années, le taux de croissance marocain peine à confirmer l’hypothétique statut de pays émergent. La Banque Mondiale a récemment pointé un ensemble d’éléments à réformer pour atteindre un sentier de croissance digne d’une émergence véritable (7 % par exemple). Indépendance de la justice, lutte contre la petite corruption, réforme fiscale, réallocation optimale des ressources, plus grande ouverture commerciale, flexibilisation monétaire… la liste est longue.
Mais la médiocrité du taux de croissance marocain autorise aussi une approche politique. Face à ce qui semble être une lenteur structurelle du pays, on ne peut que s’interroger sur le choix inconscient de la médiocrité économique. (suite…)

La vallée du Nil a failli être le bassin parisien de la nation arabe. Assimilationniste, centralisatrice, bureaucratique, elle forma autour du Caire l’embryon d’une arabité étatique. Les différentes tentatives furent sans cesse brisées par des périphéries récalcitrantes. Syrie, Liban, Hedjaz, Yémen, Libye, Soudan, tous furent happés par l’orbite du Caire, et tous, aidés par des puissances extérieures, finirent par s’émanciper. (suite…)

Il n’y a pas de règles absolues en histoire. Ou du moins, aucune règle qui ne supporte une multitude d’exceptions. On peut cependant tirer quelques tendances lourdes. Sur la colonisation par exemple. On dit habituellement que la majorités des pays du Sud furent colonisés par telle ou telles puissances, et que quelques uns le furent par plusieurs : la Tunisie par la France, l’Egypte par l’Angleterre… Mais l’Iran par l’Angleterre et la Russie, le Maroc par la France et l’Espagne etc.

Cette vision, qui a le mérite de la symétrie, est fausse. (suite…)

Une des premières choses que firent les Russes, lorsqu’ils arrachèrent la Crimée à l’Empire Ottoman à la fin du XVIIIème siècle fut de créer des lieux de villégiature pour leurs aristocrates.

Ce n’est pas de sitôt, certes, que la côte syrienne deviendra une riviera pour oligarques russes, mais la campagne militaire lancée par Poutine en soutient à Assad puise dans une tradition ancienne. On pense à Moscou soutenant Nasser ou Assad père, mais il ne faut pas s’arrêter au dernier demi-siècle. La Russie cherche depuis plusieurs siècles à atteindre deux objectifs géopolitiques : (suite…)

Le roi de Jordanie visite le Maroc. Le roi du Maroc visite l’Arabie saoudite. Ainsi vont diplomatie et mondanité en régime monarchique. L’observateur compare alors les uns aux autres, et en conclue à l’identité des systèmes. Erreur due à une confusion historique. Rapprocher la monarchie marocaine de la monarchie hachémite ou saoudienne ne sert ni l’une ni les autres, et encore moins la claire compréhension de ce qui est en jeu.

Le Maroc a un roi depuis 1957. Jusque là, il s’agissait d’un sultan, à la tête de l’empire chérifien. La Jordanie a un roi depuis 1946. Jusque là, il s’agissait d’un émir, à la tête d’une principauté. Ici, les mots sont importants, car ils décrivent deux processus historiques, non seulement différents, mais même opposés : (suite…)

Le dimanche 12 janvier, fut célébré le Nouvel an berbère, quasi contemporain de la fête du Mawlid. Deux commémorations emblématiques de l’identité maghrébine partagée. On dira que le calendrier a conjoint deux extrêmes mémoriels, deux cultures en lutte pour l’hégémonie nord-africaine. Tout porte à croire pourtant que les deux courants participent d’une même réalité politique contemporaine.

Car tel est le paradoxe : le meilleur allié de la renaissance identitaire amazighe est précisément l’islamisme, qui a remplacé le référent arabiste par un repère religieux, ouvrant la voie au réveil des cultures marginalisées. En Turquie et en Iran, les choses ne se sont pas passées différemment. L’AKP a plus fait pour la cause kurde, en s’opposant à l’agressivité nationaliste turque, que des années de guérilla, et le khomeynisme, en imposant à tous sa conception de l’Etat islamiste, a porté un coup fatal au nationalisme impérial perse, et permis le retour dans le giron de la nation iranienne des minorités azéries, kurdes ou baloutches. (suite…)

Un biographe du général Henri Gouraud rapporte sa rencontre avec Mustapha Kemal, au début des années vingt. Le généralissime anatolien le garda près de lui des heures, lui expliquant, forces documents à l’appui, que les Français et les Turcs descendaient d’une même tribu centre-asiatique.  Gouraud gérait à l’époque les mandats français au Proche-Orient. Il venait de créer la République libanaise, de chasser Fayçal de Damas, et cherchait, hésitant, la bonne formule pour le Levant. Quelques années auparavant, il fut le bras droit de Hubert Lyautey au Maroc, il commanda Fès et sa région, puis remplaça Lyautey comme résident général à Rabat, (suite…)

Le Conseil constitutionnel français a invalidé en février dernier le projet de loi visant à pénaliser la négation du génocide arménien, pour « Entrave à la liberté d’expression et de communication »…

Ce projet de loi controversé, défendu par le président de la république Nicolas Sarkozy avec ferveur, a été épinglé comme électoraliste. D’autres voix se sont prononcées sur un autre aspect litigieux : la judiciarisation de plus en plus avancée de l’histoire, et l’empiétement de la politique sur le champ de la vérité historique. Cette affaire a même affectée les relations entre Paris et Ankara.  

Ainsi, la colonisation, l’esclavage, l’holocauste, le génocide arménien, d’objets scientifiques, se retrouvent désormais sujets politiques litigieux. Il y a là sans doute le symptôme d’une transformation profonde affectant les repères symboliques des sociétés occidentales. (suite…)